Des détenues exposent et s'exposent

Finalité finale est une oeuvre de Geneviève Fortin,... (Photo: fournie par Agir, art des femmes en prison)

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Finalité finale est une oeuvre de Geneviève Fortin, ex-détenue, qui était en transition à la maison Thérèse-Casgrain pendant le projet Agir - art des femmes en prison. «J'ai voulu exprimer comment en prison, on est en captivité, explique-t-elle. On est dans un environnement exigu et c'est dur de rester sain dans un environnement aussi malsain.»

Photo: fournie par Agir, art des femmes en prison

Si elles sont en dedans, c'est qu'elles l'ont mérité, dit-on. C'est qu'elles l'ont choisi, croit-on souvent. Et si on croyait mal? Et si derrière chaque femme détenue, il y avait aussi une mère, une soeur, une voisine, bref, une personne au parcours beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît? Un être humain capable, outre de délits, d'écrire, de chanter, de danser? En un mot: de créer? Une expo inusitée, dure et bouleversante à la fois, aborde la question.

«Je veux juste dire au monde qu'on n'est pas seulement des criminelles. J'ai été autre chose, moi, avant de faire ça», dit aussi une voix anonyme dans un montage sonore présenté dans le cadre de l'exposition Agir art des femmes en prison, qui s'ouvre vendredi à la galerie Eastern Bloc.

«Derrière chaque histoire de prison, il y a une pauvre histoire. Je suis la fille de ma mère et la mère de mes fils», écrit quant à elle Josée, sur une affiche. «Je te demande pardon pour mes maladresses, je ne te blâme pas de m'en vouloir parfois», chante quant à elle Kathy, à son «p'tit loup».

Il s'agit, sauf erreur, d'une première au Canada: 49 détenues qui exposent ainsi publiquement leurs oeuvres - des montages vidéo, audio, des photos, collages et autres- , créées en collaboration avec huit artistes interdisciplinaires, entre 2008 et 2010. Née d'une association entre la Société Élizabeth Fry du Québec (un organisme visant à favoriser la réinsertion des femmes judiciarisées) et Engrenage Noir/Levier (soutenant l'art communautaire et l'art activiste humaniste), l'expo n'est toutefois pas le fruit d'un travail d'art thérapie. Il s'agit plutôt d'art «communautaire». Les huit artistes professionnels ont ainsi travaillé sur un pied d'égalité avec les femmes, à travers 11 ateliers thématiques (photo, son, danse, etc.), offerts à la fois à la Maison Tanguay, au pénitencier de Joliette, à l'Institut psychiatrique Philippe-Pinel et à la maison de transition Thérèse-Casgrain. «L'idée, c'était d'amener des artistes professionnels en milieu carcéral», résume la coordonnatrice Aleksandra Zajko.

Objectif? «On a voulu voir si la création, l'art, pouvait être un levier de motivation pour les femmes, afin de les activer, de les amener à travailler en équipe, à relever leur estime d'elles-mêmes et leur confiance en elles», répond-elle. Mieux, à travers l'exposition, «on a voulu que leur art sorte de la prison, qu'il soit vu par le public et que ça suscite un dialogue social».

Pensé par la directrice artistique Vanesa Mazza, le parcours de l'exposition est aussi une véritable métaphore de la vie «en dedans»: les clôtures sont très présentes, ainsi que les petites télés de cellules, les tables de pique-nique et, bien sûr, les téléphones publics, seul et unique moyen de communication avec l'extérieur.

Chaque oeuvre, chaque pas de danse, chaque refrain semblent crier le droit d'exister. «Y a-t-il une place pour moi, après toutes ces années? Y a-t-il une place pour moi, après toutes ces années? Y a-t-il une place?» répète ainsi une bande sonore.

Vrai, vu leur condition, la plupart des femmes détenues ne seront pas au vernissage, demain soir. Mais leur voix, elle, y sera. Et puis quelques-unes, comme Geneviève, en voie de réinsertion, seront présentes pour les représenter. Fièrement. «Oui on est fières! Parce qu'on a réalisé quelque chose dont on peut être fières. Alors qu'en prison, on est là parce qu'on a fait quelque chose dont on n'est pas fières...» précise la jeune femme, qui a fait son temps au pénitencier de Joliette.

«Oui, le projet m'a changée, poursuit-elle. Je me suis rendu compte que j'étais capable de terminer un projet, de réussir quelque chose, dit-elle devant son oeuvre photographique. Je n'ai jamais lâché, et regardez, aujourd'hui, je suis à l'université! Des fois, il suffit d'un coup de pouce...»

Non, les artisans du projet n'ont pas la prétention d'avoir ainsi changé toutes les femmes. Par contre, ils espèrent bien changer le regard que porte sur elles la société. «On souhaite que les gens soient touchés par leur travail, conclut la directrice générale de la Société Élizabeth Fry, Ruth Gagnon. Et qu'on reconnaisse en elles des personnes à part entière.»

Agir art des femmes en prison, est présenté à la galerie Eastern Block, 7240, Clark, du 27 mai au 16 juin. Infos: www.expoagir.com




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