Les périls du butinage sexuel

« L'effet négatif du butinage sexuel est faible, mais... (Photo Thinkstock)

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« L'effet négatif du butinage sexuel est faible, mais il est bien réel. Il touche surtout les femmes. Celles qui ont des rencontres sexuelles sans relation amoureuse ont, six mois plus tard, plus de risque d'être déprimées ou anxieuses, d'avoir des problèmes d'estime de soi ou une grande consommation d'alcool [plus de 15 consommations par semaine] », dit Elisa Weitbrecht, doctorante à l'Université de Cincinnati.

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Les deux tiers des partenaires sexuels de l'étudiant universitaire américain moyen ne seront pas l'objet d'une affection amoureuse. Cela pose-t-il problème ? C'est la question que posaient des chercheurs à la dernière réunion annuelle de l'Association américaine de psychologie (APA), en août à Washington.

Ce type de statistiques sur le butinage sexuel (traduction libre de hookup), validées par diverses études publiées ces dernières années, n'existent pas pour le Québec. Mais il n'y a aucune raison de penser que la barrière de la langue freine chez nos jeunes l'évolution des normes sexuelles observée aux États-Unis et au Canada, selon Elisa Weitbrecht, qui vient de terminer son doctorat à l'Université de Cincinnati et fait un postdoctorat dans le réseau hospitalier pour les familles de militaires et de vétérans à Palo Alto.

« L'effet négatif du butinage sexuel est faible, mais il est bien réel, dit Mme Weitbrecht. Il touche surtout les femmes. Celles qui ont des rencontres sexuelles sans relation amoureuse ont, six mois plus tard, plus de risque d'être déprimées ou anxieuses, d'avoir des problèmes d'estime de soi ou une grande consommation d'alcool [plus de 15 consommations par semaine]. »

Pourquoi les femmes sont-elles plus touchées que les hommes ? « Les hommes voient davantage le butinage sexuel comme un but en soi, comme une gratification, dit la psychologue californienne. Les femmes, elles, sont plus nombreuses à espérer qu'une activité sexuelle en dehors d'une relation amoureuse débouche plus tard sur une relation amoureuse. Il y a un gouffre entre les motivations des deux sexes. »

Cela ne veut pas dire, prévient Mme Weitbrecht, qu'il n'y a pas de femmes parfaitement heureuses d'avoir des aventures sans lendemain. « Et il y a des hommes qui sont bien malheureux de ne pas avoir de relation amoureuse avec une partenaire sexuelle d'un soir. Mais en moyenne, les motivations des deux sexes sont différentes. »

« Les hommes sont deux fois plus nombreux à désirer qu'une rencontre sexuelle débouche sur une relation sexuelle sans attachement amoureux, de type "ami plus", alors que les femmes sont deux fois plus nombreuses à désirer qu'elle évolue en relation amoureuse, 65 % contre 35 %. »

Une autre chercheuse, qui présentait ses recherches au congrès de l'APA, a examiné l'effet des relations sexuelles et amoureuses à répétition à plus long terme. « Il y a dans la culture populaire une idée que si on a trop de relations avant le mariage ou son équivalent en termes de relation stable à long terme, on peut être pris dans un piège d'insatisfaction et de problèmes avec les engagements et les compromis, explique Lane Ritchie, une psychologue de l'Université du Michigan.

C'est par exemple la base du film What's Your Number, où une femme arrive au nombre fatidique de 20 relations et cherche parmi ses anciennes flammes s'il n'y aurait pas un bon parti, parce qu'elle est convaincue qu'elle ne doit pas dépasser ce chiffre. J'ai eu l'idée de cette étude en voyant en clinique des femmes qui se disaient que la solution à leurs problèmes était peut-être d'observer une relative chasteté et d'arrêter de courailler pour attendre le bon parti. »

Mme Ritchie a suivi pendant cinq ans un échantillon de 460 jeunes adultes. Ses résultats sont relativement rassurants. « Plus on a de partenaires sexuels ou amoureux dans sa vie, plus on a de risque de problèmes de santé mentale. Mais il n'y a pas de limite absolue. Passé le cap de cinq relations, chaque relation supplémentaire n'augmente pas beaucoup le risque de problèmes de santé mentale. C'est un peu comme les enfants : le premier change votre vie, le deuxième aussi, mais quand vous passez de quatre à cinq ou six enfants, le changement est moins grand. »

Le nombre médian de partenaires sexuels des cobayes de Mme Ritchie au cours de leur vie était de cinq (leur âge moyen à la fin du suivi était 25 ans). « Mais il y avait une grande variation. Le record était de 300 partenaires. C'était un homme. » Environ 40 % des relations amoureuses recensées durant le suivi tiraient leur origine dans une aventure sexuelle d'un soir.




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