Rencontres: l'amour n'a pas de prix

Vincent Quesnel, sexologue clinicien et psychothérapeute.... (Photo tirée d'une vidéo)

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Vincent Quesnel, sexologue clinicien et psychothérapeute.

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L'apparition des applications mobiles semble avoir chamboulé le domaine de la rencontre amoureuse. Si l'internet fournit un catalogue infini de candidats potentiels, il a aussi l'inconvénient de dépersonnaliser et de banaliser les contacts humains. Entrevue avec Vincent Quesnel, sexologue clinicien et psychothérapeute.

Trouver l'âme soeur semble occuper une très grande place dans la vie des gens, particulièrement depuis l'arrivée des applications de rencontres. Pourquoi tant de gens adhèrent-ils à la technologie dans ce domaine?

D'abord et avant tout, nous sommes des êtres grégaires. Nous avons besoin d'être en relation, en contact avec les gens. Et c'est certain que tout ce qui se trouve sur notre appareil cellulaire sert à nous divertir et nous désennuyer. Donc, ça vient pallier cette grande angoisse existentielle qu'est la solitude.

Mais s'il y a autant de gens célibataires sur les applications, est-ce vraiment efficace?

Avec ces applications-là, en l'espace de cinq à dix minutes, tu peux être en contact avec des gens de partout. Ça propose une efficacité excessivement puissante. Un autre concept qu'on doit regarder, c'est que ça démocratise les relations. C'est offert à tout le monde, ça ne coûte pratiquement rien. Et l'être humain reste un être d'habitudes, de repères. On a souvent les mêmes trajectoires, on fréquente les mêmes restos, les mêmes bars. Et les applications comme Tinder proposent justement de casser un peu ce moule-là et de rencontrer des gens qu'on n'aurait jamais rencontrés dans la vie de tous les jours. Donc, ça crée une agglomération et ça brise les castes un peu aussi.

Et est-ce sain?

Ça dépend comment on utilise l'outil. Pour moi, les applications pour rencontrer des gens, c'est comme un marteau. Avec un marteau, on peut démolir comme on peut construire. Quand on met cet outil-là entre les mains de quelqu'un qui a des tendances obsessionnelles et compulsives, oui, ça peut devenir souffrant et malsain parce qu'il y a une accumulation et ça peut prendre beaucoup de place dans une journée. Mais pour des personnes un peu plus engagées, certaines de la visée qu'elles veulent avoir avec cet outil-là, ça devient sain. Ça devient simplement une façon de rencontrer des gens efficacement, qui répond à ce besoin.

Êtes-vous surpris que les gens tentent d'abord leur chance avec les applications, au risque de perdre leur temps, alors que plusieurs agences disent garantir leur succès?

Je ne suis pas si surpris. Je crois que c'est un processus. Les gens vont tenter les applications d'abord pour leur gratuité, leur rapidité et leur efficacité. Mais ceux qui vont progresser vers des agences où on fournit un moule beaucoup plus accompagnateur dans la rencontre sont souvent des gens déçus ou frustrés de ce que les applications ont pu fournir. Ils se sentent plus engagés dans le processus, et ils le sont effectivement, entre autres en raison des sous qui y sont investis.

Est-ce qu'on peut en déduire que les applications sont donc plus ludiques et moins sérieuses?

Oui et non. Puisque ce n'est pas donné à tout le monde d'avoir les sous pour aller vers une agence plus structurée, les applications sont plus démocratiques et accessibles, mais elles ne sont pas moins sérieuses pour autant. Par contre, puisque plus de gens sont sur les applications, on retrouve de tout, et ça résulte en un certain far west, alors il faut avoir la main sur la gâchette et être un peu plus méfiant parce qu'on ne sait pas trop à qui on a affaire.

Y a-t-il une somme maximale que les gens sont prêts à débourser pour trouver l'amour?

Je crois que non. Il y aura toujours des gens avec beaucoup d'argent qui seront prêts à payer n'importe quelle somme pour rencontrer l'amour. Mais pour moi, comme professionnel, c'est surtout le prix émotionnel, affectif et de temps investi là-dedans qui est le prix le plus cher payé.

Pensez-vous que les rencontres à l'aide du virtuel ne sont qu'une mode?

Je n'aime pas beaucoup le mot mode. Je pense qu'il y aura plutôt une mutation. L'humain construit toujours à partir de la dernière innovation qui était là. Avant, c'était les sites internet avec des fiches et un descriptif. On est rendus à quelque chose de plus rapide et concis avec les applications, et probablement que les prochaines innovations vont partir du modèle des applications pour trouver de nouvelles choses, mais toujours à partir des manques ou des demandes des utilisateurs. Mais je ne serais pas surpris qu'il y ait un renversement, car plusieurs personnes sont frustrées des applications, alors on pourrait revenir à l'opposé, vers quelque chose de plus réel, de plus humain.

Conseilleriez-vous à un client d'utiliser les applications pour faire des rencontres?

Il y a des gens pour qui c'est très complexe de rencontrer des gens en temps réel, en personne. Les rencontres par l'internet mettent un cadre, des limites, alors il y en a pour qui c'est excessivement sain. Mais il y en a d'autres qui s'enferment dans le virtuel et qui n'arrivent pas à concrétiser vers le réel. Pour ces personnes-là, il est recommandé d'essayer d'aller plutôt vers le contact réel. Mais sinon, c'est de se donner toutes les chances qu'on peut, en ayant un équilibre.




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