Préservatifs: la «fabrique de l'amour» au coeur de l'Amazonie

La fabrique Natex a été inaugurée en avril... (PHOTO YASUYOSHI CHIBA, AFP)

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La fabrique Natex a été inaugurée en avril 2008 à Xapuri, dans l'État amazonien de l'Acre, au nord du Brésil.

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Madeleine PRADEL
Agence France-Presse
XAPURI

En pleine forêt amazonienne, Raimundo Pereira entaille l'écorce d'un hévéa pour le faire saigner et récolter sa sève blanche destinée à l'usine voisine de Xapuri, la seule au monde à produire des préservatifs en latex d'hévéas «natifs» et non pas cultivés.

Son geste rapide et précis révèle l'expérience de celui qui dès l'âge de 9 ans accompagnait dans la forêt, à l'aube, son père «seringueiro» (récolteur de latex), lui-même fils de seringueiro.

«À 51 ans, je continue, j'aime ce travail, car l'air est pur ici. Je le ferai tant que mon corps tiendra le coup», confie-t-il à l'AFP.

Il ne sait ni lire ni écrire, mais se considère comme «un connaisseur des produits de la forêt, des plantes médicinales».

«Aujourd'hui, je ne pense plus à apprendre à lire. Je suis fier, car l'usine m'a donné une visibilité sociale et un meilleur revenu», dit ce père de famille de trois enfants qui, eux, sont scolarisés.

Sur les traces de Chico Mendes

La fabrique Natex a été inaugurée en avril 2008 à Xapuri, dans l'État amazonien de l'Acre, au nord du Brésil, berceau historique de la lutte de Chico Mendes, ce défenseur de l'Amazonie devenu mondialement célèbre après son assassinat en 1988 par des propriétaires terriens qui détruisaient la forêt à la tronçonneuse.

L'usine est née de deux politiques importantes du gouvernement de l'ancien président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), explique à l'AFP Dirlei Bersh, directrice de l'usine entièrement financée par le gouvernement à hauteur de 30 millions de réais (près de 10 millions d'euros) et sans but lucratif.

«C'était d'une part pour relancer une économie endormie, alors que les prix du caoutchouc avaient chuté au plus bas, de l'autre pour renforcer le programme de lutte contre le sida avec la distribution gratuite de préservatifs», ajoute-t-elle.

C'est dans ce contexte que l'usine a reçu le surnom de «fabrique de l'amour», donné lors de son inauguration par le secrétaire national de la Santé, Gerson Penna, alors que les tabous pesaient encore sur les préservatifs.

«Au début les gens se moquaient. Aujourd'hui, les 170 employés de Natex sont fiers du rôle de prévention que joue l'usine», souligne Mme Bersh.

Natex produit aujourd'hui 100 millions de préservatifs, tous destinés au ministère brésilien de la Santé, et prévoit de doubler sa capacité.

500 millions de «chemisettes de Vénus»

Cela représente 20% des 500 millions de «camisinhas de Venus» (petites chemises de Vénus, nom du préservatif en portugais) distribuées gratuitement par le gouvernement tous les ans dans le pays qui compte 730 000 séropositifs, selon les derniers chiffres de l'Onusida.

Le Brésil est pionnier en matière de lutte contre le sida avec des traitements entièrement gratuits pour les malades et séropositifs.

«Natex est la seule fabrique de préservatifs au monde à utiliser du latex +natif+. Son élasticité et sa résistance sont bien supérieures au latex cultivé, importé essentiellement de Malaisie», souligne la directrice.

Au total, 700 familles de seringueiros ont été recrutées dans la région et 489 ont approvisionné l'usine cette année avec 250 tonnes de caoutchouc naturel.

«Le seringueiro reçoit 8 reais le kilo de caoutchouc (2,50 euros), c'est 270% supérieur au prix du marché. Cela englobe la valeur du produit et les services environnementaux pour son rôle de garant de la forêt», affirme Mme Bersh, pour qui l'usine est un «symbole» de développement durable pour l'Amazonie.

«Si Chico Mendes était encore en vie, il serait content de voir que la lutte qu'il a commencée porte encore ses fruits. Son rêve c'était de voir la forêt vivante», se félicite Raimundo Pereira qui l'a bien connu.

L'Amazonie brésilienne a connu la fièvre extractive du caoutchouc à la fin du 19e siècle. La ville de Manaus, avec son splendide Opéra en pleine jungle, est le symbole de la prospérité de cette époque.

Mais dès 1912, elle a perdu le monopole de production parce que les hévéas plantés par les Anglais en Malaisie et à Ceylan, à partir de graines volées en Amazonie, se sont révélés plus productifs.

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