Un petit film porno, chéri ?

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Une fois par semaine, Ariane et Éric, tous deux dans la trentaine, regardent un... (Photo: montage La Presse)

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Photo: montage La Presse

Sophie Allard
La Presse

Une fois par semaine, Ariane et Éric, tous deux dans la trentaine, regardent un film porno. «C'est trash, c'est cool, ça m'allume. J'aime surtout voir mon chum regarder de la porno, c'est mon côté voyeur, confie Ariane. Ce n'est pas régulier, ce n'est pas nécessaire, mais ça fait différent.»

Naguère jugée honteuse, la consommation de films pornographiques semble aujourd'hui entrée dans les moeurs des Québécois. La moitié des hommes visionne des films X au moins une fois par semaine. C'est aussi le cas d'une femme sur six , selon un sondage maison Cyberpresse auquel ont répondu 6490 internautes. Entre une brassée de lavage, une partie de hockey et le 5 à 7 du bureau, on regarde un film coquin? «La porno permet de briser la routine, d'ajouter de la variété à notre vie sexuelle », dit Manon, 34 ans, qui regarde de la porno en couple plus d'une fois par mois. « J'ai découvert des films que mon chum cachait.

Maintenant, on les regarde ensemble. Je lui en ai même acheté un pour sa fête.»

La démocratisation de la porno

Pour Bruno, 35 ans, la porno en couple attise le désir. «C'est rarement planifié, on tombe sur un film à la télé payante. Ça a un effet positif sur notre sexualité, mais ce n'est pas une dépendance. On en regarde une fois par mois.» Seul, Bruno visionne des films X une ou deux fois par semaine.

Selon notre sondage, 97 % des hommes et 86 % des femmes disent avoir déjà visionné un film pornographique.

«On assiste à la démocratisation de la porno», croit l'animatrice et productrice Anne-Marie Losique. «Le libre accès, grâce à l'Internet et aux chaînes câblées, a une influence directe sur la popularité de la pornographie, dit-elle. Avant, on devait se rendre dans une boutique et déposer son film devant le commis à la caisse. Une démarche qui n'était pas nécessairement agréable.»

Les trois quarts (78 %) des consommateurs se procurent des films X sur le Net, et 19 % à la télévision payante. «C'est un marché en constante évolution. La porno sur l'Internet se développe à une vitesse folle et ça joue sur les chiffres de consommation», indique Audrey White, présidente d'Érobec. L'entreprise de production et de distribution de films pornographiques a vu sa clientèle augmenter de 25 % depuis l'an 2000.

Pas que les hommes

La majorité des femmes qui regardent de la porno (67 %) le font au plus quelques fois par année, mais 15 % en consomment toutes les semaines et 4 % chaque jour. «Les femmes revendiquent le droit au sexe comme les hommes. Elles sont plus nombreuses à regarder de la porno et elles osent maintenant l'avouer», note Anne-Marie Losique.

«Dans les années 70, les films étaient plus durs, les actrices semblaient souffrir. Aujourd'hui, l'image féminine est mieux traitée, ajoute Audrey White. Ça explique peut-être pourquoi les femmes sont intéressées.»

Un peu plus de la moitié (57 %) des consommatrices visionnent des films pornos en solo (82 % des hommes en font autant). «On pensait à tort que les femmes le faisaient pour faire plaisir au conjoint. La porno répond donc aussi à un besoin des femmes», fait remarquer la sexologue Geneviève Parent. «La consommation irrégulière de porno n'est pas négative en soi. Il faut néanmoins se questionner sur la fréquence, les motivations et l'image que les gens se font de la sexualité à travers la pornographie.»

Célibataire de 28 ans, Caroline consomme des films pornographiques une ou deux fois par mois. Rarement du soft. «Ça comble un vide, confie-t-elle. Sur l'Internet, c'est accessible et gratuit ; jamais je ne paierais pour ça. Certaines de mes amies en consomment aussi, on s'échange des sites.»

Contre toute attente, les femmes (66 %) accordent surtout de l'importance au nombre de scènes explicites (par rapport à 54 % des hommes), tandis que les hommes s'intéressent d'abord à la beauté des actrices (66 %). C'est le cas de 44 % des femmes. Le scénario ? Il vient en troisième place.

Ken et Barbie

«Les consommateurs cherchent sans surprise le côté artificiel et spectaculaire de la porno, note la sexologue Geneviève Parent. Les images percutantes, les positions inédites et les acteurs «plastiques» sont vendeurs. On préfère regarder les prouesses de Ken et Barbie.» Ariane acquiesce. «Je suis très à l'aise avec ça, je ne me compare jamais. C'est du divertissement, un accessoire au même titre que des menottes ou un vibrateur.»

«Avec la porno, les femmes vont chercher leur côté voyeur, tandis que les hommes ont tendance à se projeter dans les scènes et s'imaginer dans le rôle de l'homme dominant, ajoute la sexologue. Le discours véhiculé dans les films est dégradant envers les femmes, mais les consommatrices le savent et réussissent quand même à aller chercher ce qui leur plaît.» Manon nuance : «Dans certains films, la femme est en contrôle, épanouie.»

«Les hommes regardent des films X surtout pour se soulager, les femmes pour s'inspirer, dit Audrey White. On note que la durée des téléchargements diffère : les femmes regardent un film pendant 30 minutes ; les hommes, de 5 à 15 minutes !»

Note - Les prénoms ont été changés pour préserver l'anonymat.

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