Régine Café: la «matante» idéale

Régine Café fait du brunch une expérience culinaire... (Photo David Boily, La Presse)

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Régine Café fait du brunch une expérience culinaire à part entière.

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Ce chouette resto de Rosemont, qui se présente lui-même comme une «matante» idéale, a réussi à se spécialiser dans les brunchs sans pour autant devenir une usine à déjeuners.

Faire la file le ventre vide ne correspond pas exactement à l'idée que je me fais d'une belle activité de week-end. J'ai donc découvert Régine tardivement, quand j'ai pu lui rendre visite en semaine, à un moment où il n'y a pas d'attente. L'illusion était parfaite. Attablé devant une assiette généreuse dans ce décor délicieusement rococo, on se serait cru dimanche. Ce premier contact m'a convaincue de tenter la véritable expérience, un brunch du week-end entre amis, file comprise.

Parasols, cruche d'eau fruitée, bouchées de brioche maison: l'établissement, il faut le reconnaître, fait des efforts pour adoucir l'épreuve. Mais le vrai test se passe à l'intérieur. Un resto qui attire les foules ne doit pas seulement se montrer à la hauteur de l'attente, mais savoir faire oublier ce moment dès que le client franchit le seuil.

Là-dessus, c'est un sans-faute. L'approche est à la fois efficace et conviviale. La commande de cafés et boissons est prise et servie rapidement mais si, emportés par la conversation, vous avez oublié de regarder le menu, on vous fera sentir que vous avez tout votre temps. Et les plats, une fois commandés, ne traînent pas en chemin.

La gaufre de maïs en version sans gluten est peut-être un peu plus friable qu'une gaufre classique, mais sa pâte moelleuse ensevelie sous une montagne de crème à la ciboulette se défend néanmoins très bien. De belles tranches de truite luisantes et souples, dont la texture ressemble davantage à celle d'un poisson fumé qu'à du gravlax, couronnent cet édifice voluptueux. Des feuilles de roquette, des pousses de maïs et des tranches d'oignon mariné permettent d'ajouter des notes tantôt piquantes, anisées ou acidulées aux bouchées.

Plus rustique, le «Champi» est construit autour d'une épaisse tartine campagnarde recouverte de fromage Mamirolle fondu, accompagnée d'un savoureux écrasé de pommes de terre et de délicieux champignons poêlés à la sauge. Les oeufs pochés peuvent être remplacés, moyennant supplément, par un oeuf écossais - un oeuf au jaune à peine coulant, enrobé d'une bonne chair à saucisse légèrement relevée d'épices à chorizo, puis pané dans une coque de panko croustillante. Du cresson et des tranches de fruits permettent de se rafraîchir le palais entre deux bouchées.

Bon, la gaufre aurait pu être un peu plus dorée et moins encombrée d'oignon. Et l'oeuf écossais, quoique réussi, n'est pas vraiment un plus dans l'assiette Champi, probablement meilleure avec de simples oeufs pochés. Mais ce sont des détails sur lesquels on passe volontiers. D'autant plus que d'autres éléments, autrement plus critiques, sont particulièrement soignés - comme les melons, ananas et agrumes isolés dans un pot Mason, à l'abri des coulées de jaune d'oeuf qui gâchent si souvent les fruits servis au déjeuner.

Les portions copieuses laissent peu de place pour les viennoiseries qui vous font de l'oeil au bar. Dommage, parce que ces brioches joufflues au bon goût de beurre, avec juste assez de cannelle et de sucre caramélisé, sont aussi jouissives qu'elles en ont l'air. Quant aux petits scones intensément citronnés, ils seraient parfaits avec une théière par un jour de pluie.

Des restos de soir qui, à une autre époque, n'auraient jamais ouvert leur cuisine le matin, ont fait du brunch une expérience culinaire à part entière, avec carte de cocktails et menu à l'ardoise renouvelé chaque week-end.

Le Régine Café, une machine bien rodée où l'on est visiblement soucieux d'offrir une prestation constante tous les jours de la semaine, a mis toutes les chances de son côté en optant pour une carte fixe, où seules quelques garnitures varient. Mais contrairement aux chaînes de déjeuners qui étirent les propositions sur plusieurs pages sans réussir à nous exciter, ce petit resto de quartier est parvenu, avec une douzaine de choix judicieux, à bâtir un menu appétissant et juste assez original pour que chacun y trouve son compte.

Régine Café

1840, rue Beaubien Est, Montréal

514 903-0676

www.reginecafe.ca

> Prix : Assiettes entre 12 et 17$, brioches et autres à-côtés de 3,50$ à 4,50$. Quelques sandwiches s'ajoutent au menu les midis de semaine (15$-16$).

> À boire: Pas de carte de cocktails acrobatique, mais quelques choix de jus, smoothies et boissons alcoolisées intéressants. Le café au lait est impeccable.

> Service: Sympathique et efficace.

> Décor: Matante Régine a un faible pour les lustres, le papier peint, les cadres à volutes et les fauteuils aux couleurs acidulées. Le coup d'oeil est très réussi, mais les oreilles sensibles pourraient trouver l'endroit bruyant.

(+) Des brunchs savoureux servis tous les jours selon une formule parfaitement rodée.

(-) Pas de réservations le week-end, donc à moins d'arriver peu après l'ouverture, il faut faire la file.

On y retourne? Ça ne se refuse pas.

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