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L'art du parfum à Grasse: des savoir-faire transmis depuis trois siècles

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Toute cette chaîne, de la fleur au flacon, perdure miraculeusement «grâce aux vieux parfums pour lesquels les parfumeurs n'ont pas voulu changer les ingrédients», dit Joseph Mul. Il vend essentiellement ses roses de mai et son jasmin paye (récolté d'août à octobre) à la maison Chanel pour son célèbre parfum N°5, dans le cadre d'un contrat décennal renouvelé depuis 1987.

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Catherine Marciano
Agence France-Presse
Grasse

Dans le Pays de Grasse, l'art de créer un parfum est une addition de savoir-faire transmis depuis trois siècles entre générations. Cultivateurs de fleurs, transformateurs de matières premières et parfumeurs se mobilisent d'ailleurs pour faire reconnaître ce patrimoine vivant par l'UNESCO.

Comme chaque mois de mai, Joseph Mul, 77 ans, héritier de l'exploitation de fleurs créée en 1840 par son arrière-grand-père, surveille la récolte manuelle de ses six hectares de Rosa Centifolia qui exhalent un doux parfum. Cette figure incontournable des champs des environs de Grasse a transmis la tradition familiale agricole à son beau-fils, «mordu le jour où il a épousé ma fille».

«L'apprentissage s'est fait in situ dans les champs, c'est un échange permanent entre nos deux générations, une transmission d'un savoir-faire qui nous amène à maîtriser le végétal. Ce rosier a été conçu pour piéger la matière olfactive. Son odeur est équilibrée et très veloutée», dit son gendre Fabrice Bianchi, en cueillant une «rose de mai» épanouie.

Au bout des rangées de rosiers, un grand hangar-usine permet de traiter les fleurs dans l'heure qui suit leur cueillette. Son responsable Jean-François Vieille, expert de la transformation de fleurs en «concrète» (1er extrait solide) et en «absolue» (concentré liquide entrant dans le parfum), n'est pas là par hasard. Il raconte volontiers l'influence de son grand-père parfumeur, associé dans ses souvenirs à l'odeur des fleurs d'oranger...

Ce jour-là, le parfumeur Olivier Polge, né à Grasse, est venu vanter son tout nouveau parfum très floral, avec des notes d'oranges, de mandarines, d'ylang-ylang, de cèdre, de bergamote, de jasmin pays...Une «nouvelle interprétation» de Chanel N°5 né il y a près d'un siècle, décrit-il.

Comme une évidence, il a succédé voici trois ans à son père Jacques, parfumeur chez Chanel depuis 1978. «J'ai découvert le métier à dix-huit ans en faisant un stage dans le laboratoire de mon père, puis j'ai appris à distiller les matières premières dans une entreprise de Grasse», confie-t-il.

Toute cette chaîne, de la fleur au flacon, perdure miraculeusement «grâce aux vieux parfums pour lesquels les parfumeurs n'ont pas voulu changer les ingrédients», dit Joseph Mul. Il vend essentiellement ses roses de mai et son jasmin paye (récolté d'août à octobre) à la maison Chanel pour son célèbre parfum N°5, dans le cadre d'un contrat décennal renouvelé depuis 1987.

Au XVIIe siècle, les tanneurs installés à Grasse depuis le Moyen-Âge s'étaient mis à parfumer le cuir -notamment les gants - d'huiles florales odorantes, entraînant l'apparition des champs de fleurs. La forte pression immobilière des années 1970 a toutefois mis en danger la production locale de fleurs, concurrencée également par des productions étrangères nettement moins chères.

En revanche, Grasse demeure le pôle majeur du secteur industriel des parfums et des arômes alimentaires, avec plus de 3000 emplois dans des entreprises comme Robertet, Mane, Fragonard... De nombreux parfums célèbres sortent directement des usines grassoises, composés de matières premières naturelles venues du monde entier et de complexes produits de synthèse. À l'heure où «le terroir» est valorisant, le groupe de luxe LVMH inaugurera en septembre à Grasse un laboratoire de création de parfums pour Dior et Louis Vuitton.

«Une telle concentration de savoir-faire n'existe nulle part ailleurs dans le monde. C'est ici qu'il faut venir pour mettre au point un produit naturel», souligne Jacques Cavallier-Belletrud, fils et petit-fils de parfumeurs grassois, créateur très prolifique et désormais «nez» de Vuitton qui veut se doter d'un parfum.

Dossier déposé à l'UNESCO

À titre personnel, il défend la candidature des «savoir-faire liés au parfum en pays de Grasse» pour intégrer la liste du «patrimoine culturel immatériel» de l'humanité. La France a déposé le dossier auprès de l'UNESCO en mars 2015.

Ces savoir-faire ont été inscrits à l'inventaire du patrimoine immatériel de France en 2014. La consécration par l'UNESCO pourrait prendre des années.

La candidature vise à encourager une transmission orale et olfactive qui s'opère en famille, mais naît aussi d'un tête-à-tête de maître à élève. Des colloques réunissent régulièrement les principaux acteurs grassois, qui viennent expliquer leur univers si particulier.

«Un langage spécifique aux parfumeurs, très imagé, nous permet de communiquer sur une émotion extrêmement rapidement. Avec mon père on se comprend instantanément», a dévoilé au public Jacques Cavallier-Belletrud. Un parfum c'est une idée et une somme d'émotions qu'on peut partager», énonce-t-il.

«Zeste d'oranger, verveine, géranium... ces odeurs m'ont saisi dès ma naissance», raconte Philippe Massé, président du Syndicat national des fabricants de produits aromatiques, dont le grand-père était producteur en Algérie de matières premières. «Mon grand-père avait ses clients principaux à Grasse. Nous traversions alors des champs de jasmin extraordinaires et les usines de transformation imprégnaient l'air d'une odeur magique! »

«C'est important d'aider à labelliser notre patrimoine, éveiller des vocations chez les jeunes et rendre hommage aux anciens», résume Carole Biancalana, quatrième génération de cultivateurs de plantes à parfum.

La candidature est portée par l'association «Patrimoine vivant en Pays de Grasse» et le sénateur Jean-Pierre Leleux. Le processus s'annonce lent, chaque État pouvant défendre un seul dossier de patrimoine immatériel tous les deux ans.

«Le dossier a une dimension internationale. Les matières premières viennent du monde entier. L'Inde, par exemple, a une longue histoire de plantes à parfum, une façon originale d'extraire les essences», plaide le sénateur. «Quand nous aurons la labellisation, il faudrait enchaîner sur une démarche internationale».

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