Grisonner... à 20 ans

Assumer les cheveux gris à 20 ans peut... (Photo Digital/Thinkstock)

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Assumer les cheveux gris à 20 ans peut être plus lourd, à moins d'y mettre un peu d'humour.

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Ciel, des cheveux blancs! Comme autant de signes que le temps file, ils se pointent petit à petit chez les trentenaires. Mais ô surprise! Ils s'invitent parfois beaucoup plus tôt... dès la fin de l'adolescence.

Audrey-Maude Falardeau est tombée sur son premier cheveu blanc il y a six mois. À 20 ans. «Je capotais», se remémore-t-elle.

Pour tourner ses angoisses en autodérision, l'étudiante a alors signé un texte humoristique dans son blogue, pour le webzine québécois Boucle. «C't'arrivé comme ça, paf, comme un cheveu sur la soupe, a-t-elle écrit en mai dernier. Ça devrait être permis juste aux gens de plus de 30 ans de commencer à avoir des cheveux blancs. Ça vient en package deal avec un char, payer d'l'impôt pis habiter à Sorel-Tracy.» 
Le ton était donné. Autant en rire. Et comme pour la narguer, d'autres cheveux blancs se sont pointés par la suite. Depuis, de discrets fils argentés sont apparus çà et là dans sa chevelure.

«Il y a pire dans la vie, mais quand même: je viens d'entrer dans la vingtaine... c'est presque ridicule de parler de cheveux blancs!», lance-t-elle.

À peine plus âgée qu'Audrey-Maude, Karine*, 28 ans, a quant à elle déjà les cheveux poivre et sel. Tant et si bien qu'elle se teint les cheveux toutes les deux ou trois semaines. «Je ne peux plus aller chez la coiffeuse, parce que ça me coûterait une somme... qui n'aurait pas d'allure! soupire-t-elle. Depuis cinq ans, je m'achète des teintures en boîte. Je n'ai pas le choix.»

Elle estime que ses cheveux blancs lui donneraient 10 ans de plus. «Honnêtement, je n'ai pas envie d'avoir l'air de 38 ans, alors que je n'en ai que 28.»

Exceptions à la règle

Très peu d'études détaillent l'apparition de la canitie, terme scientifique pour le blanchissement des cheveux. C'est toutefois à la mi-trentaine, à 34 ans en moyenne, qu'il est le plus probable d'en découvrir un premier. Génétiquement, les personnes d'origine caucasienne sont plus susceptibles de blanchir tôt, alors que chez les Asiatiques, le processus s'enclenche légèrement plus tard, à la fin de la trentaine.

À l'instar de Karine et d'Audrey-Maude, Andréane Carpentier fait elle aussi mentir les statistiques. Elle a 29 ans, et elle estime que près du cinquième de sa chevelure a déjà blanchi.

À l'aube de la quarantaine, sa mère avait les cheveux complètement blancs. L'hérédité jouant un rôle dans l'apparition des cheveux blancs... elle sait ce qui l'attend. D'autant plus qu'elle est coiffeuse.

«J'ai des clientes de 45 ans qui ont moins de cheveux blancs que moi, constate-t-elle. Mais bon: je considère que tant qu'on a des cheveux, ça va! Il y a quelque chose à faire!»

On assume... ou pas?

Lorsque Karine évoque ses cheveux blancs à ses collègues, ils se moquent gentiment d'elle. «Ils me regardent en disant que je dois en avoir deux ou trois... Mais quand ma teinture est vraiment due, je leur montre la repousse et leurs yeux deviennent ronds comme des 25 sous. Juste à voir leur réaction... je ne suis pas encore prête à voir ce regard-là.»

Elle se teint donc régulièrement, tout comme Andréane. Une tâche contraignante, mais nécessaire pour toutes les deux. «Il y a un âge pour les porter, ou encore un pourcentage de cheveux blancs dans une chevelure pour que ce soit beau, croit Andréane. Il faut en avoir au moins 75% pour que ça devienne argenté, pour que ça puisse être joli, à mon goût à moi.»

Éditrice du site Cité Boomers, Carole Le May s'est intéressée de près à la question, dans le livre Assumer ses cheveux gris. Le titre dit tout: elle tente de convaincre ses lecteurs de laisser tomber les teintures pour s'accepter tels qu'ils sont. Grisonnants... et tout de même séduisants.

Mais pour les jeunes, elle est plus nuancée. «Je vais être honnête. Quand je pense aux cheveux gris à 40, 50 ans, c'est beau de s'assumer. À 20 ans, ouf... c'est lourd», admet-elle d'emblée.

Tout de même, elle poursuit en faisant une analogie avec le surplus de poids. «J'ai vu des femmes "grassettes" avoir un taux de séduction auprès des hommes plus élevé que des femmes très minces. Pourquoi? Le fait d'assumer, et mettre de l'humour à travers ça, ça fait toute la différence. Avoir une attitude comme celle-là, c'est ce qui va faire que les cheveux blancs, on les porte mieux.»

Alors, on teint ou pas?

«Moi, je me trouve trop jeune pour penser à ça... je pars en appartement! lance Audrey-Maude. Mais comme j'en suis là, il faut que je l'accepte. Je suis quand même bien dans ma peau. Si je me trouve belle avec mes cheveux blancs, je vais les garder. Voyons ça comme ça: le cheveu blanc, c'est seulement une contrainte de plus à ce que je me sente bien avec moi.»

*Karine préfère taire son nom afin de ne pas être identifiée par sa clientèle d'affaires.




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