Travailler le cuir

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En plus d'être directrice générale du Centre des métiers du cuir de Montréal (CMCM), Claire Kusy enseigne la maroquinerie et la fabrication de chaussures.

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Emmanuelle Mozayan-Verschaeve

Collaboration spéciale

La Presse

Au Québec, de plus en plus d'artisans doués travaillent le cuir, ce qui multiplie les façons de redécouvrir la matière.

Renouer avec des techniques ancestrales

Des passionnés de tout âge font renaître les métiers du cuir au Québec. Ils fabriquent des produits au design contemporain selon des techniques ancestrales.

«La plus grande industrie du cuir au Québec était celle de la chaussure, mais avec la production de masse en Asie dans les années 80, les artisans, les manufactures et le savoir-faire ont disparu», raconte Claire Kusy, directrice générale du Centre des métiers du cuir de Montréal (CMCM) et qui enseigne la maroquinerie et la fabrication de chaussures.

Le Centre est né en 1989. Des artisans autodidactes et tenaces voulaient se regrouper pour transmettre ce savoir-faire d'origine européenne. L'initiative de ces «durs à cuir» a fait son chemin, puisqu'aujourd'hui, les inscriptions sont en constante augmentation. «On est complets pour la rentrée et de plus en plus d'étudiants vont au bout des trois ans d'études. Dans un même cours, on a des élèves de 15 à 65 ans. Nous proposons aussi le perfectionnement des maîtres et des cours de loisirs pour éduquer le grand public», poursuit Claire Kusy, dont l'objectif est de viser le haut de gamme, pour que les élèves qui obtiennent leur DEC vivent confortablement de leur passion.

L'engouement du fait main

«L'achat local incite à acheter de la qualité plutôt que de la quantité, tant au niveau de l'alimentation que du reste. Il y a une volonté de préserver le savoir-faire, et on entre dans une période de prise de conscience de ce qu'on consomme, car les ressources deviennent plus rares», précise Claire Kusy, qui remarque aussi que les gens ressentent le besoin de toucher la matière et de travailler avec leurs mains.

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Laurence Drubigny, adjointe de direction au CMCM

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«Certains veulent se sortir de la performance intellectuelle pour s'initier au créatif, au toucher; ils cherchent à appréhender l'univers avec leurs mains et pas uniquement avec leur tête», renchérit Laurence Drubigny, adjointe de direction de l'établissement.

Un volet écologique

Un sac ou des chaussures en cuir conçus dans les règles de l'art peuvent durer toute une vie. Cette pérennité évite le gaspillage. «La planète ne peut pas soutenir toute notre consommation; les plastiques, les matières synthétiques, les similis sont peu durables et très polluants. Le "cuir végane" est également fabriqué à partir de pétrole. Il faut aussi savoir que le cuir, c'est le marché de la viande. Au lieu de jeter les peaux, elles sont transformées, il y a donc un volet écologique à cela», dit la directrice du Centre.

Toutes les peaux de mammifères, de poissons et de reptiles peuvent être utilisées. La multitude de textures existantes façonnées par des experts assure caractère et élégance aux chaussures et aux objets de maroquinerie faits main.

Sur les traces d'un sellier

Les accessoires en cuir sont légion dans le milieu équestre, très développé au Québec. Il n'existe pourtant pas de formation spécialisée dans le domaine de la sellerie dans la province. En revanche, le seul fabricant de selles sur mesure est établi à Sainte-Marie depuis huit ans sous le nom d'Art-ur et ne manque pas d'ouvrage. Avis aux amoureux du cuir et de l'équitation.

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Luigi Sciorio

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Portrait de quatre artisans

Cuir Eleganza: L'élégance à l'italienne

Luigi Sciorio, 70 ans, MagogSa passion pour le cuir est née à Rome, à la fin des années 60. «J'avais 20 ans, raconte Luigi Sciorrio. Mon frère travaillait le cuir dans un atelier. Un jour, il m'a apporté des ceintures. J'ai essayé de les vendre dans des boutiques et il y avait un potentiel énorme.»

Après être allé accroître son savoir-faire dans des maisons réputées, dont Gucci, il a ouvert son propre atelier à Rome. «Les gens appréciaient la façon dont étaient faits mes sacs, dit-il. Je suivais les tendances, mais je faisais les choses à ma façon.» Dans les années 80, Luigi Sciorrio s'est installé au Québec, où il a travaillé dans une manufacture de sacs. Il a fini par ouvrir sa boutique à Montréal. «C'est là que j'ai rencontré ma femme Lise. Elle était de Magog et a proposé que j'y ouvre un atelier-boutique.» Chose faite en 1995, dans la rue Principale. «Pour que ça fonctionne, il faut faire des choses originales, de qualité, à un prix abordable. Pour vivre de ce métier, il faut surtout croire en ce qu'on fait et être patient.»

Combien ça coûte? Un sac à main coûte en moyenne 270 $. Chaque modèle est personnalisé.

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Youri Taillefer

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Diametris: Le bracelet dans la peauYouri Taillefer, 40 ans, Montréal

«À 25 ans, je m'ennuyais dans la vie. Il y avait une dame dans le Vieux-Port qui faisait des bracelets en cuir. Je trouvais ça fascinant», raconte Youri Taillefer. L'artisan vient de fonder son atelier de bracelets et de bracelets-montres en cuir pour hommes et femmes sous le nom de Diametris.

«Je suis retourné à l'école, raconte-t-il. J'ai eu un enseignant qui avait travaillé pour de grands noms comme Vuitton. Il m'a poussé à voir loin.»

Et cela l'a mené loin, à Tokyo plus précisément, où il a été directeur technique d'une entreprise française spécialisée dans le bracelet-montre durant cinq ans. «Je me spécialise dans ce qui est petit parce que c'est précis et que ça demande beaucoup de rigueur, raconte l'artisan. C'est ce qui me fait triper. Le bracelet en cuir de qualité a une façon d'évoluer et de vieillir en fonction de celui qui le porte. Je trouve aussi que c'est un des rares bijoux qui habillent correctement un homme.»

Combien ça coûte? Modèles sur mesure pour tous les goûts à partir de 165 $.

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Les trois artisans se sont éloignés de leurs formations premières dans les domaines du cinéma, de la science des religions et de l'art visuel pour se spécialiser dans les métiers du cuir, plus précisément la maroquinerie et la chaussure.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

Atelier Hotelmotel: Tradition moderniséeCorinne Bourget 33 ans, Andrew Doiron 32 ans, Niki Jessup 36 ans, Montréal

Les trois compères se sont rencontrés dans le cadre de cours de perfectionnement des maîtres au Centre des métiers du cuir de Montréal. Tous se sont éloignés de leurs formations premières dans les domaines du cinéma, de la science des religions et de l'art visuel pour se spécialiser dans les métiers du cuir, plus précisément la maroquinerie et la chaussure. «J'ai fait des stages en Australie et en France et j'ai créé ma propre collection d'accessoires en cuir qui s'appelle Corinne Wilde, tout en travaillant pour des ateliers de production de designers québécois», explique Corinne. 

De son côté, Niki est allée à Londres pour étudier le design de chaussures.

Quant à Andrew, il a travaillé pour des entreprises de chaussures pour enfants et en cordonnerie.

Pour démarrer HotelMotel, le trio a conçu un modèle unisexe au look sport urbain. «On propose nos sneakers en trois coloris dans un cuir prestigieux de France. C'est un cuir utilisé chez Hermès et les semelles très haut de gamme viennent d'Italie», expliquent Corinne et Niki.

Le but est d'avoir des chaussures durables et de sauvegarder le savoir-faire. Les commandes se prennent sur rendez-vous.

Combien ça coûte? Les chaussures se vendent 640 $, les accessoires, entre 30 $ et 200 $ et les sacs, à partir de 300 $.

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Philippe Tissier

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Cuir Philamain: L'originalité à nos piedsPhilippe Tissier, 60 ans, Sherbrooke

Philippe Tissier a commencé dans le métier en 1978. «Ça a été un concours de circonstances, j'aidais un artisan à monter une exposition et j'ai aimé le travail du cuir. J'ai fait des stages en Italie, aux Pays-Bas et en France pour me former.»

Au début des années 80, il ouvre sa boutique, rue Alexandre à Sherbrooke, pour offrir de la maroquinerie et des chaussures sur mesure de forme assez classique, mais dont la qualité, le confort, le choix des peaux et des couleurs changent tout. «Le produit commandé est une exclusivité. Les gens apprécient aussi la durabilité et le service après-vente. Si quelque chose brise, on répare. J'ai des clients qui m'ont commandé des porte-documents au début de leur carrière et qui reviennent à leur retraite pour quelques réparations afin de transmettre le produit à leur enfant.» Le chausseur n'a jamais fait de publicité. «La publicité, c'est l'objet qui la fait. Mes clients se font arrêter par des gens dans la rue pour savoir où ils ont acheté leurs souliers ou leur sac.»

Combien ça coûte? Il faut compter 285 $ pour une paire de chaussures sur mesure et de 10 $ à 400 $ pour la maroquinerie.




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