Que sont devenus les blogues de mode?

Quelques clichés Instagram de Betty Autier et de... (Photos tirées d'Instagram, photomontage La Presse)

Agrandir

Quelques clichés Instagram de Betty Autier et de Garance Doré.

Photos tirées d'Instagram, photomontage La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

La fin des années 2000 a vu une petite révolution numérique et sociale, soit l'apparition de monsieur et madame Tout-le-Monde au milieu de diables habillés en Prada: les blogueurs. Ils font et défont les tendances, sacrent les nouveaux rois et sont devenus des interlocuteurs indispensables pour les marques. Comment la blogosphère a-t-elle évolué? On fait le point.

Pour qui s'intéresse à la mode, la réussite et le succès des blogueurs de mode n'a rien d'un secret. L'étudiante qui, en 2008, se prenait en photo dans le jardin de ses parents vêtue de H&M ne porte aujourd'hui que des vêtements griffés, et ses clichés semblent tout droit sortis d'un magazine.

Que l'on pense à Tavi Gavinson, Betty Autier, Scott Schuman, Garance Doré ou Bryanboy, la blogosphère regorge d'exemples de réussite à très grande échelle. Et pas seulement en apparence: les blogueurs les plus connus peuvent gagner plus de 1 million de dollars par année, révèle un récent article du Women's Wear Daily.

À Montréal aussi, les blogueurs connaissent du succès, même si tout le monde s'accorde pour dire qu'on ne s'enrichit pas en bloguant, comme l'affirme Aurélie Sauthier, blogueuse derrière Lili Brunette et fondatrice de Made In Blog, une agence qui met en relation blogues et marques.

«On ne vit pas d'un blogue ici. Il faut vraiment que bloguer soit une passion, car ce n'est pas rentable.

»

Aurélie Sauthier
blogueuse derrière Lili Brunette

Loin des dizaines de milliers de dollars que peuvent toucher les plus importants blogueurs américains, ici, un billet «commandité» se négocie 100$, ou quelques centaines de dollars tout au plus.

«Le plus que j'ai payé un blogueur, c'était 5000 $ pour une dizaine de billets pour un projet d'un été», dit Eve Martel, directrice des contenus pour l'agence de publicité Sid Lee et également blogueuse lifestyle pour Tellement Swell.

Populaire

Malgré tout, la force de frappe des blogues est indéniable. Certains blogues sont devenus des acteurs incontournables dans la mise en marché de certains produits. Parmi eux, Ton Petit Look, le blogue mode lancé par les jumelles Carolane et Josiane Stratis, est souvent cité en exemple.

«Un grand atout de Ton Petit Look, c'est sa force d'engagement», note Jean-Philippe Boudreau, directeur création et stratégie de Baobaz, une agence web marketing qui représente notamment Birks, Marie Saint Pierre, Jacob ou Rudsak.

Les deux soeurs ont en effet popularisé un style écrit très parlé, et n'ont jamais délaissé l'humour qui fait la marque de leur blogue. Un style qui peut décoiffer certains exécutifs, selon M. Boudreau, mais qui est redoutablement efficace auprès des lectrices: tous leurs billets sont copieusement commentés et partagés, et les liens proposés sont visités.

«On a parfois des rencontres où certains clients nous regardent l'air de dire: mais qu'est-ce que tu nous fais vivre? s'amuse M. Boudreau. Mais six fois sur dix, les retombées pour les clients sont supérieures à celles des autres blogues avec TPL.»

Le commerce de «bloguer»

Pour les marques comme pour les agences, mesurer la force d'un blogue est toutefois une nécessité: certaines blogueuses se donnent en effet plus d'importance qu'elles n'en ont vraiment, estime-t-on. Chez Sid Lee, on exige ainsi les captures d'écran du «Google Analytics» des blogues, afin de vérifier le nombre de visiteurs uniques.

En 2008 ou en 2009, on pouvait créer son blogue de son salon, sur un site Blogspot, mais aujourd'hui, le milieu s'est profondément professionnalisé. Made In Blog a ainsi organisé, à la fin du mois de mai, son premier campus destiné aux blogueurs.

Au menu: SEO, référencement et Google Analytics. Un menu qui a de quoi perdre les profanes, mais qui a été très sérieusement discuté par les quelques dizaines de blogueurs présents, tous âges confondus.

«On ne peut plus commencer comme avant. On ne peut plus se prendre en photo devant sa porte de garage, il faut que ce soit différent. Il faut tout de suite s'acheter un ".com". La barre est haute.

»

Gabrielle Lacasse
qui a lancé Dentelles et Fleurs en 2010

Devenus professionnels, collaborateurs occasionnels ou fréquents des marques, ayant accès à des vêtements offerts, les blogueurs ne risquent-ils pas de perdre leur charme? Dans un récent article qui a mis le feu à la blogosphère, le New York Magazine se demandait ainsi si on pouvait rester un «outsider» tout en étant un «insider».

C'est là tout le paradoxe des blogueurs qui ont du succès, comme le résume, avec humour, Eve Martel. «La fille qui te donnait des trucs pour t'habiller en H&M se promène maintenant en Chanel, et tu te dis: "Ben voyons, qu'est-ce tu fais au parc avec ta crème glacée?"»

«Oui, il y a un vrai risque de se faire étouffer avec les boîtes cadeaux, ajoute Eve Martel. Il faut toujours se demander: elle est où, ton authenticité?»

Authenticité. Pour les blogueurs, c'est sans doute le meilleur gage du succès, et de la longévité.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer