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Ce qui se cache derrière le made in Bangladesh

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Des travailleuses s'assurent de la qualité des vêtements dans une usine de Dacca, au Bangladesh.

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C'était il y a un peu plus d'un an. En banlieue de la capitale du Bangladesh, l'immeuble de neuf étages abritant des ateliers de production venait de s'écrouler sur des milliers de travailleurs. Les images des étiquettes Joe Fresh sur les ruines du Rana Plaza, aux côtés de corps, ont semé l'indignation. Les consommateurs occidentaux découvraient l'envers des vêtements made in Bangladesh. Mais ce choc a-t-il vraiment donné l'impulsion à des changements en profondeur dans la mode et dans la fast-fashion? Rien n'est moins sûr.

Bleues, roses, blanches. Les chemises fabriquées au Bangladesh sont vendues dans des couleurs pastel en ce jour de printemps 19,95$ chez H&M. Plus loin, ce sont deux leggings de coton pour le prix d'un: 9,95$. Chez Zara, des salopettes fleuries pour enfants made in Bangladesh se détaillent à 29 $. Bangladesh, Viêtnam, Cambodge, Inde, Turquie, Ukraine, Maroc... les vêtements vendus en Amérique du Nord comme en Europe proviennent d'un peu partout dans le monde. Et surtout du Bangladesh, deuxième exportateur mondial de textile.

Un an après l'accident du Rana Plaza, force est de constater que la fast-fashion - c'est-à-dire, la mode bas ou moyen de gamme, renouvelée très rapidement en boutique - est loin d'être passée de mode.

«Les gens étaient bouleversés, choqués, par ce qui est arrivé, mais quand tu entres chez H&M, Zara, Simons, etc., c'est toujours aussi achalandé qu'avant, même plus je dirais», observe Anik Lacasse-Richard, qui tient le blogue Montreal In Style.

La jeune femme, qui affiche sur son site un style toujours à la page, l'admet: oui, elle achète local, mais ne délaisse pas la fast-fashion. «Personnellement, je ne fais pas un gros salaire, alors je continue à magasiner chez des détaillants fast-fashion pour ce qui est de la tendance du moment», poursuit celle qui est aussi vendeuse chez Unicorn, boutique montréalaise spécialisée dans les vêtements de designers locaux.

Bas de gamme

Les prix et la rapidité à traduire, dans les rayons, les microtendances de la planète mode sont les deux clés du succès de la fast-fashion. Avec ses 4500 usines et ses bas coûts, le Bangladesh s'est imposé comme un acteur majeur dans le monde du textile.

«C'est le pays le moins cher au monde. C'est cheap, parce qu'il n'y a aucun investissement dans la sécurité », dit l'analyste politique Bob Jeffcott, de Maquila Solidarity Network, ONG canadienne établie à Toronto.

Depuis de nombreuses années, la Campagne Clean Clothes (CCC), une alliance de syndicats du textile et d'ONG internationales, milite pour l'amélioration des conditions de travail au Bangladesh. En vain. Il y a eu, en 2005, l'effondrement de l'usine Spectrum qui a fait 64 morts. Sept ans plus tard, l'usine Tazreen s'enflammait, tuant 112 personnes.

«C'est passé complètement inaperçu en Occident. Pourtant, chaque semaine, il y avait encore deux ou trois incendies dans les usines», constate l'auteur et journaliste américain Jason Motlagh, collaborateur du Washington Post, du magazine Time et auteur du projet The Real Cost of Fast-Fashion.

Pression

Il aura donc fallu le drame du Rana Plaza et ses centaines de morts, de blessés et d'orphelins pour que les marques européennes et américaines se décident à se préoccuper du sort des ouvriers du textile.

Loblaw (Joe Fresh) comme la britannique Primark ont promis d'indemniser les victimes du Rana Plaza, en plus de s'investir aux côtés de l'Organisation internationale du travail (OIT) pour la mise en place de l'Accord sur les incendies et la sécurité des bâtiments au Bangladesh.

Mais les problèmes créés par la fast-fashion au Bangladesh vont au-delà des conditions de travail dangereuses et des salaires très faibles, estime le Maquila Solidarity Network.

Pour satisfaire le constant renouvellement de la mode dans les magasins, les sous-traitants sont tentés de sous-traiter eux-mêmes: un problème qu'aucune des initiatives prises depuis le Rana Plaza ne résoudra.

Mauvaise conscience

Jason Motlagh a passé plusieurs mois au Bangladesh à documenter le quotidien des acteurs et victimes du drame du Rana Plaza. Le journaliste brosse le portrait désespérant d'un drame à deux faces: les consommateurs occidentaux d'un côté, les travailleurs textiles de l'autre.

Quel est le vrai prix de la fast-fashion? Joint sur la côte ouest américaine, Jason Motlagh fait une pause. Puis répond, d'une traite: «C'est la dignité, la dignité de gens qui doivent se battre pour subvenir aux besoins de leur famille et travaillent dans des conditions que personne ne devrait jamais voir dans sa vie, tout ça pour nourrir notre appétit pour ce qui n'est pas cher. Nous en sommes tous responsables.»

Que faire alors? Le boycottage, répondent les ONG, est une réponse spontanée, mais ce n'est pas la solution.

Les appels au boycottage ont d'ailleurs été très mal perçus au Bangladesh, où, malgré tout, le boom de l'industrie textile a permis de réduire la pauvreté.

«Boycotter, c'est une approche élitiste et insultante pour les travailleurs ici.»

Sara Hossain
Avocate et militante pour les droits des travailleurs

«Les ouvriers textiles ici sont principalement des femmes. Leur travail leur permet de nourrir leur famille, mais aussi de changer leur vie, en mieux, confirme l'avocate et militante pour les droits des travailleurs Sara Hossain, jointe à Dacca. C'est important que les Occidentaux continuent de les encourager dans ces changements.»

La voix des consommateurs occidentaux peut faire la différence. Ainsi, demander pourquoi aucune enseigne canadienne, à l'exception de Loblaw, n'a encore rejoint l'Accord sur les incendies et la sécurité des bâtiments au Bangladesh, mis sur pied après la tragédie du Rana Plaza, serait déjà un bon pas, croit Kalpona Akter, militante pour les droits des travailleurs au Bangladesh. «Une voix peut faire toute la différence», dit-elle.

>>> Consultez l'Accord sur les incendies et la sécurité des bâtiments au Bangladesh

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