Rachel Blais: une mannequin en mode combat

Défiler partout dans le monde, devenir riche à craquer... la vie de mannequin... (Photo Meghan Brosnan, fournie par Rachel Blais)

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Photo Meghan Brosnan, fournie par Rachel Blais

(Austin, Texas) Défiler partout dans le monde, devenir riche à craquer... la vie de mannequin fait rêver. Mais la réalité est tout autre pour beaucoup de jeunes filles d'à peine 13 ou 14 ans, mal payées et laissées à elles-mêmes dans des villes inconnues. La top-modèle québécoise Rachel Blais mène la charge contre la perfidie de l'industrie de la mode dans un documentaire-choc.

Mannequin montréalaise de 26 ans, Rachel Blais a défilé pour Antonio Marras et Topshop. On l'a vue dans Harper's Bazar et dans plusieurs numéros de Vogue. Mais en 2009, sa carrière a pris un tournant quand elle a rencontré les réalisateurs Ashley Sabin et David Redmon, qui préparaient le documentaire Girl Model.

C'était au Japon. Rachel Blais partageait une navette avec d'autres mannequins. En plein tournage, les cinéastes américains lui ont posé tout bonnement une question, et ils ont beaucoup apprécié la profondeur du propos et la distance critique de la jeune femme. «Je les ai aidés à comprendre les formalités du monde de la mode», explique-t-elle.

Girl Model, un film de Ashley Sabin et... (Photo fournies par la production) - image 2.0

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Girl Model, un film de Ashley Sabin et David Redmon.

Photo fournies par la production

Aujourd'hui, Rachel Blais fait la tournée des festivals de cinéma avec le documentaire qu'elle voudrait voir être présenté au Cinéma du Parc. Nous l'avons rencontrée récemment, à Austin, au Texas, pendant le festival South by Southwest (SXSW).

Les premières scènes de Girl Model sont troublantes. Nous sommes en Russie, dans la profonde campagne sibérienne. Des mannequins défilent en bikini devant des représentants du milieu qui cherchent des filles «au look jeune» pour le marché asiatique. Celle-ci est trop grosse, l'autre a l'air trop vieille.

Nadya, 13 ans, sera parmi les heureuses élues. Mais son voyage au Japon virera au cauchemar, car elle sera complètement livrée à elle-même dans le tumulte de Tokyo. Elle nage en pleine détresse psychologique, alors qu'«elle a le soutien des réalisateurs», souligne Rachel Blais. «Imaginez pour les autres!»

Dans le film, on fait aussi la rencontre d'Ashley Arbaugh, celle qui a pris contact avec les réalisateurs pour faire le documentaire. Au départ, elle voulait mettre en lumière des liens entre le mannequinat et la prostitution. Ashley est une ancienne mannequin devenue chasseuse de têtes, qui fait en quelque sorte subir à des plus jeunes ce qui l'a rendue si malheureuse.

«Girl Model, c'est une histoire répandue partout dans le monde. Ça n'a pas de bon sens de travailler seul dans une ville étrangère quand tu as 13 ou 14 ans», dénonce Rachel Blais.

La jeune Montréalaise a beaucoup d'amis mannequins qui la secondent, mais qui ne veulent pas appuyer publiquement ses propos, de peur de perdre des contrats.

18 ans et plus

Rachel Blais songe maintenant à lancer une pétition afin que l'âge minimum pour devenir mannequin soit de 18 ans. «Selon les Nations unies, tu es un enfant jusqu'à 18 ans, plaide-t-elle. J'aimerais aussi que ce soit illégal de voyager seul pour travailler quand on a moins de 18 ans.»

Engager des mannequins très jeunes n'est pas sans effet sur l'image de la femme que propagent les magazines et les publicités, dit Rachel Blais.

Encore récemment, un photographe insistait pour que Rachel Blais (à qui on a conseillé de faire une liposuccion alors qu'elle avait 18 ans) écarte ses jambes lors d'une séance de photos pour des maillots de bain. Elle a refusé... et n'a pas été payée.

La jeune femme veut aussi sensibiliser le public au fait que les mannequins ne roulent pas toutes sur l'or. «Le salaire moyen pour les mannequins professionnelles serait de 27 000$ aux États-Unis. Les billets d'avion, il arrive souvent qu'on les paye. Pendant la semaine de la mode, tu peux travailler 40 heures, et Marc Jacobs va te donner un sac et un t-shirt. On te dit que les défilés, c'est bon pour ta réputation.»

Les agences alimentent la compétition entre les mannequins, ajoute Rachel Blais. «Au départ, elles te vendent le rêve, te disent que tu vas être riche, mais qu'il ne faut pas le dire aux autres.»

Rachel Blais veut faire réfléchir le grand public, lui faire comprendre que tous n'ont pas la même chance que les mannequins québécoises au succès international «qui défilent sur le plateau de Tout le monde en parle».

Pour qui verra le documentaire, ce sera mission accomplie.




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