Des livres à croquer

Voleurs de sucre, Éric Dupont, Éditions du Marchand... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Voleurs de sucre, Éric Dupont, Éditions du Marchand de feuilles, 2013, 174 pages

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Cet été en dents de scie nous a appris qu'il ne faut jamais partir en vacances sans un livre pour affronter les journées de pluie. Mais parce que l'été, on veut aussi, parfois, prendre congé de cuisine, voici des livres à caractère gourmand qui ne contiennent pas ou peu de recettes. À déguster sans effort, et sans salir de casseroles.

Pour les lecteurs à gros appétitEva Thorvald a un don. Celui du goût, transmis par son père, excellent chef, qui lui permettra à son tour de gravir les cuisines, de celles de rue à celles étoilées du Midwest américain. Mais Eva, orpheline trop jeune, cuisine aussi pour panser ses blessures. Un roman initiatique où la gastronomie se transforme en langage unique pour réunir les cultures et les gens.

Extrait: «Lars attribuait son manque de succès avec les femmes au fait qu'il n'avait pas connu d'amours adolescentes, et il attribuait cette absence d'amours adolescentes au fait qu'il était l'élève qui sentait le plus mauvais de sa classe, année après année. Chaque Noël, il empestait comme le sol d'un marché aux poissons, et cela depuis l'âge de douze ans. Et même quand il ne sentait pas affreusement mauvais, les autres enfants faisaient comme si, car les enfants sont ainsi.»

Les cuisines du grand Midwest, de J. Ryan Stradal, éditions Rue Fromentin, 2017, 350 pages.

Pour les amoureux de polars et de gâteaux au chocolatSi Miss Marple avait connu Jamie Oliver, leur fille s'appellerait peut-être Tannie Maria. Rédactrice du courrier du coeur d'un journal local sud-africain, elle n'a qu'une passion, cuisiner, lorsque survient un meurtre qu'elle entreprend de résoudre.

«L'auteure développe une réflexion sociale très intéressante, parle des abus des multinationales, de Nelson Mandela. C'est très riche, plus qu'on aurait pu le penser», dit Anne Fortin, propriétaire de la Librairie gourmande et auteure du blogue Romans gourmands. On retrouve en fin d'ouvrage plusieurs recettes - de gâteaux au chocolat, entre autres - accessibles et un lexique pour les termes en afrikaans. Bref, on y apprend beaucoup.

Extrait: «Le konfyt d'abricots était presque à point, bien translucide et épais, lorsque j'ai entendu la voiture. J'ai ajouté quelques noyaux d'abricots et un bâton de cannelle à la confiture: je ne savais pas encore que cette voiture apporterait le premier ingrédient d'une recette d'amour et de meurtre.»

Recettes d'amour et de meurtre, Sally Andrew, éditions Flammarion, 2017, 496 pages.

Mãn, Kim Thúy, éditions Libre Expression, 2013, 146 pages... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 2.0

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Mãn, Kim Thúy, éditions Libre Expression, 2013, 146 pages

Photo Bernard Brault, La Presse

Pour un bain de culture vietnamienne«Dans la cuisine traditionnelle québécoise, les boulettes de boeuf haché sont arrosées d'une sauce brune dont la consistance et la couleur se comparent à la sauce à base de soja et de fèves vieillies dans le sel qui habille les boulettes grillées vietnamiennes.»

Le roman Mãn, de Kim Thúy, est peut-être le moins populaire de ses livres, mais c'est celui où elle s'attarde le plus à la gastronomie et à la culture vietnamiennes, remarque Billy Robinson, de la Librairie de Verdun. « Le personnage s'abandonne à la nourriture ; l'auteure en parle avec des images fortes, une belle économie de mots. Un bijou », dit-il.

Extrait: «Il va de soi que certains goûts sont exclusifs et tracent une forte frontière identitaire. Par exemple, aucun des chefs que j'ai rencontrés n'a su quoi faire avec le cartilage des os du poulet, alors qu'à Bangkok on croque ces boules panées avec extase.»

Mãn, Kim Thúy, éditions Libre Expression, 2013, 146 pages.

Pour découvrir Nancy HustonLa douce agonie, c'est celle d'un repas de Thanksgiving, organisé par un écrivain qui se sait frappé par le cancer et qui a voulu réunir près de lui une dizaine d'amis et d'anciennes amantes.

Chaque chapitre est porté par un narrateur différent, sur fond de tensions. «J'ai adoré la finesse psychologique des personnages, dit Éric Simard, de la Librairie du Square. On se sent vraiment dans la peau de chacun d'eux.» Mieux, ce titre est un bon choix pour s'initier à l'oeuvre de la grande romancière canadienne: «Si quelqu'un n'a jamais lu Nancy Huston, il devrait commencer par ça», dit le libraire.

Extrait: «Le fumet se répand telle une douleur dans la maison: Ça m'a toujours été pénible, se dit Sean, l'odeur de la bonne cuisine, pire depuis le départ de Jody, mais ça m'a toujours été pénible, dans toutes les maisons où j'ai vécu, la viande surtout, ragoûts de boeuf de mamie à Galway, soupes au poulet de m'man à Somerville, osso buco somptueux de Jody, le fumet de la viande qui cuit une souffrance à chaque fois, un élancement de nostalgie...»

Dolce Agonia, Nancy Huston, éditions Leméac/Actes Sud, 2001, 497 pages.

Refaire le monde, Julia Glass... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 3.0

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Refaire le monde, Julia Glass

Photo Bernard Brault, La Presse

Pour ceux qui rêvent de changer de vieGreenie est pâtissière à Greenwich Village, mère d'un enfant de 4 ans et, accessoirement, en pleine crise de la quarantaine quand le gouverneur du Nouveau-Mexique, amoureux fou de ses gâteaux, l'embauche chez lui: l'excuse idéale pour changer de cap, dynamiser une existence morose.

«La force de Julia Glass, c'est de faire en sorte qu'on s'attache beaucoup à ses personnages, note Éric Simard, de la Librairie du Square. C'est vraiment un très bon roman populaire.» Dommage que la couverture du format de poche soit si peu invitante.

Extrait: «Greenie se remettait à peine de ce qu'elle appelait le contrecoup de la St V. Autrement dit la Saint-Valentin, qui avait le don d'éveiller en elle un enthousiasme salutaire au sortir du mois de janvier, mais dont elle émergeait - si les affaires avaient été bonnes - abattue, jurant que jamais plus on ne la reprendrait à préparer un gâteau en forme de coeur ou d'angelot, ou à verser ne serait-ce qu'une goutte de colorant rouge dans un glaçage au beurre.»

Refaire le monde, Julia Glass, éditions J'ai lu, 2011, 832 pages.

Pour la plageL'école des saveurs, c'est celle de Lillian, résultat d'un défi qu'elle s'était lancé petite : consacrer sa vie à la gastronomie si elle parvenait à guérir sa mère d'un chagrin apparemment inconsolable.

La magie du chocolat opéra et 20 ans plus tard, Lillian a tenu parole. Elle dirige un restaurant et une école de cuisine: chacun des chapitres du livre est celui d'un élève différent, et d'un nouveau champ d'exploration culinaire. «Les descriptions gustatives sont très fortes, c'est très imagé, on sent presque les aliments», raconte Delphine Lussier, de la librairie Le Fureteur, à Saint-Lambert. Une plaquette toute mince qui se glisse parfaitement dans le sac de plage.

Extrait: «Le moment que préférait Lillian, c'était juste avant d'allumer la lumière. Debout sur le pas de la porte, laissant derrière elle l'air chargé d'humidité, elle sentait les odeurs de la cuisine venir à elle: la levure fermentée; le café, terreux et sucré; l'air qui s'adoucissait à l'air libre. En dessous, plus ténus, flottaient les effluves de la viande fraîche, des tomates crues, des cantaloups, des gouttes d'eau sur la laitue.»

L'école des saveurs, Erica Bauermeister, éditions Le Livre de Poche, 2011, 256 pages.

Pour les accros au sucre 

Le sucre est le sujet du premier roman d'Éric Dupont, qui nous a livré l'acclamée Fiancée américaine, objet de dépendance d'un enfant qui ne semble vivre que pour ce plaisir, prêt à tout pour s'en procurer ne serait-ce qu'un soupçon, même à «mordre le grand érable du jardin dans l'espoir que sa sève apaise [sa] douleur».

Un plaisir qui devient le poison du diabétique, comme l'est aussi le héros. «Le thème, c'est donc aussi le rapport à l'interdit, à l'autorité», explique Billy Robinson, de la Librairie de Verdun, qui a «adoré» le titre, comme tous les autres d'Éric Dupont.

Extrait: «J'ai maintenant 10 mois et je suis déjà parvenu aux conclusions suivantes. Primo, seul le sucre rend l'existence supportable. Secundo: les gens se divisent en deux groupes: ceux qui vous donnent du sucre et ceux qui vous le refusent. Tertio, ce dernier groupe inclut une faction très inquiétante, qui vous enlèveront le sucre.»

 

Fourchon, de Kyo Maclear et Isabelle Arsenault... - image 4.0

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Fourchon, de Kyo Maclear et Isabelle Arsenault

Succulents livres jeunesse

Pour lire tranquillement vos romans gourmands, occupez les petits marmitons avec ces perles de littérature jeunesse.

Fourchon

Fourchon n'est ni une cuillère (comme sa mère), ni une fourchette (comme son père), il est le mélange pas si heureux des deux, très triste de ne jamais être choisi lorsque vient le moment de passer à table. Joli conte sur la différence et l'exclusion, «Fourchon connaît beaucoup de succès depuis sa sortie», note Sébastien Lefèvre, de la librairie Gallimard. Prix des libraires (catégorie 0-4 ans). Dès 3 ans.

Fourchon, de Kyo Maclear et Isabelle Arsenault, éditions La Pastèque, 2011, 36 pages.

Le voleur de sandwichs

La maman de Marin est une fée en cuisine qui lui prépare les meilleurs sandwichs de l'école, garnis d'une mayonnaise dont elle seule a le secret, tellement savoureuse qu'un filou ne peut résister à la tentation de dérober à Marin, jour après jour, son sandwich. Marin se lance alors dans une enquête aux 1000 combines pour coincer le vilain et accroche au passage le lecteur qui dévore les pages et attend maintenant avec impatience le second tome, prévu cet automne. À partir de 7 ans.

Le voleur de sandwichs, de Patrick Doyon et André Marois, éditions La Pastèque, 2013, 168 pages.

Des couleurs à croquer

Ce livre, c'est autant un livre de recettes qu'un livre de jeux: le jeu des couleurs, en somme, les légumes jaunes d'un côté, les verts, de l'autre, violets et oranges, qui se battent pour avoir la faveur des enfants. Une approche ludique pour véhiculer quelques notions de nutrition et 24 recettes végétariennes expliquées étape par étape, en photos, simples et appétissantes.

Des couleurs à croquer - Cuisine en vert, rouge, violet, jaune et orange, Éditions Édito jeunesse, 2017, 80 pages.




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