L'art de construire un fort de neige

Les constructeurs portent une attention particulière aux tunnels.... (Photo Olivier PontBriand, La Presse)

Agrandir

Les constructeurs portent une attention particulière aux tunnels.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

L'hiver en dents de scie n'a pas facilité la tâche des constructeurs de forts de neige. Les véritables experts, comme Elliott Tsai, 9 ans, son grand frère Sébastien, 14 ans, et Nicolas Girard-Bissonnette, 13 ans, ne se laissent pas démonter. Avec quatre ans d'expérience derrière eux, ils maîtrisent les techniques de construction, quelle que soit la température.

Cette année, les constructeurs ont baptisé leur oeuvre... (Photo Olivier PontBriand, La Presse) - image 1.0

Agrandir

Cette année, les constructeurs ont baptisé leur oeuvre Broken Bones (Os brisés), un clin d'oeil au fait qu'Elliott s'est cassé le bras, durant l'hiver ; Nicolas, l'été dernier ; et Sébastien, il y a quatre ans.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

Le jeune Elliott Tsai, 9 ans, est un véritable expert... (Photo Olivier PontBriand, La Presse) - image 1.1

Agrandir

Le jeune Elliott Tsai, 9 ans, est un véritable expert en construction de fort.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

La première étape consiste à bien planifier le projet, en fonction du terrain disponible. Au début, les trois constructeurs traçaient des plans en bonne et due forme. Après quelques années sur le même terrain (la maison familiale des frères Tsai), ce n'est plus nécessaire.

« Nous nous sommes habitués aux dimensions, nous savons quoi faire, où le faire », indique Sébastien. « Nous savons où se trouvent les plantes à éviter », complète Nicolas.

Il faut quand même prendre des décisions majeures, qui peuvent varier d'une année à l'autre : où placer les murs, où positionner le quartier général, serait-il opportun de creuser un tunnel ? « Avoir un tunnel, ça donne du prestige par rapport aux autres forts », explique Nicolas.

Le père des frères Tsai, Ken Tsai, est architecte. Il se garde toutefois d'intervenir dans le projet. « C'est mieux si on a moins de chefs dans la cuisine », explique-t-il.

Les jeunes sont allés chercher auprès de lui quelques conseils en fait de structure générale au début (mettre de gros morceaux au-dessus de plus petits, ce n'est pas une bonne idée), sans plus.

Ken Tsai a toutefois établi quelques règles : non, on ne construit pas un mur qui bloque le passage des voisins, si compréhensifs soient-ils. Et on ne creuse pas un tunnel tout juste à côté du trottoir. « Les gens de la Ville passent très vite pendant le déneigement », explique M. Tsai.

Sur de bonnes bases

Une fois que l'équipe s'entend sur les grandes lignes du projet, il est temps de passer à l'action, en commençant par creuser les tranchées et ériger les murs. Il faut toutefois composer avec l'état de la neige.

« Lorsque la neige est poudreuse, qu'elle n'est pas collante, il est difficile de la compacter », note Nicolas. L'équipe de constructeurs a toutefois trouvé une bonne technique pour contourner cette difficulté. « On met la neige dans une poubelle, on la compacte à l'intérieur puis on l'utilise », indique Sébastien.

« Pour le bas des murs, il peut être judicieux d'utiliser des blocs de glace ou de neige très durcie pour partir sur une base solide. La neige poussée de côté par les déneigeuses contient souvent de tels blocs. »

Pour le haut des murs, il suffit d'empiler la neige et de la compacter. Elliott a développé une bonne technique pour ce faire : il utilise le couvercle de la poubelle pour taper la neige de façon très uniforme. La finition est importante. Mettre des créneaux ajoute une belle touche. Il faut toutefois bien se soucier de la durabilité.

« Souvent, on prend des bouteilles d'eau et on arrose la neige pour que ça gèle durant la nuit », note Nicolas.

D'ailleurs, une petite pluie verglaçante peut être bénéfique pour solidifier l'ensemble. Mais trop de pluie peut être catastrophique et détruire une partie du travail. « Cette année, on a déjà dû reconstruire notre fort à deux ou trois reprises », déplore Sébastien.

Tunnels, cachettes et drapeau

Les constructeurs portent une attention particulière aux tunnels avec une technique innovatrice. Au lieu de creuser dans un amas de neige, ils placent une poubelle de bonne dimension sur le côté, ils la couvrent d'une bonne couche de neige, qu'ils compactent. Ils couvrent le tout d'un gros morceau de carton ondulé, puis d'une autre couche de neige. Ils attendent que le tout se solidifie et retirent la poubelle. Voilà une première section de tunnel. Ils peuvent maintenant passer à une deuxième section en reprenant les mêmes étapes.

Il faut toutefois noter que le Conseil canadien de la sécurité décourage fortement la construction de tunnels en raison des risques d'effondrement.

Frédéric Dion, expert en survie et grand constructeur d'abris, préfère insister sur le principe architectural de la voute : il faut que le plafond du tunnel soit bien rond, ou que le plafond de la caverne soit un dôme (comme un igloo), pour que le tout soit solide. Les lignes de force suivent alors la courbe de la voûte. « Si le plafond est plat, c'est dangereux », affirme M. Dion

Il insiste également sur l'importance de creuser dans de la neige bien compactée. Le tunnel de nos trois constructeurs, réalisé avec une poubelle ronde dans de la neige pressée, passe donc le test.

Il reste encore quelques éléments à réaliser pour que le fort soit terminé : des espaces secrets pour cacher des dizaines de balles de neige et un drapeau pour identifier le fort, réalisé par Elliott, l'artiste de l'équipe.

Cette année, les constructeurs ont baptisé leur oeuvre Broken Bones (Os brisés), un clin d'oeil au fait qu'Elliott s'est cassé le bras, durant l'hiver ; Nicolas, l'été dernier ; et Sébastien, il y a quatre ans.

Certaines années, plusieurs copains ont participé à la construction du fort. Pour que tout fonctionne rondement, les jeunes constructeurs se sont donné des titres militaires : lieutenants, caporaux, etc. « C'était comme dans l'armée parce qu'il fallait se défendre », explique Sébastien.

Effectivement, il y avait d'autres forts dans le voisinage et des troupes ennemies ont attaqué. Il a bien fallu se défendre. Il y avait cependant une règle non écrite. « On ne veut pas détruire le fort des autres, indique Sébastien. Ils ont travaillé fort, tout comme nous. »

Cette année, l'ambiance est plus pacifique. « Notre fort est plus décoratif que militaire, note Sébastien. On fait un fort pour avoir du fun, pas toujours pour se battre. »




À découvrir sur LaPresse.ca

Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer