Oser pédaler dans la neige

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La Ville de Montréal déneigera 395 kilomètres de pistes cyclables cet hiver.

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Quand décembre revient, Catherine Ménard a le coeur gros. Ce n'est pas tant le retour de l'hiver qui l'attriste, mais bien le fait de devoir ranger son vélo jusqu'au printemps. Cette année, donnera-t-elle une (seconde) chance au vélo d'hiver ?

DONNER UNE (SECONDE) CHANCE

Du 15 novembre au 1er avril, entre 10 % et 15 % de l'achalandage est maintenu sur les principales pistes cyclables de Montréal. On peut en déduire que 8 ou 9 cyclistes sur 10 rangent leur vélo pendant la saison froide. Catherine Ménard, 32 ans, fait partie du nombre.

Ce n'est pas faute d'avoir essayé le vélo d'hiver. Elle l'a fait pendant un hiver complet, celui de 2007-2008. Sa « vieille bécane » rouge l'a accompagnée dans ses déplacements, entre Pointe-Saint-Charles, où elle habitait à l'époque, et le Plateau Mont-Royal, où elle travaillait.

Son expérience ? Difficile. Pénible, même.

« Mes déplacements étaient extrêmement longs et difficiles, résume-t-elle. J'avais toujours trop de stock quand j'arrivais quelque part et j'étais dans un état... non présentable », résume la conseillère en communication. C'est sans compter les chutes, dont une, mémorable, où la roue arrière de son vélo s'est retrouvée sous un camion. Et l'état - lamentable - de son vélo à la fin de l'hiver.

Aurait-elle pu faire les choses autrement ? Oui, convient-elle. Son vélo n'était pas du tout adapté, ses vêtements non plus (elle roulait en habit de neige). Voudrait-elle refaire les choses autrement ? Chaque automne, elle y songe, mais le souvenir de l'hiver 2007-2008 la rattrape.

À notre demande, Catherine Ménard a accepté de venir rencontrer Bruno Lavergne, propriétaire de l'atelier cycliste Le Grand Cycle, et Magali Bebronne, agente de liaison en transports actifs chez Vélo Québec. Deux adeptes de vélo d'hiver qui en savent long sur la question et qui pourront répondre à celles de Catherine. Qui sait, peut-être voudra-t-elle donner une seconde chance au vélo d'hiver...

50 000
Nombre de cyclistes qui ont utilisé au moins une fois leur vélo entre décembre et avril 2010 à Montréal.
395
Nombre de kilomètres de pistes cyclables qui devraient être déneigées cet hiver à Montréal (contre 260 km l'an dernier). Le réseau total dans l'agglomération compte 643 km.
330
Nombre quotidien moyen de cyclistes qui ont emprunté la piste cyclable de la rue Berri à l'hiver 2013-2014. La moyenne, à l'été 2014, était de 3722 par jour.

PREMIÈRE ÉTAPE : L'ATELIER

Début du mois de décembre, 15 h. Le temps est frisquet, mais la neige tarde encore à recouvrir le sol. « Je pense que ce sera ma dernière journée de vélo aujourd'hui », nous lance Catherine Ménard en arrivant devant Le Grand Cycle, à l'angle des rues Cherrier et Saint-André, dans le Plateau Mont-Royal. À l'intérieur, le propriétaire Bruno Lavergne l'invite à s'asseoir au comptoir.

- Je ne fais pas de vélo l'hiver, parce que j'ai peur. J'ai déjà essayé d'en faire avec une vieille bécane rouillée, mais je suis tombée quelques fois. 

- C'est drôle, parce que c'est l'inverse que tu devrais faire. Un vélo cheap, rouillé, ce n'est pas très grave, l'été. Mais l'hiver, tu dois être équipée. 

- Je suis un peu moins naïve aujourd'hui que je ne l'étais à l'époque, mais là, j'ai un traumatisme. Comment je le défais ? 

- La première chose, c'est de regarder ton budget. C'est ton budget qui va te dicter où tu t'en vas, parce qu'il y a plusieurs options. 

- Mettons que mon budget, c'est trois cartes mensuelles de métro, donc environ 300 $. Est-ce qu'on est capable de vivre un hiver à vélo avec 300 $ ? 

- Il faudrait que ce soit un vélo d'occasion.

- J'ai déjà mon vélo. 

- Dans ce cas, ce n'est pas pareil. N'importe quel vélo est un vélo d'hiver. C'est comme en voiture : tu peux rouler l'hiver avec ta BMW, mais les pièces qui vont s'user pendant l'hiver vont te coûter plus cher que celles, par exemple, d'une bonne petite Toyota...

- J'ai une très bonne Toyota, avec de bons freins, de bonnes pièces...

- O. K. Si tout fonctionne bien, il faut préparer le vélo pour l'amener à passer à travers l'hiver. 

- Et mon vélo ne sera pas complètement rouillé à la fin de l'hiver ? 

- Ça dépend de toi. Ce sont de petits entretiens réguliers qui vont te faire passer à travers l'hiver. 

- La première étape, c'est quoi ? 

- As-tu des garde-boue ? 

- Oui. 

- As-tu des pneus d'hiver ? 

- Non. Et je n'en avais pas quand j'avais essayé... 

- Ça te prend un pneu qui est mince pour couper la slush et te rendre au sol le plus vite possible. Le pneu doit aussi être souple, parce qu'à - 20 degrés, un pneu qui estcheap va devenir dur comme de la roche. [Il lui montre un pneu qui possède ces caractéristiques : le pneu de type cyclocross, doté de crampons en caoutchouc, 40 $ chacun.] Ça, ça va te faire pour 95 % des conditions l'hiver montréalais.

- J'en mets sur la roue avant et sur la roue arrière ?

- Une paire, c'est l'idéal. Le minimum, c'est d'en mettre un à l'avant. Parce que l'hiver, c'est la roue avant qui gère tout. C'est pour ça qu'on dit aux gens d'avoir une position un peu plus agressive l'hiver, pour avoir le poids sur la roue avant.

- Et l'autre 5 % ? 

- L'autre 5 %, on parle de glace. Et pour la glace, c'est d'avoir un pneu à clous. 

- En 2007-2008, j'avais l'impression que les automobilistes avaient moins le contrôle et étaient plus nerveux. Même chose pour les cyclistes. Moi, j'avais peur... 

- Dans le monde du vélo d'hiver, on a une espèce de loi non écrite qui dit que, l'hiver, on ne fait pas exprès. Si tu embarques dans une petite rue et qu'un char arrive en arrière de toi, il faut que tu te tasses. 

- C'est une habitude de rouler, l'hiver. Et là, je n'ai pas parlé des belles soirées où tout le monde est à la maison et que tu sors dehors parce qu'il y a quatre ou cinq pouces de neige et que tu roules dans les rues, seul. Juste ça, ça te fait aimer l'hiver à Montréal.

- J'y pense. Ça déconstruit mes peurs. On dirait que j'ai le goût.

Comment bien préparer son vélo:

Changer la roue au gré des conditions

Aux cyclistes qui souhaitent rouler les jours où la chaussée est glissante, Bruno Lavergne suggère d'installer le pneu à clous (70 $ ou 110 $) sur une roue supplémentaire (70 $) et de la mettre sur son vélo au besoin uniquement, question de ne pas l'user de façon prématurée. D'autres détaillants suggèrent de laisser la roue à clous tout l'hiver.

Câbles inoxydables

Autre amélioration : changer ses câbles en acier pour des câbles en acier inoxydable afin d'éviter qu'ils s'oxydent, se coincent dans la gaine et rendent le freinage difficile (25 $ pour 4 câbles et 4 gaines).

Lubrification et douche

L'hiver, Bruno Lavergne conseille de mettre régulièrement du lubrifiant léger sur la chaîne, dans les dérailleurs et dans la serrure du cadenas (pour éviter qu'il gèle). Il suggère aussi de nettoyer le vélo pour enlever le sel. Son atelier propose d'ailleurs des « douches de vélo » (de 5 à 10 $).

DEUXIÈME ÉTAPE : VÉLO QUÉBEC

Il est maintenant 16 h. Il pleut. On pédale un kilomètre le long du parc La Fontaine pour arriver aux bureaux de Vélo Québec, rue Rachel. Magali Bebronne, agente de liaison en transports actifs, nous y attend.

Catherine Ménard explique d'emblée qu'elle travaille dans un bureau au centre-ville et qu'en arrivant, le matin, elle croise des clients, des collègues, ses directeurs... En 2015, se présenter au bureau en pantalon imperméable, les cheveux en bataille, ça passe ? (Sans se faire automatiquement accoler l'étiquette d'anarchiste finie, mettons ?)

« Les perceptions changent », lui répond Magali Bebronne, qui a déjà vécu ce genre de situation, dans le passé, quand elle travaillait dans un milieu plus formel. Aujourd'hui, constate-t-elle, de plus en plus de professionnels jugent qu'il n'y a pas de honte à se promener à vélo l'hiver. « Je vois ça un peu comme une mission. Je suis capable d'être professionnelle et d'arriver à vélo. Je me déplace simplement autrement. »

Catherine Ménard poursuit. En 2007, elle ne se sentait pas vraiment en sécurité sur les routes. Le stress des automobilistes s'ajoutait au sien. Qu'est-ce qui a changé, depuis ?

« Le réseau cyclable est de plus en plus accessible, lui dit Magali Bebronne. Il y a une volonté de la Ville de le garder ouvert l'hiver. » La Ville de Montréal a annoncé que son réseau quatre saisons atteindrait 395 km, cette année.

UNE QUESTION DE RESPECT

Magali Bebronne sent aussi un plus grand respect entre les automobilistes et les cyclistes, qui font maintenant partie du paysage hivernal.

« Quand j'ai commencé le vélo d'hiver, vers 2010-2011, ça m'arrivait de me faire frôler par un taxi parce que le chauffeur voulait me donner une leçon. Mais ça a changé, assure-t-elle. Aujourd'hui, un automobiliste dans le centre-ville de Montréal qui veut essayer de donner une leçon à chaque cycliste d'hiver qu'il croise... Il aura de la misère, parce qu'il y en a partout. »

Et pour les cyclistes, quels sont les conseils de sécurité à respecter ? lui demande Catherine Ménard.

Première chose : l'éclairage (il fait noir plus tôt, l'hiver). Deuxième chose : adapter sa conduite et son vélo (baisser la pression des pneus pour avoir une meilleure adhérence, baisser la selle pour retrouver son équilibre plus facilement). Troisième chose : adapter son itinéraire en fonction des conditions de la chaussée (et ne pas hésiter à faire demi-tour si on ne se sent pas à l'aise).

SÉCURITAIRE ?

« Et les gens dans mon entourage, qui ont peur pour moi, qu'est-ce que je pourrais leur dire pour les convaincre que c'est sécuritaire ? », demande Catherine Ménard.

Magali Bebronne se fait souvent demander s'il est plus dangereux de conduire l'hiver que l'été. Pour avoir une idée, elle a comparé les chiffres d'achalandage sur les pistes cyclables à ceux des accidents qui ont impliqué des cyclistes entre 2012 et 2014. Résultat : « Ça se suit exactement. De façon proportionnelle, il n'y a pas plus d'accidents en hiver qu'en été. »

« Laisser sa trace dans la neige folle, ça roule tellement bien, c'est silencieux, conclut Magali Bebronne. Tout le bruit est absorbé. Tu es le seul à profiter de ce moment magique. Ça a un petit côté féérique, parfois. »

Catherine Ménard a pris quelque jours pour réfléchir à la suite des choses. Avant-hier, elle nous a écrit pour nous dire... qu'elle allait donner une « deuxième chance à l'hiver ». « Je vais faire hivernaliser mon vélo cette semaine. » Justement, on prévoit quelques flocons la semaine prochaine...

LES ESSENTIELS DU VÉLO D'HIVER

Nous avons demandé aux membres du groupe Facebook Vélo d'hiver - Montréal de nous présenter leurs « essentiels » du vélo d'hiver. Voici quelques suggestions reçues.

JAMBIÈRES DE LAINE

« Comme je fais du vélo en hiver en robe et en jupe, je ne pourrais me passer de jambières en laine qui montent jusqu'aux cuisses, de bottes de ville qui couvrent les mollets et d'un manteau qui couvre les cuisses », soutient Anne Williams.

PLUSIEURS COUCHES

« La clé, c'est de mettre des couches de vêtements qui peuvent s'ajouter ou s'enlever au gré des hausses et baisses de température », écrit Ronald Houde.

« Le mot d'ordre : si tu n'as pas froid au repos quand tu sors de chez toi, c'est que tu es habillé trop chaudement pour le vélo d'hiver », précise Marie Vallières.

LUMIÈRES DE NOËL FONCTIONNANT AVEC DES PILES

« En décembre, des lumières de Noël fonctionnant à piles. J'ai hâte de les installer ! », rigole Nicola C. Zoghbi.

PASSE-MONTAGNE ET BANDEAU

Pour les journées très froides : un passe-montagne, suggère de son côté François Gagnon. « Et le bandeau pas trop chaud, lui, laisse la chaleur sortir par la tête et bloque le vent », affirme Jullien BL.

LUNETTES DE SKI

« Surtout par grand froid ou grand vent pour éviter d'avoir les yeux pleins d'eau », note Julie Belpaire.

« Des cheap font la job ! », précise Fab Rice.

CHAUSSETTES EN LAINE MÉRINOS

« Celles de Darn Tough sont éthiques, quasi locales (le Vermont, c'est à côté !), chaudes, résistantes... et jolies », propose Chloé Baril.

GANTS « HOMARD »

« À mi-chemin entre le gant et la mitaine, ce gant permet d'avoir une bonne dextérité pour actionner les manettes du vélo, tout en étant plus chaud qu'un gant conventionnel », explique Nicolas Ouellette.

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