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Les histoires d'une conteuse de courges

Pascale Coutu et son conjoint Pierre Tremblay, propriétaires... (Photo: François Roy, La Presse)

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Pascale Coutu et son conjoint Pierre Tremblay, propriétaires de La Courgerie, se préparent au début de leur grosse saison. La récolte vient de commencer et les champs ouvrent au public la semaine prochaine. D'ici la fin du mois de novembre, environ 25 000 personnes auront visité la ferme.

Photo: François Roy, La Presse

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Des gens d'avant-goût

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Des gens d'avant-goût

Tout au cours de l'été, La Presse donne la parole à ceux qui réinventent notre terroir. Des gens qui ont pris de sérieux risques pour se lancer dans des cultures moins populaires ou qui ont décidé de faire les choses différemment. »

Tout l'été, La Presse a donné la parole à ceux qui réinventent notre terroir. Des gens qui ont pris de sérieux risques pour se lancer dans des cultures moins populaires que d'autres ou qui ont décidé de faire les choses différemment. Ils créent maintenant dans leurs champs, leurs fermes, leurs brasseries et leurs fromageries des produits qui se trouveront bientôt sur votre table. Voici le dernier portrait de ces gens d'avant-goût.

Saviez-vous que l'on pouvait cacher une mitraillette dans une citrouille?

Pascale Coutu l'a appris après le 11 septembre 2001. Cet automne-là, son entreprise commençait à prendre de l'expansion et une partie de ses courges devait partir pour les États-Unis. Mais l'Halloween, en 2001, a eu un goût plus amer que sucré chez les voisins du Sud. Pour des raisons de sécurité, les produits agricoles d'ici sont restés ici, le temps que les règles d'exportation soient révisées. La productrice s'est retrouvée prise avec 20 000 citrouilles déjà récoltées et autant dans ses champs.

 

Pour la toute jeune Courgerie, cette catastrophe est devenue un tremplin. Parce que 40 000 citrouilles dans un petit terrain de campagne, ça se remarque. Et ça s'est remarqué. Alors cette année-là, au moment où le monde avait la tête aux questions de sécurité internationale et de chasse aux terroristes, La Courgerie est devenue une entreprise d'agrotourisme, sans l'avoir vraiment voulu. Des gens sont venus voir ce spectacle peu commun et sont évidemment repartis avec leur citrouille en main, fiers de leur découverte. Il y avait même un petit avion qui faisait régulièrement des tours au-dessus du champ, raconte la cultivatrice, à sa ferme de Sainte-Élisabeth, dans Lanaudière. Plusieurs des clients satisfaits sont retournés l'année suivante. Puis l'autre d'après. Et ainsi de suite.

Coup de foudre esthétique

Ce n'était pas prévu comme ça. La ferme du père Coutu avait été mise en vente à la fin des années 90. Elle appartenait à la famille depuis 200 ans. À ce moment-là, Pascale travaillait dans le tourisme, mais elle a décidé de relever le défi quand même. Il restait à trouver un défi à sa taille. La ferme laitière, très peu pour elle. Ni le maïs, ni le soya. Il fallait une culture maraîchère. Il fallait une culture originale. «Au départ, j'ai eu un coup de foudre esthétique avec la courge», confie la productrice.

Il faut dire qu'il y a dans ses champs des spécimens esthétiquement adorables. Les courges Hubbard, d'un vert très foncé. Les jolies Sweet Dumpling rayées. Les cous tors, qui ont l'air de petites virgules orangées sur leurs plants. Les Cendrillon rouges, certainement nommées d'après le carrosse de la célèbre princesse. Des bananes bleues. Des pâtissons de toutes les couleurs et cette étonnante variété qui fait des fleurs blanches dès que le soleil tombe. «La nuit, c'est tout blanc ici», explique la productrice, qui est toujours aussi ébaubie par la beauté de ses fruits. Car oui, les courges sont des fruits! Pascale les repère sous le feuillage et les félicite de leur bonne conduite. L'agricultrice a la voix d'une conteuse. Le ton joyeux qui chante et qui rend les histoires de mildiou et de pucerons jolies comme une comptine pour enfants. Elle aime recevoir de la visite. Elle aime lui parler de ses courges qui portent des noms de personnages de romans fantastiques.

C'est ce qui fait que par cet incroyable mauvais tour du destin, il y a huit ans, Pascale Coutu est retombée dans le tourisme. Elle qui croyait lui avoir définitivement tourné le dos en achetant la terre paternelle.

«Mais le succès touristique n'est pas garant du succès financier, confie-t-elle. Et en 2006, les chiffres n'étaient toujours pas de la bonne couleur.» La Courgerie a donc laissé tomber une partie des activités touristiques pour revenir à sa nature première, la bouffe.

La réhabilitation des courges

Chaque automne, on parle de La Courgerie dans les médias. Souvent dans les suggestions de sorties à faire en famille, car évidemment, les enfants aiment bien aller chercher leurs citrouilles eux-mêmes dans le champ et la décorer sur place.

La Courgerie est néanmoins d'abord et avant tout une entreprise agricole. Et peut-être même de plus en plus. Au départ, 90% des gens qui se présentaient sur place allaient chercher des courges pour décorer leurs maisons à l'automne. Après 10 ans de travail, la proportion s'est inversée: 90% des achats de La Courgerie sont destinés à la table. «Mes clients, ce sont des gens qui trippent bouffe, dit la maraîchère. Ils écoutent Josée di Stasio le vendredi soir et ils lisent les articles sur l'agriculture dans le journal.»

Pascale a aussi ajusté son discours et sa production. Les citrouilles ne représentent plus que le cinquième de ses courges. La clientèle a changé aussi. Des familles, toujours, mais plus jeunes. Des urbains aussi. Des clients qui partent de Montréal, de Laval, de Trois-Rivières et de Québec pour faire leur plein de courges en plein air. Plusieurs espèces se conservent des mois dans des conditions idéales et plusieurs consommateurs les conservent effectivement des mois. Ils ne sont plus intimidés par ces cucurbitacées à la pelure robuste. «Nous sommes arrivés au bon moment, explique la productrice. Le discours sur l'alimentation locale et sur la bonne alimentation, c'est tout à fait nous!»

Pascale Coutu a toutefois abandonné l'idée de «désaisonnaliser» la courge, comme les acériculteurs s'efforcent de le faire avec le sirop d'érable. «J'ai beaucoup essayé, mais la courge, c'est un produit d'automne, dit-elle. Ce n'est pas très sexy de manger de la courge quand il fait 30°C dehors.»

La Courgerie compte plutôt sur la vente de ses produits transformés, en ligne, pour prendre de l'expansion.

«Nous avons fait le choix de rester petits, mais ça ne veut pas dire que nous allons avoir un petit chiffre d'affaires», dit la productrice. La preuve? Les chiffres sont maintenant de la bonne couleur! Assez pour permettre à Pierre Tremblay, le conjoint de Pascale, de désormais se consacrer à l'entreprise à plein temps. Il parcourt les champs et accueille les visiteurs l'automne, mais surtout, il passe du temps derrière les fourneaux. Il s'amuse à agencer ses courges avec des produits du coin. Pour son potage, il a utilisé un bouillon de cerf plutôt que de volaille, parce qu'il y a un producteur de cerfs dans le même village.

La récolte vient de commencer à La Courgerie. Les champs ouvrent au public la semaine prochaine. D'ici la fin du mois de novembre, environ 25 000 personnes auront visité la ferme, avec une foule qui peut atteindre 5000 personnes la fin de semaine de l'Action de grâce. Mais les amateurs de courges, les vrais, attendront un peu avant d'aller faire leur épicerie à Sainte-Élisabeth. Car ils savent que les meilleurs fruits sont ceux du mois de novembre. «Les courges, elles commencent à être bonnes la troisième semaine de septembre, explique Pascale Coutu. Elles sont délicieuses en octobre. Elles sont fabuleuses en novembre.»

 




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