La fin d'un boxeur

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La vie du boxeur Jesus Gonzalez n'a plus jamais été la même après le K.-O. infligé par Adonis Stevenson en février 2012.

Photo Olivier PontBriand, archives La Presse

En février 2012, il a débarqué à Montréal, a déterré le secret d'Adonis Stevenson et s'est effondré dans un K.-O. brutal sous les projecteurs du Centre Bell. Puis, Jesus Gonzales a disparu dans la brume. La Presse a retrouvé le boxeur. Voici son histoire.

«Son destin est de devenir un grand champion», a dit de lui le légendaire entraîneur Emanuel Steward. «Il est le prochain Oscar De La Hoya», promettait son gérant.

En 2003, l'avenir souriait à Jesus Gonzales. Après 160 combats chez les amateurs et seulement 9 défaites, le boxeur faisait ses débuts professionnels. Il venait de recevoir une prime de 250 000 $ de son nouveau promoteur. Il avait à peine 18 ans. Une grande carrière l'attendait.

Neuf ans plus tard, le 18 février 2012, Jesus Gonzales s'est retrouvé en convulsions dans un ring du Centre Bell. Devant lui, Adonis Stevenson sautait de joie. Il venait de lui passer le K.-O. Les images de l'homme agité comme une tranche de bacon sur la poêle ont fait le tour du monde.

Gonzales ne s'est plus jamais battu. Les rumeurs les plus folles ont couru à son sujet. Certains ont dit qu'il souffrait de dommages irréversibles au cerveau, - ce qu'il nie. Tous prédisaient la fin de sa carrière.

«J'ai regardé le combat plusieurs fois sur YouTube. C'est horrible», dit en soupirant Jesus Gonzales au bout du fil.




Ce combat contre Stevenson a changé sa vie. La défaite a fini de clouer le cercueil de ses rêves. Il n'aura finalement jamais eu la carrière à laquelle on le destinait. Mais Gonzales ne se défile pas. Pendant une quarantaine de minutes, il accepte de raconter son histoire.

La tangente parfaite de sa carrière a dévié bien avant Montréal et ce soir de février 2012. Au début, tout s'est passé comme prévu. Les articles de l'époque racontent comment ce jeune issu d'un quartier pauvre de Phoenix, en Arizona, a été inscrit à la boxe par son père à l'âge de 7 ans. Puis, le promoteur Top Rank l'a convaincu d'oublier ses rêves olympiques pour faire le saut chez les pros. On voyait en lui une future star, capable de séduire le lucratif marché de la boxe latino.

Mais les choses ont basculé à son 18e combat. Gonzales n'était pas censé perdre. Jose Luis Zertuche n'avait rien d'un Ali. Pourtant, son adversaire lui a passé le K.-O. au 8e round. Les relations se sont envenimées avec Top Rank, qui a finalement laissé partir Gonzales.

Sa carrière n'a jamais plus été la même.

Il a remporté ses sept combats suivants contre de petits adversaires. Puis, il s'est séparé de son second promoteur et a passé plus de deux ans sans boxer.

Un pressentiment à Montréal

Un autre petit promoteur, FanBase, l'a recruté. Gonzales a gagné trois combats. Puis, une offre est venue de Montréal. Le pari était risqué, mais le gagner était la seule manière de relancer sa carrière. Le boxeur y croyait. «Au début, j'étais très confiant. J'avais déjà battu Darnell Boone qui, lui, avait battu Stevenson. Je me disais que j'allais lui passer le K.-O.»

Mais les choses ne se sont pas passées ainsi.

Puisqu'il n'avait pas d'entraîneur, le boxeur a contacté le légendaire Emanuel Steward, du Kronk Gym. Steward l'avait entraîné chez les amateurs. «C'était un ami. Alors je lui ai demandé de m'entraîner pour le combat de Stevenson. Il m'a répondu qu'il était trop occupé et n'avait pas le temps.»

Gonzales s'est donc préparé seul, sans entraîneur ni partenaire, explique-t-il. Son moral a pris un premier coup en arrivant à Montréal avant le combat. À côté de Stevenson se tenait Emanuel Steward. «C'est là que j'ai compris qu'il entraînait Stevenson, dit-il. À partir de là, j'ai eu un mauvais pressentiment, qui m'a suivi partout.»

Comble d'infortune, Gonzales n'avait avec lui qu'un seul manteau pour résister au froid québécois: un jacket aux couleurs du Kronk Gym, le tout nouveau gymnase d'Adonis Stevenson.

Quelques semaines avant le combat, FanBase avait par ailleurs déterré de vieilles histoires concernant Stevenson. Selon Gonzales, son promoteur a «planté» un article sur un blogue de boxe qui racontait le passé criminel du boxeur montréalais.

Puis, FanBase a fait coudre sur ses culottes un écusson à l'effigie d'un refuge pour femmes battues. «J'ai tout de suite compris la stratégie de mon promoteur. C'était de déstabiliser Stevenson avec ces histoires. Je n'étais pas d'accord, mais je n'y pouvais rien.»

En conférence de presse, un journaliste a demandé à Gonzales la signification de l'écusson. Il a répondu qu'il savait que son adversaire avait fait de la prison pour proxénétisme. C'est un «tas de merde», a-t-il lâché.

La dénonciation de Gonzales a fait la manchette. Stevenson était hors de lui. Sur sa page Facebook, le Montréalais a écrit en guise d'avertissement: «Je vais le knocker

Paradoxalement, le coup de point qui a mis... (Photo Olivier PontBriand, archives La Presse) - image 4.0

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Paradoxalement, le coup de point qui a mis fin à la carrière de Jesus Gonzales a propulsé celle d'Adonis Stevenson vers les plus hauts sommets de la boxe.

Photo Olivier PontBriand, archives La Presse

«La honte!»

Le soir du 18 février, il a fallu 99 secondes à Adonis Stevenson pour réaliser sa prédiction. Sa gauche a terrassé Gonzales, qui s'est retrouvé au tapis, en convulsions, devant des milliers de spectateurs médusés.

«Je me souviens de tout. Je pouvais voir l'arbitre au-dessus de moi qui agitait ses bras. Je sentais mes bras trembler. Je me disais: "C'est pas vrai, je suis en train d'avoir des convulsions devant tous ces gens. La honte!"»

Après le combat, sa femme était horrifiée. «Elle m'a demandé d'arrêter la boxe», raconte-t-il. Même son père, qui l'a introduit au sport, lui a recommandé d'arrêter. «Il m'a dit que le temps était venu de trouver un vrai job.»

Son promoteur et lui se sont séparés. Il soutient qu'une commission athlétique du Connecticut aurait même refusé de lui donner un permis de boxeur à cause de supposés dommages cérébraux.*

Aujourd'hui, il se fait offrir des combats pour 1000 $. «Je n'irai pas risquer ma santé pour des peanuts», dit-il. Pour davantage d'argent, il accepterait. Il refuse de parler de retraite.

En attendant, Jesus Gonzales occupe de petits boulots. Il a été agent de sécurité et manutentionnaire. «Jusqu'à tout récemment, je travaillais dans une entreprise qui fabrique du verre, mais j'ai été congédié.»

Depuis plus de deux ans, il a assisté à la montée irrésistible d'Adonis Stevenson, aujourd'hui champion du monde et millionnaire. Il assure qu'il n'est pas amer. «C'est un très bon boxeur et je n'ai aucun ressentiment contre lui.»

Gonzales s'exprime avec difficulté. Il jure néanmoins qu'il n'a pas de dommages au cerveau, malgré ce que certains avancent. Il parle de «salissage».

Chose certaine, il n'a pas eu la carrière qu'il attendait. Il se rabat aujourd'hui sur sa famille. Il a deux garçons. Les soutiendrait-il s'ils décidaient de faire de la boxe?

Gonzales n'hésite pas une seconde: «Non!»

«Je leur dirais de faire autre chose. J'ai tout donné à ce sport. Je n'ai rien reçu en échange. Je regrette de ne pas avoir choisi un autre sport, le basketball ou le baseball. J'aurais été bon. J'étais un bon athlète.»

À un moment de l'entretien, Gonzales est apostrophé par une passante. «Elle m'a reconnu», lâche-t-il. Il s'excuse, le temps de prendre une photo.

À Phoenix, il a déjà été une petite gloire. Mais c'était il y a bien longtemps. Des souvenirs, c'est tout ce qu'il reste de la carrière de Jesus Gonzales, le «prochain Oscar De La Hoya» qu'il n'aura finalement jamais été.

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*Les commissions athlétiques du Connecticut et de la réserve amérindienne mohegan ont nié avoir banni Jesus Gonzales. Son ancien promoteur n'a pas répondu à notre demande d'entrevue.




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