Maisons abandonnées: les chasseurs d'histoire

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Patricia Maheux et Jérémie Léveillé nous ont fait visiter le manoir Ogilvie à Sainte-Agathe. « Construit en 1923, le manoir servait de maison de campagne pour la famille Ogilvie qui avait fait fortune dans le secteur des céréales », indique le couple, sur son site web.

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Au milieu des villes ou de nulle part, des maisons abandonnées s'abîment peu à peu sans préoccuper personne. Or, tous ne les ignorent pas. Des chasseurs de maisons se passionnent en effet pour ces chaumières, anciens manoirs et autres structures dont les murs instables recèlent d'histoires souvent fascinantes. Portraits.

L'imposant foyer d'une des pièces du rez-de-chaussé. « Pour... (PHOTO ULYSSE LEMERISE, COLLABORATION SPÉCIALE) - image 1.0

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L'imposant foyer d'une des pièces du rez-de-chaussé. « Pour notre plus grand bonheur, la maison est pratiquement intacte. La galerie et son toit commencent à être un peu fatigués, à l'intérieur aucun graffiti ! », écrivent Patricia Maheux et Jéremie Léveillée.

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Le manoir est dans un relatif bon état,... (PHOTO ULYSSE LEMERISE, COLLABORATION SPÉCIALE) - image 1.1

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Le manoir est dans un relatif bon état, si on le compare à d'autres maisons abandonnées. « Il y a quelques fenêtres de brisées, le plancher est encore très beau et solide, il ne craque pas et n’a pas commencé à gonfler ou à creuser. La plupart des luminaires au plafond y sont encore », indique le site maison-abandonnee.com

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Foyers de secrets intimes

Assoupies au bord des routes de campagne ou tapies dans les recoins des villes, les maisons abandonnées recèlent parfois des secrets intimes, voire troublants, sur leurs anciens occupants. Qui vivait là ? Pourquoi ces gens, en quittant leur domicile, ont-ils tout laissé derrière eux - photos de famille, lettres, vaisselle, vêtements et même provisions -, comme s'ils allaient faire une course au dépanneur ?

Des passionnés d'histoire, de photographie ou simplement d'aventure se sont donné la mission d'interroger ces maisons avant qu'elles ne disparaissent pour de bon, souvent dans l'indifférence générale.

« Dans chaque maison que nous explorons, il y a quelque chose de mystérieux, une âme, une histoire de vie », dit Patricia Maheux, âgée de 25 ans. Elle et son amoureux, Jérémie Léveillé, 28 ans, parcourent chaque été depuis quatre ans les routes du Québec à la recherche de ces fragiles et muets témoins du passé.

Si Jérémie s'intéresse plus particulièrement au bâti (normal, pour un gars de la construction), Patricia, brillante autodidacte férue de généalogie et d'histoire, est fascinée par le côté humain de la chose. À deux, ils ont exploré et photographié une quarantaine de maisons, mais sans jamais en forcer l'entrée. « Nous essayons toujours de demander l'autorisation aux propriétaires. Ce n'est pas bien difficile : la plupart du temps, c'est le voisin, qui a acheté la terre et qui laisse la maison tomber en ruine. Comme ça, pas besoin de demander un permis de démolition ou un changement de zonage... »

Le coeur brisé

Dans tous les cas, une habitation abandonnée lui brise le coeur : « Non seulement c'est une perte pour le patrimoine, mais je me demande toujours ce que diraient les anciens occupants s'ils voyaient ce qu'est devenu leur chez-eux. C'est comme si eux-mêmes ne valaient plus rien pour personne. »

Elle a visité une maison où les lits étaient faits, les penderies, pleines de vêtements. « Quand on voit des choses comme ça, c'est troublant. On ne touche à rien. C'est le corps et l'âme de quelqu'un, ça relève de l'intime, du privé. »

Tout le monde n'a pas le même respect : trop souvent, les vandales s'en donnent à coeur joie. Ils éventrent les murs ou les couvrent de graffitis, cassent les carreaux, mettent le feu... C'est d'ailleurs pour empêcher ce genre d'actes que, dans le milieu des « explorateurs » urbains ou ruraux, on ne révèle jamais, au grand jamais, l'emplacement exact d'une maison qu'on a découverte. 

Car il existe bel et bien, notamment grâce aux médias sociaux, un vaste réseau de « chasseurs de maisons ». « Il n'y a pas de ville au monde où ça n'existe pas », dit Sédrick Proulx, qui, initié par sa compagne de vie, a commencé il y a six ans à s'intéresser aux bâtiments délaissés. C'est même ce qui l'a mené à la photographie, qu'il pratique maintenant à titre professionnel.

« Tôt ou tard, ces bâtisses vont finir par disparaître. Je veux qu'il en reste quelque chose. »

Sa découverte la plus marquante a été une maison mobile, quelque part en Beauce, où tout, absolument tout avait été laissé en état. « La porte était ouverte, alors je suis entré. J'ai eu un choc. Il y avait des photos et des jouets d'enfants, une image d'échographie qui traînait, du linge dans la laveuse, de la nourriture dans le frigo... À l'époque, je sortais d'une séparation difficile d'avec mon ex, et cette vision m'avait vraiment secoué. Je me demandais ce qui avait bien pu se passer dans cette famille. J'en ai été ébranlé pendant plusieurs mois. »

Car ce qui touche à l'intime touche aux émotions, quelles qu'elles soient. Patricia, elle, a eu un véritable coup de coeur pour une très ancienne maison au bord d'une rivière, en Montérégie. « Nous sommes allés la voir cinq fois ! J'ai l'impression de la connaître. Il y a quelque chose de cosmique, là-dedans... Tout y est à refaire, mais je l'aime ! Malheureusement, le propriétaire ne veut pas s'en départir. »

Pourtant, Jérémie et elle seraient prêts à donner à cette vénérable demeure l'amour qui lui a manqué, à lui rendre sa dignité.

Et de l'amour, il en faudrait : des animaux y ont élu domicile et laissé leurs déjections, le sous-sol a connu plusieurs inondations, il faut refaire l'électricité, la plomberie, le toit... tout, enfin ! « Ça ne fait rien s'il nous faut 20 ans pour la retaper. Je vois ça comme un projet de vie. Un rêve à réaliser. On ferait ça petit à petit... »

Un semblant d'éternité

En attendant de trouver la perle qu'ils pourront polir à loisir, Jérémie et Patricia continuent d'écumer les rangs et les petites routes pour donner, grâce à la photo, un semblant d'éternité à leurs vieilles amies. 

Chaque fois, Patricia fait de minutieuses recherches pour établir l'histoire de la maison et la généalogie de ses propriétaires - un véritable travail d'enquête qui l'amène souvent à révéler à des gens de grands pans de leur propre histoire familiale. 

Bientôt, le couple ira saluer une maison abandonnée dans les Laurentides, la première que Patricia ait vue. « Ma grand-mère avait un chalet par là, et nous passions souvent devant cette maison. Un jour, je devais avoir 8 ans, mon père s'est arrêté pour y jeter un coup d'oeil, mais un voisin lui a crié de s'en aller. Nous sommes partis, mais je sais qu'elle est toujours là, toujours abandonnée. Je veux aller la voir. »

On voit que la pomme n'est pas tombée bien loin du pommier...

Consultez le site de Patricia Maheux et Jérémie Léveillé 

Consultez leur page Facebook

La communauté urbex

La pratique qui consiste à explorer des lieux abandonnés en milieu urbain s'appelle «urbex» (un mot-valise issu de l'expression anglaise urban exploration). La même chose pratiquée en milieu rural a pour nom «rurex». Plusieurs communautés virtuelles de par le monde ont créé des pages Facebook, des comptes Flickr ou Instagram, des blogues, où les membres affichent leurs photos. Le créateur web Jarold Dumouchel, aussi photographe amateur et «urbexeur» depuis 2004, propose sur sa page Urbex Playground un superbe éventail de photos (les siennes, mais aussi celles de collaborateurs du monde entier).

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