Écoconstruction: sauver la planète une maison à la fois

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Déborah et Damien Chaveron rêvaient depuis longtemps d'une maison écologique. Ils l'ont construite dans Ahuntsic. Leur aventure pourrait les mener à devenir les tout premiers dans la province à obtenir l'exigeante certification allemande Passivhaus.

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Aux quatre coins du Québec, la course pour bâtir la première maison suffisamment étanche afin d'obtenir la rigoureuse certification Passivhaus est engagée. Or c'est dans un esprit d'entraide, bien plus que de compétition, que les pionniers surmontent les obstacles qui se dressent sur leur chemin. Portrait de quelques défricheurs imperturbables, dont une famille dans Ahuntsic qui est allée au bout de son rêve.

Assez fous pour aller jusqu'au bout!

Déborah et Damien Chaveron rêvaient d'une maison écologique bien avant de quitter Toulouse pour s'établir à Montréal. N'en trouvant aucune qui répondait à leurs critères, ils ont décidé de la construire, dans Ahuntsic. Leur aventure pourrait les mener à devenir les tout premiers de la province à obtenir l'exigeante certification allemande Passivhaus.

«On est assez fous pour aller jusqu'au bout, indique en riant Déborah. On veut montrer l'exemple et prouver que c'est possible d'atteindre cet objectif au Québec. On ne fait pas cela juste pour nous, ce serait ridicule. On veut donner l'occasion aux gens de s'inspirer, pour aller aussi loin qu'ils le désirent.»

Le couple ne savait pas vraiment ce qui l'attendait lorsqu'il a décidé de faire équipe avec l'architecte Lucie Langlois, d'Alias Architecture, et l'entrepreneur Richard Price, de Construction Le Tournesol, pour construire une maison à très haute efficacité énergétique, ultra-isolée et hyper étanche, qui répondrait aux exigences de l'Institut de la maison passive, établi à Darmstadt, en Allemagne.

Les parents de deux fillettes, Morgane, 9 ans, et Anaelle, 7 ans, qui attendent leur troisième enfant, ont acheté une maison pourrie à l'intérieur, dont la spacieuse cour arrière était orientée vers le sud. La fondation et les murs au rez-de-chaussée ont été conservés, dictant la suite des choses.

«Cela n'a pas été simple, parce que c'est nouveau et qu'il ne s'agit pas d'un projet standard, souligne Déborah Chaveron. Il a fallu importer d'Europe certains produits, comme les fenêtres et le ventilateur récupérateur de chaleur. On a fait énormément d'efforts pour réduire les coûts où on le pouvait, sans faire de compromis sur la qualité et le côté écologique des produits, mais nous n'avons pas pu respecter notre budget. C'est une grande frustration, car ce n'est pas dans nos valeurs. En revanche, nous sommes pleinement satisfaits.»

«Nous avons exactement ce que nous recherchions. On sent un réel confort. L'air étant réparti de façon globale, il n'y a pas de courant d'air. C'est vraiment agréable.»

Ce qui les satisfait le plus? «Nous sommes allés au bout de notre démarche, sans jamais tomber dans le pessimisme de certaines personnes, précise-t-elle. Nous avons en même temps cherché à atteindre le plus haut niveau de la certification LEED, soit platine, et plein de choses se sont faites naturellement.»

Le nom qu'ils ont donné à leur maison est révélateur: Ozalée. D'abord choisi pour sa signification en amérindien (soleil levant), il sonne aussi très bien (ose aller). Comme dans «ose aller au bout de tes rêves», souligne Déborah.

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Déborah et Damien Chaveron, avec leurs filles Morgane et Anaelle, se sentent bien dans leur cuisine réalisée par Bois Urbain, une entreprise de réinsertion professionnelle sensible au développement durable. La Maison Ozalée vise aussi une certification LEED Platine.

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Possible au Québec?

Avec plus de 60 000 bâtiments de toutes sortes à son actif, le standard allemand Passivhaus est bien implanté en Europe. C'est une autre réalité au Canada, où le climat est plus rigoureux. Jusqu'à présent, seulement quelques bâtiments, surtout situés en Colombie-Britannique, ont obtenu la certification. Au Québec, les quelques essais ont été infructueux jusqu'à présent.

Le défi? Construire des maisons qui consomment de 80 à 90 % moins d'énergie que des maisons traditionnelles. À la très haute performance énergétique calculée au moyen d'un logiciel s'ajoutent des critères secondaires de durabilité d'une cinquantaine d'années et de confort (aucune variation de température même près des fenêtres en hiver, ne peut excéder 4 °C .

Cela sous-entend donc une isolation ultraperformante du bâtiment, une étanchéité maximale et des fenêtres à triple vitrage. Cela entraîne aussi l'installation d'un système de ventilation avec récupération de chaleur très performant. L'orientation de l'immeuble devient primordiale pour tirer parti des rayons du soleil et du vent.

L'un des objectifs qui doivent être atteints: des besoins en énergie de chauffage d'un maximum de 15 kWh/m2 par an, une cible extrêmement ambitieuse.

La demande de chauffage d'une maison conforme au Code de construction du Québec de 2002 est d'environ 157 kWh/m2 par an, tandis que celle d'une maison conforme au Code 2012 (Novoclimat) est d'environ 118 kWh/m2 par an.*

«Dans la construction de ces maisons, il n'y a aucune place pour les compromis», indique l'architecte Lucie Langlois, qui a accompagné les Chaveron tout au long de leur projet et préside l'organisme Maison passive Québec, qu'elle a cofondé en 2014.

Certains des murs conservés au rez-de-chaussée sont apparents,... (PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE) - image 3.0

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Certains des murs conservés au rez-de-chaussée sont apparents, ce qui donne beaucoup de cachet à l'intérieur. Dans le salon, les luminaires ont été confectionnés par Damien Chaveron qui, en plus d'être anesthésiste, est très habile de ses mains.

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«Les critères sont toujours appuyés sur des données scientifiques, précise-t-elle. Cela nous fait prendre conscience qu'on peut aller beaucoup plus loin en matière d'efficacité énergétique et de qualité de construction. On manque d'ambition, ici, comparativement à ce qui se fait en Europe où plusieurs villes, dont Bruxelles, ont rendu obligatoire la construction de bâtiments selon le standard Passivhaus. C'est gênant, quand on considère qu'on est un pays nordique. On n'applique pas les connaissances qu'on a.»

En cherchant à atteindre les ambitieux objectifs du standard Passivhaus, elle a tissé des liens avec les membres d'autres équipes, qui travaillent sur leur propre projet et sont animés du même désir de faire des efforts pour l'environnement. S'est développée une véritable solidarité, dénuée de compétitivité.

«On ne peut pas innover chacun dans son coin, estime Mme Langlois. On aimerait que plusieurs maisons soient certifiées Passivhaus, pour démontrer que c'est possible au Québec. En créant une demande, des produits performants seront fabriqués ici et coûteront de moins en moins cher. Déjà, ça commence à bouger.»

C'est à suivre!

* Diane Bastien, mémoire sur le potentiel des énergies solaires au Québec.

À l'agenda

Le week-end prochain, Maison passive Québec participera aux Journées Passivhaus, qui se tiennent à l'échelle internationale. Pour l'occasion, sept maisons pourront être visitées aux quatre coins de la province.

maisonpassivequebec.com

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