Les merveilles du Vieux-Québec: la suite

La sévère façade néogothique est maintenant égayée par... (Photo Pascal Ratthé, collaboration spéciale)

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La sévère façade néogothique est maintenant égayée par l'oriel de l'étage, portant les vitraux de l'ancienne chappelle des franciscaines de la Grande-Allée. Entre les deux pignons, de minuscules lucarnes éclairent, au grenier, une petite salle de bains et le coin d'une chambre.

Photo Pascal Ratthé, collaboration spéciale

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(QUÉBEC) Des quartiers lovés autour de propriétés religieuses morcelées. Des rues étroites et pentues. Crépis et portes cochères, bâtiments d'arrière-cour, façades londoniennes, mille déclinaisons de hautes portes à imposte, tout cela, ici, affirme: «Je me souviens.» Posséder une maison dans le Vieux-Québec entraîne des contraintes particulières et des coûts accrus. Seconde partie.

«Mais c'est un privilège aussi, expose Julie Lemieux, vice-présidente du comité exécutif de la Ville de Québec et responsable du patrimoine. Et les maisons ont une bonne valeur de revente.» Le Vieux-Québec figure sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Fait remarquable, 93% des propriétaires du Vieux-Québec sont des Québécois. En général, les propriétés situées dans un quartier de patrimoine mondial passent aux mains de riches étrangers. Différents programmes d'aide à la restauration peuvent soulager le propriétaire du Vieux-Québec de 40% de la facture. Une part assumée par la Ville et par le ministère de la Culture et des Communications.

Dans le bureau de madame, trois immenses fenêtres... (Photo Pascal Ratthé, collaboration spéciale) - image 2.0

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Dans le bureau de madame, trois immenses fenêtres à crémone. Les volets se replient souplement sur eux-mêmes, en trois sections, pour se fondre dans l'épaisseur de l'embrasure.

Photo Pascal Ratthé, collaboration spéciale

Différents marbres, pour la salle d'eau du rez-de-chaussée.... (Photo Pascal Ratthé, collaboration spéciale) - image 2.1

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Différents marbres, pour la salle d'eau du rez-de-chaussée.

Photo Pascal Ratthé, collaboration spéciale

Îlot Saint-Denis: De la ruine au conte de fées

Unifamiliale

Construction: en 1898

Achat: en 2006

Style: néo-gothique

Emplacement: îlot Saint-Denis

Prix Thérèse-Romer 2009 de l'APMAQ (Amis et propriétaires de maisons anciennes du Québec).

Un couple désireux de s'établir dans le Vieux-Québec a restauré avec éclat une maison laissée à l'abandon.

Depuis quatre ans, ce couple pétillant cherchait à s'établir dans le Vieux-Québec, où monsieur a des racines familiales. Tous deux avaient hâte d'aller travailler à vélo, en été, et de faire les emplettes à pied.

Un jour, la courtière immobilière leur a fait visiter au pas de course une maison. «Pas pour vous, bien trop ruinée!» La résidence avait été divisée en deux et chaque locataire avait cloisonné sa section pour sous-louer à d'autres. Résultat: environ 14 occupants et un soupçon de culture hydroponique...

Disons qu'il fallait voir plus loin que les apparences.

La cour intérieure (un des critères du couple), la possibilité d'aménager deux places de stationnement (un autre critère de poids) et la proximité des parcs a balayé des considérations plus triviales. La promesse d'achat a été signée le 24 décembre 2006, à 17h30! Un cadeau de Noël bien particulier, pour des mois de réno-plaisirs majeurs...

Plans d'origine

Munis d'une copie des plans d'origine de l'architecte Harry Staveley (conservés aux Archives nationales du Québec), les nouveaux propriétaires confient à un autre architecte, Jean R. Côté (Ardam architecture), le mandat de restaurer la résidence de la cave au grenier.

Achevée par Louis Roy (Construction Saint-Antoine) et quelque 125 ouvriers, la maison est devenue un lieu d'harmonie raffinée et de confort parfait<saxo:ch value="226 128 137"/>: matériaux nobles, oeuvres d'artistes québécois, souvenirs de voyage, meubles recherchés et efficacité énergétique!

La façade égayée

L'austère façade du début est maintenant égayée des magnifiques vitraux de l'ancienne chapelle des franciscaines de la Grande-Allée, que monsieur, prompt à apprécier les oeuvres d'art, avait repérés chez un antiquaire. La bataille n'a pas été facile, avec le Comité consultatif d'urbanisme, pour faire accepter l'oriel portant ces vitraux, là où autrefois se trouvait un simple petit balcon décoratif. «J'ai argué que les vitraux des soeurs risquaient d'aboutir aux États-Unis!, raconte le tenace propriétaire. Qui sait si ce n'est pas cet argument qui l'a emporté?»

Les châssis des fenêtres ont été démontés, restaurés, posés et scellés. «Ils sont en bois de flottage, commente le propriétaire, un matériau dur et résistant. C'est pour ça qu'ils sont encore là.»

Maîtres plâtriers

Trois maîtres plâtriers, formés aux écoles traditionnelles européennes, ont travaillé à temps plein pendant trois mois pour restaurer les ornements des plafonds et des murs.

La cuisine a fait l'objet d'un agrandissement important qui la relie au nouveau garage. On y marche sur un plancher de marbre tigré, à chauffage radiant.

Les salles de bains sont elles aussi vêtues de marbre, dont l'exceptionnel oakwood green du Brésil dans celle de la chambre principale.

Dans les calorifères de fonte, décapés au jet de sable et repeints au fusil, circule l'eau chauffée par une bouilloire électrique, située au sous-sol. Sous-sol lui-même excavé de 18 po supplémentaires et pourvu d'une nouvelle dalle de béton à chauffage radiant couverte de céramique.

Les quatre foyers, à l'origine au charbon, ont été convertis, celui du vivoir au gaz propane et les trois autres, à l'éthanol. La toiture a été isolée au polyuréthane, ainsi que certains murs.

Les câblages divers (électricité, domotique, informatique, audiovisuel) sont dissimulés dans les planchers, qui ont été refaits.

Voitures rangées

La petite remise croulante qui flanquait la maison a été remplacée par un agrandissement pouvant abriter deux véhicules. «Quel soulagement de ne pas déplacer les voitures dans la rue, en hiver!» Le garage est surmonté d'une terrasse sur laquelle madame cultive un petit potager en bacs.

À quelques pas derrière le Château Frontenac, le quartier est tranquille, jamais envahi par la foule. «Nous nous déplaçons beaucoup à pied, et les rencontres avec les voisins en sont facilitées, explique le couple. Nous connaissons mieux et fréquentons plus nos voisins que lorsque nous vivions en banlieue.»

La restauration a représenté un sérieux investissement que tous deux sont contents d'avoir fait. «C'est comme un legs fait à la Ville de Québec, estime la dame de la maison. C'était dommage de laisser ce beau patrimoine à l'abandon.»

Francis Fortin dans sa cour. Lorsque sa fille... (Photo Pascal Ratthé, collaboration spéciale) - image 3.0

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Francis Fortin dans sa cour. Lorsque sa fille Marie-Luce est arrivée, le couple a fait de l'aménagement de la cour une priorité. L'été, un tilleul à petites feuilles, un bassin d'eau, un coin pour les fines herbes et un petit gril en pierre animent cette large oasis de 550 pieds carrés.

Photo Pascal Ratthé, collaboration spéciale

Un escalier de meunier récupéré, amélioré d'une main... (Photo Pascal Ratthé, collaboration spéciale) - image 3.1

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Un escalier de meunier récupéré, amélioré d'une main courante.

Photo Pascal Ratthé, collaboration spéciale

Rue Sainte-Famille: Le terrain de jeu de deux architectes

Unifamiliale dite maison Simon-Touchet ou McKenna

Construction: à partir de 1747

Achat: en 1997

Style: régime français

Emplacement: rue Sainte-Famille

Un jeune couple a accédé au Vieux-Québec par une maison à revenus.

À leur sortie de l'école d'architecture, il y a 17 ans, Anne Côté et Francis Fortin ne visaient pas le Vieux-Québec pour leur première maison. «Il nous paraissait plus réaliste de chercher dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, raconte M. Fortin. Mais en étudiant la fiche de la propriété de la rue Sainte-Famille, nous avons réalisé qu'elle était à notre portée, avec les revenus de location.» L'ancienne résidence unifamiliale avait en effet été transformée et comptait alors quatre logements et un studio.

Les Côté-Fortin ont d'abord occupé l'un des deux logements du haut. Au fil du temps, ils ont transformé une salle de bains en salle de lavage, agrandi, récupéré l'appartement voisin, etc. Ils occupent toute la maison depuis cinq ou six ans.

Un puits dans la cave

La maison a été remise à niveau, avec de nouveaux empattements et des colonnes d'acier. «Au centre, nous l'avons remontée de six pouces», précise M. Fortin. Particularité: il y a dans la cave un puits naturel, dans lequel l'eau s'accumule surtout au printemps. «Lorsque le puits est plein, l'eau s'écoule en se faufilant sous les fondations, comme elle le fait dans beaucoup de maisons du Cap, explique le propriétaire. En hiver, avec le chauffage, le roc s'assèche.»

Couvertures de toit

En réparant la couverture de tôle à baguettes, M. Fortin a mis au jour le revêtement de bardeaux de cèdre d'origine, qui a ensuite été recouvert de tôle à la canadienne. Enfin, un jour, l'un des propriétaires de la lignée a coiffé la maison de tôle à baguettes. Cette dernière remise en condition, les Côté-Fortin l'ont peinte en rouge oxyde de fer, une teinte populaire en Nouvelle-France.

Les planchers: patience!

Les planchers, probablement en pin rouge, sont un bon exemple de détermination compétente. Francis Fortin a remplacé certaines planches et en a restauré d'autres, puis il a tout sablé à la main. Enfin, l'architecte a protégé son bijou de plancher de huit couches de laque à l'époxy.

Écurie-studio

À l'arrière du carré de maison, une ancienne écurie du séminaire, munie d'un poêle sur pattes, avait servi de studio. Francis Fortin y a tenu bureau pendant une dizaine d'années, ce qui lui a permis d'exercer sa profession à la maison.

Début de mur coupe-feu

Le bâtiment ne possède pas les hauts murs coupe-feu devenus obligatoires quelque temps après sa construction. Mais il partage un élément de protection contre l'incendie avec la maison contiguë. Les deux habitations ont en commun une haute structure contenant une cheminée avant (avec les deux tuyaux d'évacuation), une cheminée arrière (idem) et un mur de séparation. D'après l'histoire qu'ont pu reconstituer les propriétaires, la maison de départ, qui n'était pas jumelée à la voisine, aurait brûlé et aurait été reconstruite en pierre en 1747. C'est vraisemblablement à cette époque, besoin d'espace oblige, qu'on l'aurait agrandie et qu'on aurait construit ce mur mitoyen.

Dans ce quartier plutôt dense où tout est à portée de marche, Anne Côté se rend au boulot à pied elle aussi, et Marie-Luce va à l'école à deux maisons de chez elle.

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