Amos Gitaï remonte le fil du temps

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Marie-Pierre Ferey
Agence France-Presse
Avignon

Le cinéaste israélien Amos Gitaï remonte le fil du temps dans la Cour d'honneur du Palais des Papes et dans une exposition à Avignon avec Yitzhak Rabin, Chronique d'un assassinat.

«Je pense que la mémoire est un agent actif, que le cinéma, le théâtre, les expositions témoignent des traces de cette mémoire», a indiqué le cinéaste à l'AFP.

Vingt ans après la mort de l'artisan des accords d'Oslo, «la seule alternative au pouvoir actuel c'est cet homme mort», souligne-t-il. «Alors, il faut parler de ses idées, qui sont la modération, la réconciliation, des gestes vis-à-vis de l'autre et pas seulement des phénomènes qui traversent tout le Moyen-Orient, où chaque groupe, avec son dieu particulier ne regarde que son intérêt particulier».

Chronique d'un assassinat, donné en première mondiale dimanche soir dans la Cour d'honneur, s'appuie sur le témoignage sensible de Leah Rabin, la femme du Premier ministre tué de trois balles tirées à bout portant à la sortie d'un rassemblement pour la paix par un extrémiste juif, le 4 novembre 1995.

Sur scène, elles sont quatre femmes à lui rendre hommage. Une comédienne palestinienne, Hiam Abbass, et sa consoeur israélienne Sarah Adler racontent la journée fatale. Elles sont la voix de Leah Rabin, pour qui sa mort est «à la fois une tragédie personnelle et une catastrophe historique sans précédent pour le pays».

Deux musiciennes, la pianiste Edna Stern et la violoncelliste Sonia Wieder Atherton, ainsi qu'un choeur de la région, apportent un contrepoint musical.

Corde sensible

L'an dernier, Amos Gitaï avait réalisé un film, Le dernier jour d'Yitzhak Rabin, une contre-enquête sur l'assassinat.

«C'était la commission d'enquête qui n'a jamais eu lieu, parce que la commission officielle nommée tout de suite après l'assassinat a mené ses investigations surtout sur les échecs de la sécurité, de la police, des services secrets mais ils n'ont jamais abordé la question de la motivation», explique-t-il.

La pièce, plus intime, est resserrée sur le témoignage de la femme de Rabin. Mais elle aborde aussi le climat politique extrêmement tendu de l'époque, les attaques haineuses dont Rabin était l'objet.

La veille de l'assassinat, une cinquantaine de manifestants d'extrême droite massés devant son domicile privé avaient menacé Leah Rabin, seule dans la maison, de «la pendre par les pieds avec son mari comme Mussolini et sa maîtresse». L'assassin, Yigal Amir, un étudiant proche des milieux d'extrême droite, était parmi eux.

Parallèlement à la pièce, une exposition est présentée à la Collection Lambert d'Avignon, après Rome et avant Bruxelles. La pièce doit être reprise au Lincoln Center de New York.

«Il faut faire exister cette mémoire», souligne Amos Gitaï. «Je sais que je touche une corde sensible de la société israélienne. Il y a quelques jours, au festival de Jérusalem, le ministre de la Culture a accusé les artistes israéliens d'être le cheval de Troie de l'ennemi».

Le message «civique» d'Amos Gitaï ne se borne pas à son pays: «Chez nous comme chez vous, la circulation de la haine marche très bien pour être élu, c'est un phénomène mondial, qu'on voit à l'oeuvre aux États-Unis avec Donald Trump, en Europe, en Israël, au Moyen Orient», dit-il.

Il ne renonce pourtant pas à l'espoir. À la toute fin de la pièce, l'arabe et l'hébreu résonnent comme un poème dans la Cour d'honneur, un poème qui se clôt sur un seul mot: shalom, salam.

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