Le plaisir perdu du cinéma érotique

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Maria Schneider et Marlon Brando dans Le dernier tango à Paris.

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Que sont les films érotiques devenus? Discussion avec des spécialistes qui sont aussi des fans, le tout accompagné de quelques découvertes dans nos archives.

Histoire d'O, Le dernier tango à Paris, les nombreux films de la série Emmanuelle... Au milieu des années 80, lorsque Bleu nuit est arrivée à TQS, les films érotiques (ou les films contenant de l'érotisme) des années 70 et 80 ont fait leur entrée à la télévision généraliste.

Ils avaient beau être diffusés à la discrète heure de minuit, l'effet a été majeur - surtout pour les mineurs, des ados qui découvraient tout à coup les «films de fesses» que leurs parents avaient parfois vus au cinéma, dans cette vague de la libéralisation des moeurs ou des chaudes années disco. Des films que l'on qualifie généralement aujourd'hui de softcore, par opposition à la pornographie qui montre tout, où l'acte sexuel était simulé et qui étaient habillés au moins d'un scénario.

La chaîne Prise 2 se spécialise dans les souvenirs et la nostalgie télévisuelle. C'est tout naturellement qu'on a pensé à présenter les films de Bleu nuit, nous explique Suzanne Landry, directrice principale des chaînes et programmation du groupe TVA. «On cherche toujours à trouver des émissions et des créneaux qui ont marqué l'imaginaire des Québécois. On fait revivre des souvenirs et les gens vont revoir ces films "sensuels", qui étonnaient à l'époque, avec un certain sourire, avec leur regard des années 2000. D'autres vont les découvrir.»

Simon Laperrière et Éric Falardeau ont codirigé le... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE) - image 2.0

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Simon Laperrière et Éric Falardeau ont codirigé le recueil d’essais Bleu nuit – Histoire d’une cinéphilie nocturne, paru en 2014 aux éditions Somme toute.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Nostalgie plus que concupiscence, voilà le bon mot pour décrire l'intérêt que nous avons envers le cinéma érotique de cette époque. C'est ce sentiment qui a mené Simon Laperrière et Éric Falardeau à diriger le très intéressant recueil d'essais Bleu nuit  - Histoire d'une cinéphilie nocturne, paru en 2014 aux éditions Somme toute.

«Nous n'avions pas seulement de la nostalgie pour ces films-là, mais aussi pour l'expérience qui venait avec. Comme découvrir la sexualité, ou se coucher tard le samedi soir. C'était spécial», mentionne Éric Falardeau, codirecteur du recueil d'essais Bleu nuit.

«On s'est rendu compte que la disparition du cinéma érotique est essentiellement tributaire de l'arrivée de l'internet et de la téléréalité, tandis que les productions télévisuelles aujourd'hui ont repris des codes qui se déclinent dans plein de séries qui mélangent sexe et violence, par exemple Game of Thrones. On est passé de minuit à 19 h le soir! Des émissions comme Bleu nuit ont ouvert le terrain pour ce type de contenu», poursuit-il.

Éric Falardeau apprécie tout particulièrement le côté «bon enfant» de la sexualité dans le cinéma érotique des années 70. «Il y avait un besoin de libéralisation qui devait s'exprimer dans un cinéma, la recherche du plaisir, d'un certain exotisme de la sexualité aussi, ça voyageait beaucoup, il y avait tout un imaginaire de l'évasion, de la joie de vivre dans la découverte, puis ça s'est contracté dans les années 80, pour toutes sortes de raisons. L'arrivée du sida et de nouvelles techniques de cinéma, entre autres. Je crois que nous aurions besoin de nous donner le droit d'y revenir». D'ailleurs, Éric Falardeau, qui est aussi cinéaste, nous apprend qu'il travaille à la création d'une comédie érotique qui sera un hommage à ce cinéma-là, en quelque sorte.

L'érotisme, c'est kitsch

«Le cinéma présenté à Bleu nuit est devenu nostalgique par la force des choses, puisque rien de tel ne l'a remplacé», croit Antonio Dominguez Leiva, professeur de littérature à l'UQAM, spécialiste de la culture populaire et de la pornographie. Nous sommes dans une époque qui voue un culte aux formes du passé, comme le font par exemple les hipsters. Le softcore est devenu un objet kitsch, quelque chose de révolu, de circonscrit à son époque. Ce qui nous charme dans ces films, c'est une vision naïve par rapport aux extrêmes que l'on peut voir dans la pornographie, dans les dialogues, les vêtements, le style de beauté, les fantasmes qui sont représentés.» Quelque chose a été balayé avec l'arrivée du magnétoscope et de l'internet.

«Beaucoup de gens disent que c'est la pornographie qui a lancé la technologie du magnétoscope, et c'est la même chose pour l'internet. Les sites les plus consultés sont des sites pornos, bien plus que Wikipédia...»

Selon Antonio Dominguez Leiva, cela ne signifie pas pour autant que nous nous sommes affranchis de la censure et du puritanisme au cinéma, au contraire. «Dès le moment où le hardcore est apparu, une industrie totalement parallèle s'est établie, et les films softcore ont quelque part disparu. C'est une évolution darwinienne. Le softcore avait essayé de repousser les limites de ce que l'on montre au cinéma, tout en restant dans le circuit du cinéma commercial. Dès le moment où les producteurs se sont rendu compte qu'il y avait un nouveau marché, ils se sont libérés du cinéma traditionnel et ce réseau a triomphé, tandis que le cinéma classique commercial s'est replié. On a changé le système de la censure par le système du rating, qui est une sorte d'hypocrisie. Dès que votre film contient des scènes trop osées, il n'est pas présenté au grand public. La sexualité dans la psychologie des personnages a disparu du cinéma mainstream, et c'est un peu castrateur. Au fond, avec le softcore, on était encore dans un cinéma qui obéissait aux règles du récit. Ça ne donnait pas toujours un rendu optimal, mais il y avait des films là-dedans très intéressants, qui ne pourraient pas sortir en salle aujourd'hui. Comme Le dernier tango à Paris

Antonio Dominguez Leiva estime que nous vivons une époque paradoxale en ce qui concerne la sexualité. «Nous avons le sentiment d'un grand laxisme et d'une hypersexualisation, mais on sent aussi une grande crispation autour de la sexualité, la pression de la performance, des codes de la beauté. Le sexe est assez anxiogène dans notre société. Nous sommes nostalgiques envers cette sexualité assez décomplexée et joyeuse qu'on voyait dans les films à Bleu nuit. Qu'on le veuille ou pas, ça faisait partie de la Révolution tranquille, dans cette volonté de vouloir sortir des paradigmes chrétiens de la culpabilisation qui ont pesé très fort sur la sexualité, mais on dirait que cette libération a eu l'effet d'un grand désenchantement, que le sexe n'a pas été ce grand paradis pour tous.»

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Bleu nuit, présenté à Prise 2, le samedi à 23 h.

Histoire d'O... - image 4.0

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Histoire d'O

Trois films présentés à Bleu Nuit

Emmanuelle 4 de Francis Leroi. Avec Sylvia Krystel. 1984

Le premier film qui sera présenté à Bleu nuit sur Prise 2 n'est nul autre qu'Emmanuelle 4. D'abord un roman érotique signé Emmanuelle Arsan qui a connu un succès monstre dès sa parution en 1959, Emmanuelle est devenue un personnage phare du cinéma érotique en raison des multiples adaptations et variations du roman sur le thème de la découverte du plaisir par une femme curieuse (on aura même des «Black Emanuelle»!). Dans cette version, vous y verrez un certain Fabrice Luchini dont la carrière était encore jeune...

Le dernier tango à Paris de Bernardo Bertolucci. Avec Marlon Brando et Maria Schneider. 1972

On considère aujourd'hui Le dernier tango à Paris comme une grande pièce du 7e art, mais à sa sortie en 1972, ce film a provoqué un énorme scandale et a été interdit, le réalisateur et les acteurs ayant été accusés de débauche par le Vatican. Il raconte la liaison sulfureuse entre un veuf d'âge mûr et une très jeune femme. Ce qui a durablement marqué les esprits est la scène (blasphématoire) simulant une sodomie, avec une motte de beurre comme lubrifiant. Scène paraît-il improvisée que Maria Schneider n'a jamais pardonnée au réalisateur.

Histoire d'O de Just Jaeckin. Avec Corinne Cléry et Udo Kier. 1975

Bien avant 50 nuances de Grey, il y a eu Histoire d'O. Comme pour Emmanuelle, c'est aussi à l'origine un roman signé Pauline Réage (pseudonyme de Dominique Aury) publié en 1954 et qui a fait grand bruit, surtout parce qu'on s'est longtemps perdu en conjectures sur l'identité de son auteure. Aujourd'hui, il est considéré comme un classique du genre, qui explorait les pratiques sadomasochistes. Le film est de même considéré comme un classique du cinéma érotique.

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