Moretti fait sa nuit américaine à Cannes

Nanni Moretti... (PHOTO VALERY HACHE, AFP)

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Nanni Moretti

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Marc-André Lussier
Agence France-Presse
CANNES

Simple coïncidence ou volonté des programmateurs? Les films réalisés par deux anciens lauréats de la Palme d'or ont été présentés le même jour. Mais l'un s'en tire beaucoup mieux que l'autre...

Nanni Moretti a obtenu la Palme d'or en 2001 grâce à La chambre du fils. Deux ans plus tard, le plus beau laurier du plus prestigieux festival de cinéma du monde a été remis à Elephant, un film de Gus Van Sant. Parmi les 19 cinéastes dont les films ont été retenus pour la compétition officielle cette année, seuls ces deux vétérans sont en quête d'un second sacre.

Si Nanni Moretti a su de nouveau séduire les festivaliers grâce à Mia Madre, on ne peut malheureusement en dire autant de Gus Van Sant et de son décevant The Sea of Trees.

À vrai dire, l'affection sincère pour le film de Moretti était tellement palpable à la sortie de la première projection du matin que plusieurs se sont tout de suite mis à rêver d'une autre Palme d'or pour le chef de file du cinéma italien contemporain.

Le cinéaste, sélectionné en compétition officielle pour la septième fois, nous offre ici, en fait, sa Nuit américaine. À la différence du célèbre film de François Truffaut, ici il n'est toutefois pas question uniquement de cinéma. En parallèle du tournage d'un film se greffent aussi les thèmes fondamentaux de l'existence, notamment à travers la perte d'un vieux parent.

UNE INSPIRATION PERSONNELLE

À la fois drôle, tendre, délicat et subtil dans la peinture des émotions, Mia Madre fait écho à une épreuve à travers laquelle le cinéaste est lui-même passé récemment, à la suite du décès de sa mère malade. Le récit est construit autour du tournage, bordélique bien entendu, d'un film politique que tourne à Rome une réalisatrice prénommée Margherita (Margherita Buy, habituée des derniers films de Moretti).

La toute première scène du film, pendant laquelle on voit des grévistes affronter des policiers antiémeutes, est tellement fausse qu'on ne s'étonne pas d'apprendre qu'il s'agit en fait d'une séquence que Margherita est en train de tourner. Dans laquelle rien ne fonctionne.

Coincée entre les caprices de sa star américaine (formidable John Turturro dans un rôle où il doit nous faire croire qu'il peut être mauvais!) et des défis de mise en scène qui lui semblent insurmontables, Margherita doit en parallèle s'occuper de sa vieille mère en fin de vie. Aidée en cela par son frère (que joue Nanni Moretti lui-même).

SANS PATHOS

Le cinéaste italien en profite pour satiriser à plein régime sur le monde du cinéma en glissant dans son récit une grande part d'autodérision. Mais il sait aussi se faire pudique - et très touchant - en évoquant les thèmes de la perte et du deuil. Et ce, sans jamais tomber dans le pathos ou les excès de sentimentalisme. On notera en outre ces scènes où Margherita et son frère découvrent une facette inédite de la personnalité de leur mère, qui a enseigné la littérature et le latin pendant des décennies, révélée par les témoignages d'anciens élèves.

« Je veux bien vous parler du rôle du cinéma pendant cette conférence de presse, mais sachez quand même que je vais faire comme le personnage dans le film et penser à autre chose en même temps! », a déclaré Nanni Moretti.

Sans être autobiographique, Mia Madre est évidemment nourri du questionnement existentiel du cinéaste. Aussi le retrouve-t-on beaucoup dans le personnage de la réalisatrice.

« Dès le départ, je savais que le protagoniste de l'histoire ne serait pas un homme, a-t-il expliqué hier lors d'une conférence de presse au Palais des festivals. Très vite, j'ai voulu que ce rôle soit tenu par Margherita Buy. J'ai mis beaucoup de moi-même dans ce personnage de cinéaste. En revanche, celui que je joue est plutôt celui que j'aimerais être dans la vie! »

Film éminemment personnel, magnifiquement interprété (la grande actrice de théâtre Giulia Lazzarini est remarquable dans le rôle de la mère), Mia Madre aura sans doute sur le marché international un écho différent de celui qu'il obtient en Italie.

« Je ne crois pas que le public italien puisse adopter un point de vue plus neutre par rapport à mes films, car il me connaît très bien, souligne Nanni Moretti. Il sait qui je suis et quelles sont mes convictions politiques, même si je n'accorde pas souvent d'interviews. Autrement dit, mon image publique fait un peu d'interférence. D'autres éléments viennent se superposer. Ce n'est pas le cas ailleurs. »

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