La classe américaine: «ni à vendre ni à acheter»

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Invité d'honneur du festival Cinemania, qui commence demain, Michel Hazanavicius assistera ce soir à la projection de La classe américaine, film culte bien connu des Français, ainsi que d'un cercle - plus confidentiel - de Québécois. Nous avons demandé au lauréat de l'Oscar de la meilleure réalisation pour The Artist de nous expliquer le phénomène entourant ce film constitué de scènes tirées de films classiques de la Warner Bros., détournées de leur sens grâce à des dialogues recomposés.

Vous avez coréalisé La classe américaine avec Dominique Mézerette en 1993, à une époque où vous collaboriez à divers programmes de Canal+. A-t-il déjà été diffusé sur la chaîne?

Oui, absolument. Mais après sa diffusion, les producteurs ont préféré le retirer de la circulation parce que nous n'étions pas certains d'avoir entièrement les droits de tous ces extraits. Nous avions le soutien de Warner France, mais auprès de Warner Monde, il ne fallait surtout pas rien dire et il nous était alors impossible de faire une diffusion publique du film. C'est à ce moment-là que des techniciens et employés de Canal+ ont commencé à en faire des copies pour leur usage personnel. Et des gens qui l'avaient enregistré lors de son passage à Canal+ ont fait de même. Ce qui fait que La classe américaine a eu une espèce de vie souterraine pendant des années, comme un film qu'on se passe sous le manteau.

Pendant longtemps, je ne le considérais même pas comme mon premier film, parce que je n'ai pas tourné moi-même une seule des images. Mais aujourd'hui, je l'inclus volontiers dans ma filmographie.

Comment expliquer sa pérennité et le fait que, près de 25 ans plus tard, ce film ait atteint un tel statut?

L'arrivée du Net, et surtout de la haute vitesse, a fait en sorte que des extraits du film se sont retrouvés sur le web. Un type nous a d'ailleurs contactés pour obtenir la liste de tous les extraits contenus dans le film, et nous n'étions même pas en mesure de le faire. Il les a répertoriés un par un, et il a remastérisé le film entièrement. Cette version, que tout le monde regarde aujourd'hui, est l'oeuvre d'un fan. Nous, on ne l'a pas retouché depuis 1993! 

«C'est un film complètement débile, dont on me parle régulièrement encore aujourd'hui. Il a un côté un peu punk, dans le sens où on a pris les plus grandes vedettes américaines, symboles du pouvoir culturel, et on leur a fait dire n'importe quoi.»

Au-delà du caractère comique de l'entreprise, comment expliquer un tel engouement?

Je crois qu'il est aussi dû à la façon dont ce film s'est fait connaître. Voilà un des rares objets culturels qui n'est ni à vendre ni à acheter, dont l'existence est complètement en dehors du monde de la marchandise. Jamais un relationniste ou un publicitaire n'a été embauché pour en faire la promotion. On l'a fait, il est parti dans la nature. Il a sa vie propre.

Au coeur du récit se trouve un personnage nommé George Abitbol, interprété par John Wayne. D'où vient ce nom?

Il vient des mouvements des lèvres de Burt Lancaster. On a vraiment l'impression qu'il dit ce nom en prononçant bien chaque syllabe. J'avais un copain qui s'appelait ainsi au collège. Je trouvais aussi marrant le décalage: John Wayne qui porte le nom d'un juif séfarade!

Voyez-vous dans ce film un plaidoyer pour les versions doublées en français? Vous êtes même allés chercher les acteurs qui doublent véritablement les vedettes dans les versions françaises pour votre film!

Dans mon enfance, j'ai vu les westerns et les films de James Bond en version française. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il s'agit d'un plaidoyer, cela dit. C'est juste fait pour faire marrer, après tout. J'éprouve cependant un véritable amour pour ces voix françaises, faites par des acteurs issus du théâtre des années 50, avec leur phrasé très particulier. D'ailleurs, les westerns que je montre à mon fils sont en version française, au grand désespoir de Bérénice [Bejo, sa conjointe]. En fait, j'ai découvert à 12 ans que les cow-boys ne parlaient pas français. Ce fut un choc!

____________________________________________________________________________

La classe américaine (Le grand détournement) est présenté ce soir à 20 h 30 au Bar Le Ritz PDB.

Lisez notre interview avec Michel Hazanavicius vendredi dans La Presse+.




publicité

publicité

Les plus populaires : Cinéma

Tous les plus populaires de la section Cinéma
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer