Eighth Grade: les affres de l'âge ingrat ***1/2

On ne compte plus les films sur l'adolescence ayant jalonné l'histoire du cinéma. Ce thème, qu'on pourrait croire usé à la corde, se renouvelle pourtant de génération en génération, au gré de l'époque dans laquelle cette période charnière de l'existence est vécue. Dans le cas d'Eighth Grade, un film sensible et délicat, on y décrit avec justesse le parcours d'une fille de 13 ans, Kayla (Elsie Fisher, formidable), qui tente de se faire modestement une place à l'ère d'Instagram et des influenceurs.

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Eighth Grade

image fournie par Entract Films

Ce premier long métrage convaincant de l'humoriste Bo Burnham, ancien youtubeur aujourd'hui âgé de 27 ans, commence d'ailleurs avec une scène résumant tout le malaise existentiel d'une jeune fille nouvellement adolescente. Kayla enregistre en effet une capsule destinée à sa chaîne YouTube, que personne ne fréquente, dans laquelle elle donne des conseils aux gens de sa génération pour mieux s'assumer et se bâtir une confiance. Avec un sourire timide, elle incite aussi les éventuels spectateurs de ses capsules à ne pas oublier de cliquer « j'aime », comme une sorte de monnaie d'échange précieuse servant à valider son existence sur les réseaux sociaux.

Évidemment, rien de tout ce qu'elle raconte devant sa caméra ne survient dans sa « vraie vie ». Kayla obtient même - honte suprême - le prix de la fille la plus « tranquille » de sa classe. Elle a du mal à se faire des amis, en pince pour un garçon avec qui elle échangera maladroitement, se rend à une soirée où personne ne lui parle, tente d'établir un dialogue avec les filles les plus populaires qui, en retour, lui jettent à peine un regard, les yeux fixés en permanence sur leur téléphone. Kayla est victime de l'arme la plus cruelle qui soit : l'indifférence. Bien que sa mère soit absente du décor, l'adolescente a toutefois la chance de compter sur un père immensément compréhensif (Josh Hamilton), candidat notoire au titre de meilleur papa de l'année.

SINCÈRE ET TENDRE

Moins troublant que Welcome to the Dollhouse, le film que Todd Solondz a réalisé en 1995, mâtiné aussi un peu de l'esprit de Mean Girls, sorti en 2004, Eighth Grade illustre néanmoins avec brio à quel point les réseaux sociaux, et tout ce qui s'y rattache, occupent un espace fondamental dans la vie de ceux qui sont nés au moment même où ces réseaux furent créés. Et qui ont ensuite grandi avec eux.

Dans ce portrait intime, qui ne s'éloigne jamais du point de vue de la protagoniste, Burnham est parvenu à évoquer parfaitement la dichotomie entre la réalité d'un être et la représentation qu'il se fait de lui-même aux yeux des autres.

Surtout, il a su faire écho aux préoccupations et questionnements habituels de la jeune adolescence. Il n'y a pas si longtemps, cette étape se vivait autrement, sans la pression d'une vie sociale en ligne permanente. Ce film sincère et tendre indique cependant que, quoi qu'il advienne et peu importe le contexte, la nature de ce qu'on appelle « l'âge ingrat » est éphémère. C'est toujours ça de pris !

Pour l'instant, Eighth Grade est à l'affiche en version originale anglaise seulement. Souhaitons l'arrivée bientôt d'une version accessible au public francophone.

***1/2

Eighth Grade. Comédie de Bo Burnham. Avec Elsie Fisher, Josh Hamilton, Emily Robinson. 1 h 34.

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