Et au pire, on se mariera: amour, tu me tueras **1/2

La PresseLuc Boulanger 2/5

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Comme nombre de lecteurs, Léa Pool a eu «un coup de foudre» pour le roman Et au pire, on se mariera, histoire d'un amour impossible entre une adolescente et un musicien qui a le double de son âge, sur fond de grande souffrance familiale et de petite misère urbaine. À l'instar du personnage principal, Aïcha, la réalisatrice aimait peut-être trop le premier roman de Sophie Bienvenu pour bien prendre ses distances (la cinéaste est aussi coscénariste avec l'auteure). Sur grand écran, son adaptation du roman est plus jolie que troublante, et un peu artificielle.

«Et au pire, on se mariera», c'est la réplique que lance Aïcha (Sophie Nélisse) à Baz (Jean-Simon Leduc), un jeune homme rencontré dans un parc d'Hochelaga dont elle est follement amoureuse. Or, ce dernier résiste à ses avances tout en entretenant une amitié avec elle, «comme avec une petite soeur».

Le film est un long flash-back. Arrêtée par les policiers sur une scène de crime, Aïcha est interrogée par une femme - une travailleuse sociale? - qu'on ne voit jamais. L'histoire est donc racontée du point de vue d'Aïcha, ce qui multiplie les pistes de lecture, entre l'imaginaire d'une enfant et la réalité du monde adulte.

Ce qui est certain, toutefois, c'est la solitude et le désoeuvrement d'Aïcha. Élevée par une mère seule, elle a été victime d'abus, plus jeune, par le chum de sa mère. Tout le dérèglement de ses sens part de là: Aïcha confond les fantasmes d'un pédophile avec l'amour paternel. Alors, elle détestera sa mère pour avoir mis fin à cet amour.

En surface

Alors que la caméra s'attarde trop sur des détails, le récit prend du temps à décoller. L'émotion jaillit faiblement dans ce film beaucoup trop lisse, trop propre, tant pour faire sentir la détresse d'Aïcha que la dureté de son milieu. (Les deux prostitués travelos du Centre-Sud sont à la limite du burlesque!) 

Et au pire, on se mariera... (image fournie par K-Films Amérique) - image 2.0

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Et au pire, on se mariera

image fournie par K-Films Amérique

D'ailleurs, c'est le principal défaut de ce film : on sent très peu la vulnérabilité d'Aïcha. Sa souffrance semble se résumer à des caprices d'ado en manque d'attention.

Est-ce à cause du jeu assez limité de Sophie Nélisse? Ou de la façon dont on l'a dirigée? La jeune comédienne ne convainc pas. Qui plus est, à 17 ans (presque 18), Sophie Nélisse est trop mature pour le rôle (dans le roman, Aïcha a 13 ans).

Dans la peau de la mère d'Aïcha, une infirmière qui tente désespérément de se rapprocher de sa fille, Karine Vanasse est convaincante et très juste. Avec un personnage naturaliste, l'actrice casse son image de star. Vanasse touche aussi des notes dramatiques, comme dans la scène en voiture où la mère fait avouer à sa fille (Aïcha enfant est jouée par Isabelle Nélisse, la soeur de Sophie) les attouchements sexuels commis sur elle. Dans le rôle de l'amoureux, Jean-Simon Leduc, au charme contenu, joue tout en retenue et en sensibilité. Ce comédien se transforme d'un rôle à l'autre.

Dommage que par manque de moyens ou trop de pudeur, Léa Pool soit restée en surface de ce roman dérangeant et impudique.

* * 1/2

Et au pire, on se mariera. Drame de Léa Pool. Avec Sophie Nélisse, Karine Vanasse, Jean-Simon Leduc. 1h32.

Consultez l'horaire du film




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