Denial: important, mais ennuyeux ***

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Sonia Sarfati
La Presse

Le maître scénariste David Hare sait adapter les romans pour le grand écran. Et il a fait un travail très correct avec History on Trial - My Day in Court with a Holocaust Denier de Deborah E. Lipstadt - qui n'est pas une fiction, mais une biographie.

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Denial

Image fournie par Bleecker Street

C'est en tombant entre les mains non pas d'un Stephen Daldry - avec qui il a travaillé pour The Hours et The Reader) - mais d'un Mick Jackson (dont le haut fait d'armes est The Bodyguard) que le projet a trébuché vers le «plat» et, à la limite, l'ennui.

Dommage qu'un sujet aussi important et porteur se fasse ainsi académique et très traditionnel dans le créneau du drame judiciaire.

Reportons-nous en 1994. Deborah Lipstadt (Rachel Weisz) se prépare à donner une conférence à l'université Emory, en Géorgie, à propos de son livre Denying the Holocaust, dans lequel elle interpelle l'historien David Irving (Timothy Spall), qui s'est fait un nom en affirmant que la Shoah n'avait jamais existé, que les Juifs n'avaient pas péri dans les chambres à gaz d'Auschwitz, etc.

Le révisionniste anglais, présent dans l'assistance, va apostropher la jeune femme dans la scène, forte, qui ouvre le long métrage. Puis, il va riposter légalement: le 5 septembre 1996, il dépose devant la haute cour de justice d'Angleterre une poursuite en diffamation contre l'historienne et la maison d'édition Penguin Books, qui a publié le livre.

Denial suit ce procès, dont l'issue tombera le 11 avril 2000. Le spectateur en découvrira les tenants et aboutissants, dans ce qui, à cause d'une réalisation fade et scolaire, ressemble plus à un téléfilm (de bonne qualité) qu'à une oeuvre destinée au grand écran.

Un sujet important

En fait, au-delà de l'importance indéniable du sujet, l'élément le plus «palpitant» du film est l'incongruité, en tout cas pour le public nord-américain, du système de justice britannique: l'accusé est celui à qui revient le fardeau de la preuve.

Ainsi, Deborah Lipstadt, défendue par Anthony Julius (Andrew Scott), celui-là même qui a représenté la princesse Diana dans son divorce, devra prouver que l'holocauste a existé. Ce, sur les conseils de son avocat, sans même faire témoigner des survivants de la Shoah.

Bref, une situation kafkaïenne.

Il aurait été possible de basculer dans le pathos. Denial évite cet écueil (ce qui est bien), mais, du coup, pèche par excès inverse.

Si, ici, la visite de l'historienne à Auschwitz; là, son échange avec une survivante des camps qui ne comprend pas pourquoi elle n'aura pas à témoigner; ailleurs, l'attitude bravache et méprisante d'Irving, provoquent des émotions, la plus grande partie de ces presque deux heures donne dans l'explication, parfois poussive, et tient le spectateur «à distance».

Heureusement, la présence de Rachel Weisz (même si on l'a déjà vue plus nuancée) et celle de Timothy Spall (toujours formidable) nous rappellent que nous sommes au cinéma... même s'il en manque à Denial.

***

Denial (V.F.: Déni). Drame judiciaire de Mick Jackson. Avec Rachel Weisz, Timothy Spall, David Irving. 1h50

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