La loi du marché: en quête de dignité ***1/2

La PresseMarc-André Lussier 3/5

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Quand il a été lancé l'an dernier au Festival de Cannes, le plus récent film de Stéphane Brizé a souvent été associé au cinéma des frères Dardenne. Il est vrai qu'ici, l'approche est similaire. La loi du marché est un drame social de facture naturaliste, qui fait écho à une réalité bien contemporaine, à savoir la profonde transformation du marché du travail. Et la quête de dignité à laquelle aspirent les victimes collatérales qu'elle laisse sur son passage.

Thierry (Vincent Lindon) est l'une de celles-là. Au chômage depuis quelques mois, mais quand même animé de la meilleure volonté du monde, cet homme de 51 ans fait partie de ceux qui n'hésitent pas à bien suivre les règles du système. Et les conseils qu'on lui propose.

Or, il se trouve qu'au moment où l'on entre dans sa vie, Thierry apprend qu'il a été mal dirigé par le bureau de placement. Les cours de formation qu'il a suivis assidûment, pendant lesquels il s'est pourtant bien appliqué, ne lui seront, en fait, d'aucune utilité.

Même si on sent sa colère - très légitime - gronder à l'intérieur, ce modeste ouvrier fait partie de ces gens humbles qui préfèrent ne pas trop faire de vagues. Le cinéaste aura d'ailleurs tôt fait de nous exposer le contexte familial dans lequel il vit. Un bonheur tranquille en compagnie d'une femme aimante et d'un fils adolescent handicapé, dont le couple s'est toujours occupé avec bienveillance. Voilà ce qu'on appelle des gens «bien».

Remise en question

Sans appui, sans grandes ressources non plus, Thierry doit pourtant commencer à chercher un emploi. L'exercice est souvent périlleux, et de surcroît ponctué de petites et grandes humiliations qui, au bout du compte, peuvent intérieurement remettre bien des choses en question.

L'homme accepte finalement un emploi d'agent de sécurité dans un magasin de grande surface. Son mandat est d'épingler ceux qui font du vol à l'étalage.

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PHOTO FOURNIE PAR NORD-OUEST PRODUCTIONS

Qu'il s'agisse de petits larcins faits par des clients ou même de transactions frauduleuses de la part d'employés qui ne peuvent joindre les deux bouts avec leur salaire de misère, Thierry doit faire un rapport sur des gens à qui, bien souvent, il aurait plutôt tendance à offrir son aide. Comment survivre dans un tel contexte? Doit-on vraiment tout accepter en échange d'un salaire?

Grâce à des films comme Le bleu des villesJe ne suis pas là pour être aiméMademoiselle Chambon et Quelques jours de printemps, Stéphane Brizé s'est discrètement construit une oeuvre toute en finesse. Ce sens inné de la mesure sert magnifiquement son propos dans ce cas-ci. Le cinéaste évoque en effet la cruauté d'un certain milieu de travail, sans militantisme, sans marteler non plus son indignation de façon démagogique. La charge n'en devient que plus forte.

Il est vrai aussi que Vincent Lindon, lauréat du prix d'interprétation masculine à Cannes grâce à ce rôle (également lauréat du César du meilleur acteur), offre une composition à la fois vibrante et subtile. Et suscite l'empathie du spectateur dès la toute première scène du film.

Grâce à lui, grâce aussi à l'approche de Stéphane Brizé, La loi du marché est un film profondément humain.

* * * 1/2

DRAME. La loi du marché. De Stéphane Brizé. Avec Vincent Lindon, Karine de Mirbeck et Matthieu Schaller. 1h33.

Consultez l'horaire du film

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