Tale of Tales: baroque, bizarre, brillant ****

La PresseSonia Sarfati 4/5

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Sonia Sarfati
La Presse

Ça commence par «Il était une fois». Mais oubliez le «Ils furent heureux jusqu'à la fin des temps» en guise de conclusion.

Les trois contes de Giambattista Basile (conteur napolitain qui, avant Charles Perrault et les frères Grimm, a couché sur papier des récits transmis de bouche à oreille depuis la presque nuit des temps) qui se croisent, s'entrecroisent, se mêlent dans Tale of Tales sont cruels et crus, hilarants et horribles, baroques et beaux.

Une orgie visuelle au service d'histoires qui, étant moins passées entre les mains des censeurs et des gardiens de la morale, ont conservé leur saveur orale. Piquante. Sensuelle. Tordue.

Le résultat est d'un sublime baroque à travers lequel le réalisateur Matteo Garrone joue dans des eaux troubles, mais bien différentes de celles de Gomorrah.

On y pénètre dans trois royaumes.

À Darkwood, la reine (Salma Hayek) s'étiole car elle ne peut avoir d'enfant. Son roi (John C. Reilly), sur les conseils d'un sorcier, va tuer un monstre marin afin d'en donner le coeur à une servante vierge qui le fera cuire et le servira à la reine. Les deux femmes seront alors instantanément enceintes. Elles accoucheront chacune d'un enfant albinos.

À Highmountain, le roi (Toby Jones dans une performance hallucinante, aussi ridicule que touchante) possède un animal de compagnie... particulier. Une puce. Géante. Très très géante. Et il l'aime tant qu'il en oublie sa fille (Bebe Cave), qui est en âge de prendre époux. Pour le meilleur et surtout, surtout, pour le pire, dans son cas.

À Stronghold, un roi libertin (Vincent Cassel) va d'une belle à l'autre, peu importe son rang, peu importe sa classe. Seule importe la beauté. Et le voilà qui succombe à la voix d'une porchère (Hayley Carmichael) aperçue au loin. Elle est vieille et moche. Il ne le sait pas. Et il insiste. Insiste. Et insiste pour lui ouvrir son lit. Jusqu'à ce que...

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Tale of Tales

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Décors somptueux

Trois contes, donc. Servis dans des décors somptueux et mis en exergue par une direction artistique magnifique. La scène où, vêtue de noir, la reine de Darkwood consomme le coeur saignant du monstre servi dans une salle à manger immaculée est inoubliable.

S'emboîtant à cette beauté, des effets spéciaux que l'on sent volontairement bancals ajoutent au facteur déboussolant, bizarre de l'ensemble. Tout comme les accents d'acteurs venus d'un peu partout et rappelant que nous sommes à la fois ailleurs et nulle part. Dans un (livre de) conte.

Ils et elles, en plus, se prêtent avec un sérieux sans concession à ce délicieux festival du mauvais goût où la transgression est au menu et la jouissance, de tous les instants. Du moins, si l'on a le palais pour cela. Les mets qui sortent de l'ordinaire ne sont en effet pas pour tous.

Le conte des contes est à l'affiche du Cinéma du Parc en version originale anglaise avec sous-titres français.

* * * *

CONTE. Tale of Tales (V.F.: Le conte des contes). De Matteo Garrone. Avec Salma Hayek, Toby Jones et Vincent Cassel. 2h13.

> Consultez l'horaire du film

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