A Perfect Day: la grande désillusion ***1/2

La PresseJean Siag 3/5

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Présenté à Cannes en 2015 - à la Quinzaine des réalisateurs -, ce premier film en anglais du réalisateur espagnol Fernando León de Aranoa (Amador) est l'une des belles surprises de l'année.

Adapté du premier roman de Paula Farias, Dejarse Llover, A Perfect Day raconte l'histoire de trois travailleurs humanitaires «quelque part dans les Balkans en 1995». Un récit brillant, avec une touche d'humour grinçant, qui montre les difficultés des ONG à intervenir efficacement dans des théâtres de guerre.

Le film s'ouvre sur une scène à la fois banale et dramatique. Un homme est tombé dans l'un des puits d'eau d'une région ravagée par la guerre. Deux employés de l'organisation Aid Across Borders (Mambrù et B, interprétés par del Toro et Robbins) s'affairent donc à sortir le corps du puits, mais la corde se brise.

Pendant toute la durée du film, les deux vétérans, accompagnés par une jeune recrue française motivée (Mélanie Thierry) et un interprète, chercheront à trouver une corde leur permettant de sortir la dépouille avant qu'elle ne contamine l'eau du puits. C'est par ce fil rouge que le réalisateur nous fait traverser ce pays totalement détruit par la guerre.

Les images sont d'ailleurs saisissantes. Le contraste entre les villages rasés et les paysages montagneux à couper le souffle est éloquent.

Les dialogues sont d'ailleurs limités à l'essentiel, Fernando León de Aranoa laissant parler les images puissantes d'un pays laissé à lui-même. Tout cela, en intégrant des dialogues très quotidiens, souvent empreints d'humour, qui donnent justement beaucoup d'humanité aux personnages.

L'auteure Paula Farias, qui a jadis travaillé pour Médecins sans frontières, montre toutes les entraves au travail humanitaire, y compris celles posées par des organisations amies, comme les Nations unies, qui décrètent dans le scénario du film que la situation n'est pas prioritaire, ne relève pas de leur compétence et présente un danger trop élevé, étant donné la présence de mines antipersonnel.

Déterminés à contourner la bureaucratie humanitaire, nos trois amis feront tout pour mener à bien cette mission. Un jeune garçon abandonné se joindra à eux, les aidant même dans leurs recherches, tout comme une jeune analyste politique (et accessoirement ancienne maîtresse de Mambrù, interprétée par Olga Kurylenko), qui constatera de visu les limites de l'action humanitaire.

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PHOTO FOURNIE PAR IFC FILMS

Une paire redoutable

Benicio del Toro et Tim Robbins forment une paire redoutable de travailleurs à la fois engagés et désabusés.

Dans une scène hilarante, Tim Robbins joue au guide touristique en traversant un village qu'il imagine être l'ancienne capitale de la corde à nouer. La jeune Mélanie Thierry complète parfaitement le trio qui, malgré toute la meilleure volonté du monde, peine à faire le bien autour de lui. Seule l'histoire entre Mambrù et son ex-maîtresse nous paraît par moments superflue et encombrante.

La grande force du cinéaste espagnol est d'avoir su aborder ce thème du travail humanitaire de manière frontale, mais sans pathos. Les grands idéalistes seront déçus, mais la vérité est là, toute crue, même si on s'en doutait: le pouvoir d'intervention des ONG est vraiment limité. Ce qui ne veut pas dire que leur présence est inutile, tant s'en faut. Et c'est dans ces nuances que León de Aranoa, avec ce scénario original, nous charme.

* * * 1/2

COMÉDIE NOIRE. A Perfect Day (V.O.S.T.F.: Un jour comme un autre). De Fernando León de Aranoa. Avec Benicio del Toro, Tim Robbins et Mélanie Thierry. 1h46.

> Consultez l'horaire du film

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