Eighth Grade: dans un corps de jeune fille

À l'adolescence, Bo Burnham s'est fait un nom à titre de youtubeur. Recruté par le réseau Comedy Central, le jeune homme a aussi connu beaucoup de succès en faisant du stand-up. Il fut d'ailleurs du festival Just for Laughs de Montréal quelques fois. Aujourd'hui, celui qui aura 28 ans ce mois-ci arrive là où on ne l'attendait pas. Il a en effet écrit et réalisé Eighth Grade, premier long métrage fort bien maîtrisé, déjà salué par la critique, dans lequel il raconte le parcours de Kayla, une fille de 13 ans. Entrevue.

D'où vient ce désir de réalisation de film ?

J'ai fait de la scène pratiquement toute ma vie. Quand j'ai commencé à faire du stand-up, je me suis rendu compte que la collaboration sur scène avec des partenaires me manquait. Le cinéma réunit tout ce que j'aime. À cette époque, j'ai regardé beaucoup de films pour les analyser, comprendre leur fabrication, car je savais que le cinéma arriverait tôt ou tard dans ma vie. Parallèlement, j'ai signé les réalisations de mes propres émissions spéciales. J'adore travailler avec des acteurs, mettre en scène et tourner. Je savais que cela se concrétiserait un jour.

Comment en êtes-vous venu à écrire Eighth Grade ?

Au début, j'ai simplement commencé à coucher sur papier des trucs à propos de mes propres angoisses. Je n'avais alors pas l'intention délibérée d'écrire sur une jeune personne, mais je me suis rendu compte, au fil de l'écriture, que je pouvais aborder plusieurs de mes préoccupations à travers le parcours d'une fille de 13 ans ! Mon ambition principale était de parler de ce que signifie vivre aujourd'hui. Je ne saurais dire si je me sens comme une jeune fille de 13 ans intérieurement, mais j'ai pu traiter plusieurs thèmes qui me tiennent à coeur grâce à elle.

Dans un premier long métrage, un ou une cinéaste a souvent tendance à tout mettre de lui ou d'elle-même. Est-ce votre cas ? Et, si oui, pourquoi à travers une jeune fille ?

Sur le plan émotif, ce film m'est très personnel, même si l'adolescence ne se vit plus aujourd'hui de la même façon. J'ai voulu que ce film soit très ancré dans la réalité actuelle. Il me semblait plus pertinent de parler de ce que c'est d'être un élève de 8e année de nos jours, en 2018, plutôt que d'évoquer la période où j'ai moi-même franchi cette étape. Mon pari était de traverser cette 8e année scolaire en même temps que Kayla, de la même façon qu'elle, sans en savoir plus, ni moins.

Vous avez eu 13 ans en 2003. Quinze ans plus tard, quelle est la principale différence entre l'adolescent d'hier et celui d'aujourd'hui ?

Les émotions sont les mêmes, mais la façon de les exprimer est différente. Aujourd'hui, la vie sociale commence dès le réveil et prend fin le soir au coucher. On se pose des questions à propos de choses qui n'existaient pas avant, comme le nombre de « j'aime » qu'on obtient dans une journée, par exemple. C'est comme vivre son adolescence sur les stéroïdes, de façon permanente. Cela dit, les désirs d'acceptation, de reconnaissance, de validation par le regard des autres sont des notions fondamentales et intemporelles. C'est pour cette raison qu'on parviendra toujours à renouveler le genre du film destiné aux adolescents, je crois. Les thèmes fondamentaux restent les mêmes, mais la manière de les traiter change selon l'époque dans laquelle on vit. L'âge, lui, ne change jamais. Un être humain de 13 ans aura toujours les mêmes préoccupations, même si le monde change.

Elsie Fisher, entendue dans Despicable Me et sa suite, interprète... (photo fournie par la production) - image 2.0

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Elsie Fisher, entendue dans Despicable Me et sa suite, interprète Kayla dans Eighth Grade.

photo fournie par la production

La composition remarquable d'Elsie Fisher, qui interprète Kayla, fait l'unanimité. Comment l'avez-vous trouvée ?

J'ai vu une centaine de jeunes filles en audition. Certaines, comme Elsie, pouvaient déjà compter sur une expérience professionnelle, mais d'autres, non. Ce qui m'a frappé, c'est que la vaste majorité d'entre elles ont joué la timidité. Elsie fut pratiquement la seule à prendre le personnage dans l'autre sens. C'est-à-dire qu'elle est arrivée avec sa timidité, pour tenter de jouer quelqu'un qui aspire à devenir confiant. C'était parfait pour le personnage. Elsie a compris ça avec l'instinct d'une actrice de théâtre. Mon rôle était de la rendre à l'aise, sûre d'elle, et de gérer mon plateau de façon à ce qu'elle puisse être en confiance.

Maintenant que vous avez goûté au métier de cinéaste, comptez-vous remonter sur scène ?

Ce tournage m'a comblé. Il fut sans contredit l'un des hauts faits de ma carrière. Si je peux écrire un scénario qui mérite d'être tourné, je veux absolument continuer à faire du cinéma. J'espère remonter sur scène un jour aussi, bien sûr, mais avant de le faire, il me faut trouver des idées pour justifier la création d'un nouveau spectacle. Je n'en suis pas encore là.

Eighth Grade est à l'affiche en version originale anglaise.




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