Chien de garde: splendeurs et misères des liens indestructibles

La famille est et sera encore longtemps au... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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La famille est et sera encore longtemps au coeur de l'oeuvre de Sophie Dupuis.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Elle est entière, Sophie Dupuis. Déterminée, assurée, elle est prête à aller explorer des zones de l'être humain où d'aucuns préfèrent ne pas s'aventurer. Quitte à faire sourciller.

Dans le cinéma de la jeune femme de 31 ans, un thème est récurrent: la famille. Et qui dit famille dit liens quasi indestructibles entre ses membres, pour le meilleur et pour le pire.

Chien de garde, premier long métrage de Sophie Dupuis, est à l'image des courts métrages qui l'ont précédé. Il parle de la famille, il bouscule, il dérange, il nous entraîne dans un certain inconfort.

Parce que cette famille, dont le pilier, fragile, s'appelle JP (Jean-Simon Leduc), est dysfonctionnelle comme ce n'est pas permis. Autour de JP gravitent son frère Vincent (Théodore Pellerin), impulsif et en manque d'attention, sa mère Joe (Maude Guérin), alcoolique, et son oncle Danny (Paul Ahmarani), petit truand manipulateur. Le père n'existe pas.

Joli portrait. Jusqu'où va l'autobiographie là-dedans? La cinéaste est habituée à la question, mais se désole qu'on puisse faire une telle association.

«Je ne comprends pas cette propension à croire que les gens font des films sur eux, dit-elle. Il m'est arrivé de vivre des malentendus à cause de cela. J'ai eu une super belle enfance. J'ai une super belle relation avec mes parents. Les sujets de mon cinéma sont beaucoup plus larges que ce qui se passe dans mon vécu.»

Sophie Dupuis a une fascination pour des sujets précis: famille, violence, manipulation. Elle y réfléchit souvent, presque chaque jour. Elle lit beaucoup là-dessus. Et, en définitive, elle a envie d'en parler. Point, barre.

«Je suis enfant unique et j'ai autour de moi des gens qui viennent de familles nombreuses, où frères et soeurs sont les meilleurs amis. Ce type de relation auquel je n'aurai jamais accès me fascine.»

Cette fascination s'étend à la violence psychologique. «Je réalise à quel point il y en a beaucoup autour de nous et comment les gens peuvent en être victimes dans la vie. Ça et la manipulation sont des thèmes que j'ai cherché à explorer à travers ma scénarisation.»

Plein d'amour

Et l'amour là-dedans? La réalisatrice ne l'oublie pas.

«Mon film est plein d'amour, défend-elle. C'est comme ça qu'on a abordé les personnages.»

Or, ces personnages, l'auteure le sait, baignent dans une forme de violence psychologique qu'ils ne perçoivent pas ou ne veulent pas voir, aveuglés qu'ils sont par les liens du sang. Se détacher du groupe est alors extrêmement difficile.

«On ne peut pas abandonner frère, soeur, père ou mère. On va les aider, c'est viscéral. Ce qui me fait dire que lorsqu'on est en famille, on n'est pas totalement libre. Ce n'est pas négatif, ce que je dis. Il y a quelque chose de beau dans le fait de savoir qu'on a toujours quelqu'un près de soi sur qui compter. Mais ça peut être lourd parfois.»

Ici, la lourdeur passe beaucoup dans le personnage de Théodore Pellerin, jeune acteur fabuleux dont le nom revient dans plusieurs génériques de films québécois en 2018.

«Je comprends qu'il soit de tous les films, dit la réalisatrice. C'est un acteur à part. Il est très jeune [20 ans], mais possède une grande maturité dans sa lecture des textes, sa façon d'aborder un personnage et de travailler en amont. Il est le genre à m'appeler tard en soirée pour me dire que quelque chose a débloqué dans la compréhension de son personnage.»

Cette façon de faire comble la cinéaste, qui, de tous les aspects de son travail, affectionne la direction d'acteurs. Elle apprécie ce moment où l'osmose se crée entre metteur en scène et comédiens.

«Il m'importe de créer des balises à l'intérieur desquelles les acteurs vont s'épanouir, dit-elle. Je leur donne une bonne base, des personnages avec beaucoup de jus, et c'est à eux de mettre la touche finale. Pour Chien de garde, je voulais créer des personnages plus grands que nature et nous nous sommes donné l'espace pour le faire.»

Chien de garde a pris l'affiche vendredi

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Qui est Sophie Dupuis

Originaire de Val-d'Or, Sophie Dupuis s'intéresse très tôt aux arts, suivant tous les cours offerts à son centre culturel. Elle se rend vite compte que c'est à travers «des scènes, des visages d'acteurs» qu'elle a envie de s'exprimer. «J'ai fait un long métrage à 14 ans. Je l'ai écrit et tourné avec mes amis et monté à l'école.» Formée à l'Université Concordia en cinéma, elle a réalisé quelques courts métrages avant de signer Chien de garde. Le cinéma occupe une place primordiale dans sa vie. «Faire des films est aussi important pour moi que manger, respirer, boire.» Elle est à la recherche de financement pour son deuxième long métrage, dont le scénario est écrit.




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