Robin Aubert: l'appel du Nunavik

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Profitant d'une résidence d'artiste de deux mois au Nunavik, Robin Aubert a tourné entièrement seul le film Tuktuq, qui est à la fois une docufiction sur le rapport à l'autre et un pamphlet sur la dépossession d'un territoire. À sa façon, le cinéaste poursuit sa propre Course destination monde.

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Robin Aubert dans Tuktuq

Photo fournie par K-Films Amérique

Des images stupéfiantes de l'immensité du territoire du Nunavik. Des scènes de chasse, de dépeçage de caribou, de traditions inuites. Mais ce qui change tout, c'est la narration. Tout au long de Tuktuq, on entend en voix off ce dialogue de sourds au téléphone entre un caméraman envoyé dans le Nord pour documenter la vie des habitants d'un petit village et un sous-ministre qui ne pense utiliser ces images que pour mieux faire passer un projet de minière. Le résultat est efficace, et un peu pervers : cette beauté que nous voyons à l'écran peut être détournée, voire appelée à disparaître.

Dans ce projet en grande partie autofinancé, Robin Aubert a pratiquement tout fait lui-même. La caméra, le son, et même le jeu, puisqu'il se met en scène. « Quand tu es pogné pour fait ça tout seul, tu as un profond respect pour les départements par la suite », admet-il en riant.

Le projet d'une vie

Tuktuq (qui signifie « caribou » en inuktitut) fait partie de sa « pentalogie des cinq continents », un projet personnel de Robin Aubert visant à confronter un personnage québécois à un territoire étranger. C'était l'Inde pour À quelle heure le train pour nulle part en 2009, c'est le Nord pour Tuktuq, tourné en 2012 en plein printemps érable. Le but est d'arriver à cinq films qui couvriront les cinq continents, et il souligne que cela pourrait bien lui prendre une vie pour parvenir à boucler cette pentalogie. « Je veux faire ça pour sortir de ma grange, pour aller vers l'autre, explique-t-il. C'est toujours le rapport d'un Québécois face à un autre peuple. Déplacer quelqu'un de mon peuple ailleurs, plutôt que de parler d'un peuple qui m'est étranger. Ça crée une forme de dépaysement, de découverte, d'ouverture. »

Dans le fond, lui dit-on, il recrée un peu les conditions de création de La course destination monde, ce concours télévisuel qui envoyait de jeunes aspirants cinéastes aux quatre coins du monde, où il avait remporté le Prix du public en 1998.

« Totalement ! répond Aubert. Je l'ai senti encore plus avec Tuktuq qu'avec À quelle heure le train pour nulle part, parce que pour ce dernier, nous étions quatre. Quelque part, quand tu as fait La course, tu veux évoluer, faire de plus gros tournages, mais moi, j'aime faire de petits tournages. Il y a quelque chose que j'apprends encore dans le cinéma. En tout cas, moi, il faut que j'apprenne tout le temps, comme créateur. C'est peut-être égoïste. Faire du cinéma, c'est pouvoir montrer ce que tu sais faire, mais tu peux prendre ça aussi comme un ami que tu essaies de découvrir. »

Caméra-stylo

L'autre influence manifeste est l'oeuvre de Robert Morin, et Robin Aubert ne cache pas que Tuktuq est un hommage « à peine déguisé » au film Le voleur vit en enfer. Ce n'est pas pour rien aussi que Robert Morin prête sa voix au personnage du sous-ministre. « Pour moi, c'était évident qu'il fallait que ce soit lui et que je devais le convaincre. Le fait que l'on soit chums dans la vie n'aide peut-être pas. On se côtoie depuis Le nèg'. Ça lui a pris trois semaines avant d'accepter. »

Malgré les contraintes, cette immense liberté dans le tournage de Tuktuq n'est pas sans rappeler la méthode Morin de cinéma guérilla ou de caméra-stylo, qui plaît au cinéaste. 

« Tu tournes en écrivant ton film plutôt que d'écrire ton film pendant trois ans avant de tourner. Et, tranquillement, le film prend forme par les images », explique Robin Aubert.

Le personnage du caméraman finit par être profondément touché au contact du mode de vie des Inuits, assez pour développer l'envie d'avoir un point de vue sur le monde. Le fossé se creuse entre lui et le sous-ministre, qui n'a rien à cirer du destin de ce peuple qu'il veut déplacer. « Le langage du sous-ministre est un peu kafkaïen, ce n'est pas la langue de bois, c'est limite exagéré sur les bords, note Aubert. C'est quand même deux Blancs qui parlent du sort d'un peuple qu'ils ne connaissent pas, un qui se fait toucher de l'intérieur et l'autre qui n'a aucune émotion parce qu'il est de l'extérieur. L'un est trop naïf et l'autre est trop cynique. »

Cette expérience de deux mois en solitaire au Nunavik a profondément marqué Robin Aubert, qui a pris son temps avant d'aborder les Inuits. « Ils sont extrêmement timides et indépendants, ils ne vont pas aller vers toi. J'ai décidé de faire mon indépendant aussi. J'allais me promener en quatre-roues sur le territoire, même si c'est dangereux parce que tu n'as aucun repère. Tranquillement, il y en a un qui est venu me voir, pour me proposer d'aller pêcher... Il m'a présenté sa mère et sa soeur, avec qui j'ai vraiment créé un lien très fort. 

« J'en parle et ça me pince le coeur. J'aimerais ça, y retourner. » 

« C'était la première fois que je me sentais petit face au monde. Quand tu es devant un paysage à 360 degrés qui n'en finit plus de finir, ta petite émotion d'angoisse, elle part vite. »

Des morts-vivants

Pendant ce séjour particulier, Robin Aubert a aussi écrit le scénario des Affamés, un film de morts-vivants qui suscite beaucoup de curiosité et qui prendra l'affiche cette année. Il dit avoir une fascination pour le sang et, de toute évidence, il aime le cinéma de genre, auquel il s'est frotté avec Saint-Martyr-des-Damnés en 2005. « On est en montage. Je n'ai que du positif pour ce film-là et ça a été un tournage extraordinaire. Après À l'origine d'un cri, je cherchais quoi faire et j'ai décidé de me faire plaisir. Et de faire un film pour le plaisir des gens. »

Tuktuq prendra l'affiche le 24 mars.




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