Christopher Nolan: vers l'infini

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(LOS ANGELES) Fidèle à ses habitudes, Christopher Nolan a maintenu le plus grand secret à propos d'Interstellar, une odyssée de science-fiction qui lui permet cette fois d'emprunter aussi la voie de l'émotion.

Quand Matthew McConaughey est allé rencontrer Christopher Nolan la première fois, il n'a pratiquement pas été question du film qu'ils allaient tourner. Pendant les trois heures qu'a durée leur conversation, ils ont plutôt discuté de leurs vies respectives. Comme deux vieux amis qui se retrouvent après s'être quittés pendant quelques années-lumière.

«Ce n'est que lorsque j'ai pu lire le scénario que j'ai enfin pu comprendre de quoi il s'agissait, a révélé l'acteur au cours d'une conférence de presse tenue la semaine dernière à Los Angeles.

J'ai été fasciné par cette lecture mais en même temps, je me suis dit qu'avec l'ampleur du projet, et les scènes d'émotion qu'il y avait à jouer là-dedans, il fallait que ça marche! À mes yeux, Interstellar est un film de science-fiction qui va bien au-delà des limites qu'on connaît. La grandeur épique de ce qu'a imaginé Christopher vient aussi du fait que cette histoire est tirée du plus intime de sa personne.»

Entretenir le mystère

Reconnu pour réaliser des films d'auteur à grand déploiement (Inception par exemple), célébré aussi pour avoir changé la manière d'aborder les films de super héros grâce à la plus récente trilogie Batman, Christopher Nolan aime bien entretenir le mystère. L'intrigue d'Interstellar est un peu difficile à résumer pour qui ne voudrait pas dévoiler quelques-uns des éléments clés, mais risquons-nous-y quand même.

Dans un futur proche, à une époque où l'agriculture est en crise et où la Terre ne peut plus subvenir aux besoins des êtres humains qu'elle héberge, Cooper (McConaughey), ancien pilote d'élite désormais retiré dans une ferme avec sa famille, est appelé à participer à une mission secrète. D'une durée non déterminée, cette mission entraîne un équipage vers des galaxies inconnues, en défiant les dimensions spatiales et temporelles. Le but? Trouver un endroit où l'humanité pourrait survivre, la planète bleue étant en voie d'extinction. Pendant ce temps sur Terre, la petite famille attend le retour de Cooper, particulièrement sa fille Murph (Jessica Chastain). Quand son père est parti, il y a maintenant quelques années terrestres de cela, son coeur fut brisé en mille miettes.

D'abord écrit il y a huit ans en vue d'un projet de film que devait réaliser Steven Spielberg, le scénario de Jonathan Nolan a évidemment beaucoup évolué. Surtout depuis que son frère Christopher a mis la main à la pâte en intégrant sa propre partie.

«Les élans les plus optimistes de la condition humaine proviennent de l'exploration et du désir de nouvelles connaissances, a déclaré le réalisateur. C'est très émouvant. Pour le bien de son évolution, l'humanité a besoin d'aller au-delà de ce qu'elle connaît. Il est impératif que de nouveaux programmes soient remis en place».

Christopher Nolan, qui déplore évidemment la suspension de ce type de missions humaines, n'a pas pris les choses à la légère. Pour étoffer son scénario, qu'il cosigne avec son frère, il a notamment fait appel à Kip Thorne, un astrophysicien dont l'apport fut important au point où l'éminent chercheur est crédité aussi à titre de producteur exécutif.

«La collaboration de Kip fut très précieuse, souligne Christopher Nolan. J'ai fait le lien entre ses théories et ses idées pour construire une trame narrative plus axée vers l'émotion.»

Le meilleur des deux mondes

À cet égard, cet aspect du récit pourra peut-être surprendre. Aux yeux de ses admirateurs, Nolan est habituellement reconnu pour construire des histoires de façon très rationnelle et cérébrale, que traduit souvent une approche esthétique à l'avenant. Cette fois, le récit d'Interstellar tend à toucher le spectateur de façon plus intime en le ramenant aux principes fondamentaux de sa condition d'être humain. Et des questions qui s'y rattachent.

«Cette histoire m'a permis d'avoir le meilleur des deux mondes, indique le cinéaste. D'une part, elle me donne l'occasion d'explorer de façon très personnelle la nature des liens familiaux. En tant que père, cela me touche forcément beaucoup. En même temps, je peux m'amuser avec les plus beaux outils du cinéma pour tourner un film de science-fiction épique, avec des scènes d'action et des décors inédits.»

Tourné en Alberta, en Islande et à Los Angeles, Interstellar est une production réalisée avec un budget d'environ 165 millions de dollars. Autour de Matthew McConaughey et Jessica Chastain, nouveaux venus dans l'univers de Nolan, figurent plusieurs habitués, parmi lesquels Anne Hathaway et Michael Caine. Une vedette hollywoodienne de renom, qui n'apparaît pas au générique, gratifie aussi le film d'une participation.

«Chris a fait construire tous les décors, fait remarquer Matthew McConaughey. De cette façon, on ne peut absolument rien simuler. On ne fait pas semblant!»

Interstellar sur film

Étant l'un des ardents défenseurs de la pellicule, Christopher Nolan n'a évidemment pas utilisé de caméras numériques pour filmer. Interstellar a été tourné sur pellicule, avec une combinaison du format 35 mm anamorphique et du 70 mm IMAX. Ironiquement, la vaste majorité des salles en Amérique du Nord sont désormais converties au numérique. Qu'à cela ne tienne, Interstellar pourra quand même être vu dans la forme privilégiée par le cinéaste sur environ 240 écrans dès mercredi. L'un d'entre eux est situé à Montréal. En effet, le Cinéma Banque Scotia de Montréal, angle Metcalfe et Sainte-Catherine Ouest, sera le seul endroit au Québec où il sera possible de voir Interstellar en 70 mm IMAX.

Vendredi, le film pourra ensuite être vu en IMAX numérique dans six salles de la région montréalaise, de même qu'aux Galeries de la Capitale à Québec.

Plusieurs autres salles présenteront aussi le film au Québec en format numérique habituel.

Anne Hathaway et Matthew McConaughey dans Interstellar.... (Photo: fournie par Paramount Pictures) - image 2.0

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Anne Hathaway et Matthew McConaughey dans Interstellar.

Photo: fournie par Paramount Pictures

Le premier trio

MATTHEW MCCONAUGHEY (COOPER)

Dans Interstellar, Matthew McConaughey tient son premier grand rôle depuis Dallas Buyers Club, le film (réalisé par Jean-Marc Vallée) pour lequel il a obtenu l'Oscar du meilleur acteur. Cooper est un pilote astronaute qui accepte à contrecoeur de quitter sa famille pour partir en mission vers l'inconnu afin de trouver un nouvel endroit viable pour les humains.

«Le plus grand défi aura été de faire à la fois écho aux qualités héroïques de cet homme tout autant qu'à son côté très «monsieur tout le monde». Son courage lui vient de sa crainte de mourir avant qu'il puisse réaliser ce qu'il a promis de faire.»

ANNE HATHAWAY (AMELIA BRAND)

La «Cat Woman» de The Dark Knight Rises retrouve ici son metteur en scène, cette fois pour se glisser dans un lourd habit d'astronaute. Fille du professeur responsable de la mission secrète (Michael Caine), Amelia doit aussi laisser des proches derrière elle.

«Je n'ai pas tout bien compris à la lecture du scénario, mais j'ai ressenti une vive émotion. Je trouve remarquable que Chris soit parvenu à maintenir la nature de sentiments bien humains dans l'ADN d'une si grosse aventure. J'ai travaillé ce personnage pendant des mois. Ne serait-ce que pour apprendre à bouger avec un costume de 20 kg!»

JESSICA CHASTAIN (MURPH)

Révélée grâce à Take Shelter (Jeff Nichols), consacrée grâce à The Help (Tate Taylor), The Tree of Life (Terrence Malick) et Zero Dark Thirty (Kathryn Bigelow), Jessica Chastain a tourné avec Nolan sa première superproduction. Dans Interstellar, elle prête ses traits à la fille de Cooper, férue d'astronomie et d'espace, toujours en quête de la promesse que son père lui a faite alors qu'elle était une enfant.

«J'ai mis du temps à comprendre, mais je crois que Chris a tenu à ce que je reste isolée sur le plateau. Je ne l'ai d'ailleurs rencontré la première fois qu'aux essayages des costumes! Comme Murph ne communique avec personne ou à peu près dans cette histoire, je crois qu'il a fait exprès pour me laisser dans cet état d'esprit. Maintenant que nous en sommes à l'étape de la promotion, je vis une expérience d'équipe très différente!»

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Interstellar (Interstellaire en version française) prend l'affiche le 5 novembre en 70 mm IMAX et le 7 novembre en distribution plus large.

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Anne Hathaway

Photo: fournie par Paramount Pictures

En vrac

INFLUENCES

2001: A Space Odyssey (Stanley Kubrick) est l'un des films fétiches de Christopher Nolan. Des clins d'oeil en forme d'hommage jalonnent son film, ne serait-ce qu'à travers les interactions de Cooper avec une machine artificiellement intelligente. Cela dit, plusieurs autres films peuvent aussi être évoqués, notamment The Right Stuff (Philip Kaufman), que le réalisateur a montré à l'équipe avant le tournage. Pensons aussi à Contact (Robert Zemeckis), film tiré d'un roman de Carl Sagan pour lequel l'auteur avait d'ailleurs consulté l'astrophysicien Kip Thorne.

MATTHEW MCCONAUGHEY: UN NOUVEL INTÉRÊT

«Je n'ai jamais vraiment été un adepte de science-fiction, ni en littérature ni au cinéma. Mais là, j'ai l'impression que l'évolution de l'humanité doit être plus grande que nous. Je m'étais toujours attardé au concret des choses jusqu'à maintenant, mais du moment que je suis devenu père, j'ai commencé à réfléchir au sort du monde. Comme j'ai eu la chance de rencontrer des gens formidables et d'échanger avec eux, ces considérations-là m'intéressent.»

ANNE HATHAWAY: AU BORD DE L'HYPOTHERMIE

«Nous tournions sur un glacier en Islande une scène où je dois marcher dans l'eau de façon énergique pendant longtemps, toujours vêtue de mon costume lourd de 20 kg. Après une vraie bonne scène, où j'étais contente et certaine qu'elle était en boîte, on m'a annoncé qu'il fallait la refaire. Et la refaire encore. Si bien qu'à un certain moment, j'ai demandé à l'assistant si les symptômes que je commençais à ressentir ressemblaient à ceux d'une personne atteinte d'hypothermie. Ce n'est pas que je voulais me plaindre, mais ça faisait mal. Quand il l'a su, Chris a donné l'ordre de précipiter les choses et de tourner tout de suite. Ce qu'on a fait!»

HANS ZIMMER À L'AVEUGLE

Fidèle à son habitude, Hans Zimmer a composé une trame musicale magnifique, qui colle parfaitement aux images du film et aux émotions que Nolan voulait traduire. «Nous avons travaillé d'une façon complètement inédite, raconte le cinéaste. C'est-à-dire que la première fois où je lui en ai parlé, avant même de tourner le premier plan, j'ai demandé à Hans de composer des motifs musicaux sans lui donner le moindre indice quant au genre du film, au titre, au scénario ou aux personnages. Je lui ai simplement fourni une note dans laquelle était décrite en quelques mots la fable autour de laquelle le récit est construit. Ce qu'il a composé était parfait et m'a beaucoup inspiré pour la suite.»

ET DE SIX POUR MICHAEL CAINE!

Michael Caine retrouve Christopher Nolan pour la sixième fois. En plus de la trilogie Batman, l'acteur était aussi de la distribution de The Prestige et Inception. Il interprète cette fois le professeur Brand, concepteur de la mission. Le vénérable comédien britannique fait partie d'une distribution d'ensemble dans laquelle on compte plusieurs acteurs de renom dans des rôles secondaires. Ellen Burstyn, John Lithgow, Wes Bentley, Casey Affleck et Topher Grace, entre autres, sont de l'aventure.

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