Et au pire, on se mariera: la saison des amours absolus

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L'adolescence, c'est la saison des amours absolus, exacerbés, exaltés, interdits, censurés, brûlants, violents, bouleversants, damnés et condamnés. En somme, un champ de bataille. Où tous les coups sont permis et les blessures, longues à cicatriser. Comme dans Et au pire, on se mariera, roman de Sophie Bienvenu que la cinéaste Léa Pool a transposé au cinéma. Avec, pour incarner le personnage central d'Aïcha, Sophie Nélisse dans le rôle le plus complexe de sa jeune carrière.

Et au pire, on se mariera traite des «amours interdites» et de la «violence des premiers émois», dit la scénariste et réalisatrice Léa Pool dans la présentation de son nouveau film adapté du roman de Sophie Bienvenu.

En fait, ces thèmes ne constituent-ils pas une vision du monde qui traverse toute l'oeuvre de la réalisatrice d'Emporte-moi?

Assise en face de nous, Léa Pool esquisse un sourire.

«Oui! Ce sont des choses qui reviennent, dit-elle en entrevue. Les amours interdits, les amours impossibles [ça revient]... Quant à la violence des premiers émois, j'ai pu aussi le voir chez ma fille. Tous les jeunes vivent cela à un moment donné.»

Évidemment, la violence en question est vécue à différents degrés, selon les personnes, leur environnement, leur histoire personnelle. Dans le cas d'Aïcha (Sophie Nélisse), personnage central de l'histoire ici portée au grand écran, ce passage ressemble à un tour ininterrompu d'une semaine dans le Goliath à La Ronde.

C'est intense, vertigineux, cyclothymique.

Car il y a deux Aïcha. Celle du réel, dont la mère Isabelle (Karine Vanasse) est aimante, mais jamais présente, dont le beau-père Hakim (Mehdi Djaadi), mis à la porte pour son comportement incestueux, lui manque cruellement, qui est sans amis de son âge et est éprise de Baz (Jean-Simon Leduc), garçon ayant deux fois son âge qui repousse ses tentatives de séduction. Et l'Aïcha du fantasme qui scénarise sa vie en pensées enjolivées pour se convaincre que tout est parfait.

Cette fulgurance d'un premier amour, Sophie Nélisse dit l'avoir elle-même vécue. De sorte qu'elle s'est aisément identifiée à certaines scènes et situations.

«Aïcha s'est fait dire beaucoup de choses que je me suis fait dire par mon copain actuel, raconte la comédienne avec son franc-parler. Nous avons quatre ans de différence. Au début, il disait m'aimer uniquement comme une soeur. Je capotais, je pleurais quand il ne me textait pas. Là, ça va super bien.» 

«Tout le monde, je pense, passe par cette étape. On pense qu'on va être avec notre premier amour toute notre vie. On pense tout connaître. Mais ça ne marche pas toujours comme ça!»

Dans Et au pire, on se mariera, Aïcha... (Photo fournie par K-Films Amérique) - image 2.0

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Dans Et au pire, on se mariera, Aïcha (Sophie Nélisse) est éprise de Baz (Jean-Simon Leduc), garçon ayant deux fois son âge qui repousse ses tentatives de séduction.

Photo fournie par K-Films Amérique

Blessures de l'enfance

Au-delà de l'amour, Et au pire, on se mariera s'attarde aussi aux blessures de l'enfance. À travers lesquelles autant Sophie Bienvenu que Léa Pool se sont reconnues. Et trouvées.

«Inconsciemment, Aïcha est basée sur qui j'étais à son âge, dit Sophie Bienvenu, qui a coscénarisé le film. Je l'ai compris en échangeant avec des jeunes qui ont lu mon livre. C'est pour cela que Léa et moi avons si bien collaboré. Nous nous sommes toutes les deux reconnues dans les blessures.»

«Le roman de Sophie a été un coup de foudre, dit Léa Pool. Sans pour autant avoir vécu l'histoire d'Aïcha, ce qu'elle vit au plus profond d'elle-même me rejoint. Sophie et moi avons parlé de nos enfances pour nous rendre compte avoir beaucoup de choses en commun. Ce n'est pas un hasard si nous nous sommes rencontrées sur ce film.»

Personnage complexe

Comme Aïcha évolue dans deux univers, l'un réel, l'autre fantasmé, sa personnalité est composée de multiples facettes. De la colère destructrice, elle passe à la douce rêverie (comme dans la scène en patins à roulettes sur l'esplanade du Stade olympique). De jeune femme naïve, elle peut se transformer en sombre manipulatrice.

«On m'a ici offert un rôle plus mature, plus difficile, dit Sophie Nélisse. L'arc du personnage est incroyable. Il évolue du début à la fin, et ça en fait un beau défi à relever.»

«[Sophie Nélisse] est formidable. Elle a un rôle extrêmement complexe, étant tantôt drôle, tantôt tragique, violente, tendre. Elle a relevé ça avec brio», assure Léa Pool, réalisatrice.

Du personnage d'Aïcha, Léa Pool dit aimer «son amour absolu, son désir d'être écoutée, aimée». Sa solitude, aussi. La solitude est effectivement un sous-thème très présent dans le film, et ce, jusqu'au générique final.

Et au pire, on se mariera nous laisse-t-il sur une note d'espoir? «Il y a l'espoir d'une rédemption, dit Léa Pool. Parce qu'Aïcha finit par être pleinement consciente de ce qu'elle a fait. Et cette conscience donne espoir qu'elle va passer au travers. Mais on aime trop Aïcha pour décider de son sort.» 

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Et au pire, on se mariera prendra l'affiche le 15 septembre.

Karine Vanasse interprète la mère d'Aïcha (Sophie Nélisse)... (Photo fournie par K-Films Amérique) - image 3.0

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Karine Vanasse interprète la mère d'Aïcha (Sophie Nélisse) dans Et au pire on se mariera.

Photo fournie par K-Films Amérique

Ils et elles ont dit...

Karine Vanasse sur le fait de jouer une mère

«C'est la première fois que j'incarne une mère. Lorsque Léa [Pool] m'avait choisie pour Emporte-moi, c'est comme si elle me disait: "tu es capable de faire ce rôle". Maintenant, c'est comme si elle me disait: ‟oui, tu es prête pour les rôles de mère". Mais ce n'est pas de jouer une mère qui a été le plus grand défi. C'est plutôt d'interpréter un personnage démuni, sans ressources. Dans le passé, on m'a toujours attribué des rôles de femmes dont on sentait beaucoup la force, le courage, le désir d'autre chose. Alors qu'ici, Isabelle ne peut rêver à une autre vie. Elle peut juste souhaiter ne pas avoir d'autres ennuis financiers.»

Jean-Simon Leduc sur le personnage de Baz

«Il a une naïveté, une candeur... Il est plein de bonté et... il est trop naïf. Il voulait juste aider Aïcha, et cela a joué contre lui. À l'adolescence, l'amour est tellement puissant, tellement gros. Et comme c'est représenté à travers le personnage d'Aïcha, celui de Baz pouvait être plus... [il hésite] romanesque.»

Sophie Bienvenu sur Sophie Nélisse

«Je l'ai découverte à son passage à Tout le monde en parle pour parler du film La voleuse de livres. Dans sa façon d'être, son attitude, ses réponses à Guy A. Lepage, elle avait ce parfait dosage de cute et d'haïssable. C'était elle. C'était Aïcha.»

Sophie Nélisse sur un premier refus du personnage

«Je n'étais pas à l'aise avec les scènes de sexe. Je n'avais pas encore embrassé quelqu'un dans ma vie personnelle. Alors, embrasser un gars de deux fois mon âge... Mais [au moment des auditions], j'avais pris de la maturité et je trouvais le scénario trop bon pour passer à côté. J'ai parlé avec Léa. On a coupé des scènes et d'autres ont été réécrites. Finalement, nous sommes arrivées à un consensus.»




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