Le mirage: bonheur en quarantaine

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En écrivant Le mirage, Louis Morissette voulait parler de couples, de relations interpersonnelles, de renoncements, de surconsommation et de compensations artificielles. En somme, du bonheur qui fuit trop souvent.

Avant l'idée, et bien avant le scénario, Louis Morissette a fait un constat.

«Je n'en reviens pas comment il y a beaucoup de gens qui ne sont pas heureux, dit-il. Ils ne deviennent pas ce qu'ils auraient voulu devenir. Ils sont un peu résignés dans la vie. Ils ont des enfants tôt; ils ont un job payant, mais qu'ils n'aiment pas...»

En somme, ces couples s'enlisent rapidement dans un quotidien duquel ils ne ressortent plus et dont les moments de grâce se dissipent peu à peu pour ne devenir que souvenirs lointains. Trop souvent, ils ne s'en ouvrent pas à l'autre et préfèrent s'étourdir dans des plaisirs instantanés.

«Il ne faut pas se poser trop de questions sur le pourquoi on veut absolument nous vendre des pavillons extérieurs, des spas, des voitures neuves et des tout-inclus dans le Sud, ajoute Louis Morissette. Pour moi, ce sont des plasters sur de gros bobos. On vit dans la compensation pour oublier un quotidien qui ne nous rend plus heureux.»

C'est le cas, on l'aura compris, de Patrick (Morissette) et Isabelle (Julie Perreault), couple au coeur du long métrage Le mirage. Ils vivent en banlieue, ont deux enfants gentils mais un brin turbulents, des gadgets inutiles à la tonne. Dans leur entourage, on leur fait miroiter encore plus de belles choses: une piscine au sel, un chalet, de nouveaux seins.

Derrière cela se cache un «mal de vivre au quotidien». Isabelle se jette dans les antidépresseurs; Patrick, dans les dépenses et les aventures extraconjugales.

«L'un et l'autre sont seuls dans leur union, dit Julie Perreault en entrevue. Ils vivent une solitude à deux. Leurs biens représentent la conséquence de leur état malheureux. Chez eux, c'est un instinct de survie que de chercher le bonheur dans la superficialité.»

Isabelle, dit son interprète, est une bonne personne, authentique, mais chez qui la lumière intérieure s'est éteinte. «Elle sait fondamentalement qu'elle ne peut pas arrêter le train, expose la comédienne. Alors, elle préfère faire des sandwichs au jambon, aller au soccer, préparer des lunchs et courir après le temps [elle mime une personne essoufflée]. La chose qui lui fait le plus peur est le silence, parce qu'elle se retrouverait alors face à ses propres réflexions. Elle préfère être dans ce tourbillon, cet élan, où elle n'a pas à se poser de questions.»

D'abord divertir

Sur papier, tout cela a l'air bien noir. Mais à l'écran, Le mirage assume parfaitement la définition de comédie dramatique, savamment ficelée par Ricardo Trogi à la réalisation.

«J'ai d'abord voulu divertir, assure Louis Morissette, car un film est avant tout un divertissement. Par contre, nous ne sommes pas obligés d'être dans la calorie vide. J'avais ici quelque chose à raconter sans vouloir le mettre dans une catégorie. Le mirage est une histoire, tantôt comique, tantôt pas comique...»

Et si le scénario migre de la comédie vers le drame sans retour en arrière, Morissette défend la conclusion en forme d'espoir. «J'ai voulu dire que le bonheur est à l'intérieur de nous. On ne peut pas toujours blâmer les autres pour notre malheur. Il faut savoir se prendre en mains.»

Ce n'est pas le premier projet où Morissette s'intéresse aux couples. Pensons à son spectacle sur scène avec sa conjointe Véronique Cloutier.

«Ce thème n'est jamais mort, dit-il. Certains trouvent ça cliché. Moi, je vois ça comme la base. Des films sur le couple, il y en aura toujours (comme les chansons d'amour). Il s'agit de savoir comment traiter le sujet.»

Cela dit, il estime que son film porte davantage sur les relations interpersonnelles. «J'aime beaucoup parler de l'intimité des gens, suggère-t-il, de ce qu'on cache, de ce qui se dit à l'intérieur d'une chambre, mais jamais en dehors.»

La meilleure façon de traiter le sujet était d'aller dans l'hyperréalisme, croit le tandem Morissette/Trogi. L'un et l'autre se sont interrogés à chaque mot, chaque geste, chaque passage du film, afin que monsieur et madame Tout-le-Monde s'y reconnaissent. «C'est drôle parce que c'est vrai. Et ça fait mal parce que c'est vrai», résume le scénariste et comédien.

Julie Perreault abonde dans le même sens. «J'ai tourné avec Ricardo sur Horloge biologique, rappelle-t-elle. Ce que j'aime chez lui, c'est son côté hyperréaliste. Ses personnages ont l'air tellement vrais! Chez lui, le non-jeu est important; il aime lorsque les choses sont un peu improvisées, il aime les maladresses. Lorsqu'il hésite avant une prise, il se demande toujours comment les choses se passeraient dans la vraie vie.»

D'aucuns se reconnaîtront dans un aspect ou un autre du Mirage. Ricardo Trogi avoue d'emblée avoir récemment traversé une période semblable à celle du personnage de Patrick. Louis Morissette reconnaît de son côté ne pas être un saint, côté consommation.

«J'ai trop d'affaires, trop de bébelles, dit-il. J'ai dans mon garage un souffle-feuilles et je ne sais pas vraiment à quoi il me sert...»

Et, oui, ce n'est pas un mirage, Louis Morissette possède une piscine au sel!

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Le mirage prend l'affiche le 5 août.

Le Mirage

Cote La Presse

Étranglé par les dettes imputables à son grand train de vie, un commerçant et père de famille tente de cacher la vérité aux siens et, ensorcelé par...
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