Alexis Martin, Extramoyen: quelle classe moyenne ?

« La classe moyenne n'existe plus depuis longtemps. Elle... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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« La classe moyenne n'existe plus depuis longtemps. Elle a existé de 1945 à 1975 lors du grand boom de l'Occident. On l'a créée par peur du communisme. Une classe de prolétaires, dans le fond, qui se sentait en sécurité », affirme Alexis Martin, coauteur de la pièce Extramoyen.

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Mario Cloutier

Le NTE a peu de moyens, mais cela n'empêche pas la petite troupe d'Alexis Martin de parler en grand d'économie avec Extramoyen ! Une pièce-essai à message.

Pierre Lefebvre a coécrit Extramoyen avec Alexis Martin.... (Photo Olivier Jean, Archives La Presse) - image 1.0

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Pierre Lefebvre a coécrit Extramoyen avec Alexis Martin. « Pierre a fait beaucoup de documentaires à la radio. Je lui ai dit de prendre sa méthode afin qu’on construise ensemble un objet hybride entre la pièce de théâtre et l’essai », affirme Alexis Martin.

Photo Olivier Jean, Archives La Presse

La classe moyenne ici, la classe moyenne là... Tous les politiciens, surtout les ministres des Finances, disent défendre la classe moyenne. C'est la forteresse à sauvegarder jusqu'à la mort... Et si elle n'existait plus, la classe moyenne ?

Éclatée, morcelée, pulvérisée, elle n'est certainement plus un bloc monolithique, disent Pierre Lefebvre, directeur de la revue Liberté, et Alexis Martin, qui ont coécrit Extramoyen.

« La classe moyenne n'existe plus depuis longtemps. Elle a existé de 1945 à 1975 lors du grand boom de l'Occident, dit Alexis Martin en entrevue. On l'a créée par peur du communisme. Une classe de prolétaires, dans le fond, qui se sentait en sécurité. »

Une notion floue

Le Nouveau Théâtre expérimental (NTE) creuse plusieurs sillons depuis 40 ans : l'histoire, les éléments physiques de la représentation, les communautés ethniques... Dans la section « Idées », Extramoyen invite des penseurs à se colletailler au théâtre, comme Sacré-Coeur avec le docteur Alain Vadeboncoeur.

« Pierre a fait beaucoup de documentaires à la radio. Je lui ai dit de prendre sa méthode afin qu'on construise ensemble un objet hybride entre la pièce de théâtre et l'essai. Il y a un côté plus théorique, un autre plus ludique, mais tout découle d'entrevues avec des sociologues. »

Selon ces spécialistes, la notion de classe moyenne est floue. On serait aujourd'hui davantage dans une société de stratifications que dans une société de classes.

« Entre le grand patron et le travailleur en usine, ça prend du monde pour gérer. Ainsi se crée la classe moyenne. L'automatisation et l'ordinateur l'ont affaiblie. Mais c'est aussi la tyrannie des actionnaires : on fait des coupes massives pour augmenter les dividendes », dit Alexis Martin.

On ne peut parler de la classe moyenne sans parler des politiciens. On trouve dans le texte une scène assez délirante impliquant la fonction de premier ministre du Québec.

« Les politiciens se gargarisent tellement de ce concept, note Alexis Martin. Dans la pièce, le premier ministre fait une démonstration de lavage de bénéficiaire. Les spectateurs peuvent y voir qui ils veulent. On le fait avec humour. »

La télévision est une cible des auteurs de la pièce mise en scène par Daniel Brière.

« Elle naît avec la classe moyenne. Alain Deneault en fait une critique assez dure. Selon lui, la télé isole les gens plutôt que les rassembler. On regarde à la télé le simulacre d'une réalité à laquelle on participe de moins en moins dans la vie réelle. »

Le dogme de la dette

Autre idéologie des temps modernes, la dette est attaquée de front.

« Il y a une idéologie derrière ça, dit Alexis Martin. C'est plus qu'un problème comptable. C'est une vision du monde. Et la dette est un prétexte à démanteler les services publics. PPP, sous-traitance... Est-ce que ça coûte vraiment moins cher ? J'ai hâte de voir la facture du CHUM. »

Le vocabulaire économique, faut-il dire, a tout contaminé, tout investi, même les arts.

« Si ce n'est pas quantifié et chiffré, c'est comme si ce n'était pas sérieux. L'activité humaine est plus large que ça. Les chiffres représentent une fausse sécurité. Ça n'explique pas tout le réel. »

« Chaque fois que les artistes vont sur le terrain de l'économie, ils se tirent dans le pied. C'est pas ça, la raison d'être de la culture. C'est de mieux vivre, d'être plus humain. » 

Tout n'est pas didactique dans Extramoyen. La pièce met aussi en scène des échanges familiaux, présente des vox pop effectués dans la rue et use de théâtre d'objets.

« On essaie de créer une tension entre théâtre et essai avec divers registres d'expressions dramatiques. C'est notre but de travailler sur cette fine ligne. On essaie de nouvelles formules. »

Stimuler la pensée, voilà l'objectif. Au moment où tout semble n'être qu'instantané et superficiel.

« Alain Deneault fait beaucoup de conférences et il dit que les gens ont soif d'explications, de théories et de pensées. On fait ce pari-là. Jean-Pierre Ronfard disait toujours que c'était bien si les spectateurs se demandaient si c'était du théâtre ou non, ce qu'on fait. »

C'est quoi le théâtre, au fond ?

À Espace libre du 4 au 29 avril




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