L'importance d'être Constant: l'importance de jouer Wilde

Anne-Élisabeth Bossé, Vincent Fafard, Maxime Denommée et Yves... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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Anne-Élisabeth Bossé, Vincent Fafard, Maxime Denommée et Yves Desgagnés.

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

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L'importance d'être Constant a beau être l'une des pièces le plus souvent jouées du répertoire anglais, elle n'a jamais été produite en français à Montréal. Pour son retour au théâtre après un hiatus de trois ans en politique, Yves Desgagnés veut présenter au public du TNM la «délicieuse intelligence» d'Oscar Wilde à travers cette comédie intemporelle.

L'esprit wildien est-il si difficile à recréer dans la langue de Molière? Non, répond le dramaturge Normand Chaurette, qui a notamment traduit une quinzaine de pièces de Shakespeare. «C'est l'une des oeuvres que j'ai trouvé le plus sereinement agréable à traduire. C'est un texte d'une grande fluidité.»

De son côté, Yves Desgagnés estime que la pièce écrite il y a plus de 100 ans nous parle encore aujourd'hui. Et de plusieurs façons.

«On dirait que ç'a été écrit hier parce que le vrai sujet de la pièce, c'est la double vie, explique le metteur en scène. Faire voir aux autres qu'on est comme ça et, dans le fond, on ne l'est pas. Il y a beaucoup d'hypocrisie là-dedans, ce que dénonçait Oscar Wilde.»

La morale victorienne

Évidemment, on peut penser à un certain animateur de la CBC récemment congédié, souligne le metteur en scène. Mais c'est aussi toute la société victorienne de l'époque qui renvoie à la nôtre, moraliste et de droite, croit-il aussi.

«Il faut aller à Londres pour se rendre compte qu'on y est comme à Montréal. La culture anglo-saxonne nous a beaucoup plus colorés que ce que l'on prétend, même les nationalistes. Il y a un lien. Je me suis amusé dans la mise en scène à faire ce lien-là.»

Difficile de savoir pourquoi il a fallu autant de temps avant que quelqu'un s'intéresse à cette pièce ici, mais Normand Chaurette estime qu'elle n'a jamais été aussi pertinente qu'en ce moment...

«Dans les années 70, il y avait des mouvements de contestation, mais aujourd'hui, nous vivons une époque où les apparences n'ont jamais autant compté, estime l'auteur de Provincetown Playhouse. L'image domine nos rapports, les interdits aussi. C'est ce que dénonce Wilde. Il s'attaque à l'establishment victorien qu'incarne très bien aujourd'hui quelqu'un comme Stephen Harper.»

La (tragique) chute de Wilde

Oscar Wilde est mort à Paris, exilé et pauvre, après des procès qui ont exposé en long et en large sa vie privée d'homme marié ayant des relations homosexuelles.

«Il n'opposait pas l'homosexualité à l'hétérosexualité, dit Desgagnés. Il était très amoureux de sa femme, Constance, et il a eu deux enfants avec elle. Un amour véritable, mais il cultivait, pour ses plaisirs personnels, une relation avec un jeune homme. C'est ce qui a choqué la société victorienne. Dans les procès qu'on lui a faits, il disait que ces deux relations ne s'opposaient pas.»

Dans la pièce, les deux personnages principaux, Jack Worthing et Algernon Moncrieff (Maxime Denommée et Vincent Fafard), cultivent des doubles d'eux-mêmes (baptisés Constant), qui leur permettent de manipuler leur entourage. Cette particularité s'avère exigeante pour les comédiens.

«C'est très drôle. Avec un côté grinçant, détaille Yves Desgagnés. Le problème souvent en comédie, comme il y a beaucoup de sparages, si ça ne repose pas sur une vérité, ça ne fait pas rire. Les personnages ne savent pas qu'ils sont dans une comédie.»

Lady Bracknell

Il est de tradition, en Grande-Bretagne, de monter la pièce tous les 10 ans avec un homme qui joue Lady Bracknell, «ce qui donne le signal aux spectateurs qu'il y a plus que les apparences», souligne le metteur en scène.

C'est donc Raymond Bouchard qu'on pourra voir dans ce rôle. Pour les autres, beaucoup de jeunes s'activeront sur scène, comme Vincent Fafard et Virginie Ranger-Beauregard. Anne-Élisabeth Bossé interprétera l'amoureuse de Jack Worthing, alias Constant.

Normand Chaurette se réjouit d'avoir signé cette première version québécoise de L'importance d'être Constant, créée au St. James Theatre de Londres en 1895.

«Wilde a donné à cette comédie quelque chose d'emblématique qui fait que tout le monde aurait voulu écrire cette pièce. Il y a un parfait dosage d'humour absurde, de profondeur et de revendication. Au fond, il a été visionnaire puisqu'il nous a permis de reconnaître le talent de Feydeau ou Beckett, qui l'ont suivi.»

Yves Desgagnés veut faire rire et laisse l'esprit de Wilde dans le texte, ses aphorismes et ses réflexions caustiques notamment, relayer l'idée d'un monde et d'une vérité jamais purs, jamais simples.

«Je suis obligé de dire que, malheureusement, nous vivons dans un monde de surface. Mon seul but, c'est que les gens voient la pièce et constatent combien Oscar Wilde était un homme d'une délicieuse intelligence.»

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Du 11 novembre au 6 décembre, au Théâtre du Nouveau Monde. En tournée dans le cadre des Sorties du TNM, dès janvier 2015.

Oscar Wilde en 7 dates

1854 : Naissance d'Oscar Wilde à Dublin, dans une famille fortunée. Sa mère, Jane Francesca Elgee, est poète - elle publie ses recueils sous le pseudonyme de Speranza.

1878 : Diplômé de l'Université d'Oxford en littérature et philosophie, Oscar Wilde s'installe à Londres. Il publie un premier recueil de poésie intitulé Poems en 1881 et donne notamment des conférences sur l'esthétique et la beauté aux États-Unis et au Canada. Il commence à se distinguer par ses tenues de dandy.

1884 : Oscar Wilde épouse l'Irlandaise Constance Lloyd, de qui il aura deux fils: Cyril et Vyvyan. Dans les années qui suivent, il publie des essais, des romans (dont Le prince heureux et autres contes) et des pièces, L'éventail de lady Windermere et Salomé.

1891 : En juin, Oscar Wilde rencontre lord Alfred Douglas, jeune aristocrate d'origine écossaise de 21 ans, avec qui il entretiendra une relation amoureuse. Le père du jeune homme, le marquis de Queensberry, tentera de mettre fin à la liaison. Il l'accusera de «poser en sodomite». C'est le début d'une série de procès entre les deux hommes.

1895 : Création de sa dernière pièce, L'importance d'être Constant. Wilde est au faîte de sa gloire, mais le procès pour diffamation qu'il intente contre le père de son amant se retourne contre lui. Le 25 mai, il est condamné à deux ans de prison pour «délit d'homosexualité». Sa femme le quitte et s'installe en Allemagne avec ses enfants.

1897 : Wilde quitte la prison de Reading et s'exile à Dieppe, en France. Il se rebaptise Sébastien Melmoth (nom emprunté au héros du roman Melmoth the Wanderer de son grand-oncle maternel, Charles Maturin). Il écrit un dernier poème, qui sera publié en 1899: La ballade de la geôle de Reading.

1900 : Oscar Wilde meurt seul à l'hôtel d'Alsace à la suite d'une méningite infectieuse. Il a 46 ans. Ses derniers mots auraient été: «Ou c'est ce papier peint qui disparaît ou c'est moi!» Son corps est d'abord inhumé au cimetière de Bagneux avant d'être transféré au Père-Lachaise en 1909.

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Source: Oscar Wilde, pour l'amour du beau de Claude Beausoleil.

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