Quartett: l'amour destructeur

Cette mise en scène de Quartett est d'autant... (Photo fournie par Les Songes Turbulants)

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Cette mise en scène de Quartett est d'autant plus troublante que ce sont deux femmes qui jouent Merteuil (Marie-Armelle Deguy) et Valmont (Juliette Plumecocq-Mech).

Photo fournie par Les Songes Turbulants

Ce qu'elles en ont parcouru du chemin, ces fameuses Liaisons dangereuses! Le roman épistolaire de Laclos a connu, depuis sa publication en 1782, autant d'adaptations que le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil ont eu d'amants... Ce qui n'est pas peu dire. Au cinéma, Gérard Philipe et Jeanne Moreau ont incarné ces virils libertins manipulateurs. Des rôles repris plus tard par John Malkovich et Glenn Close.

L'adaptation pour le théâtre de Heiner Müller est, disons, un tantinet plus sombre. Même si on assiste au même duel entre ces anciens amants qui rivalisent pour multiplier les conquêtes et défaire des couples qui les entourent, le dramaturge allemand les met en scène face à la mort. Face au gâchis de leurs joutes de séduction. Entre eux règnent le cynisme et la haine, dans une guerre sans merci. Vous êtes avertis.

Le metteur en scène Florent Siaud, qui a travaillé ici avec Brigitte Haentjens et Denis Marleau, a d'abord eu l'audace de faire jouer deux femmes dans les rôles de Valmont et Merteuil. Juliette Plumecocq-Mech est carrément troublante dans le rôle de Valmont, son physique d'androgyne créant une belle confusion. Marie-Armelle Deguy est également remarquable. Leur maîtrise du texte fait résonner fort les mots de Müller.

Ce choix risqué prend également son sens dans les jeux de rôles de Valmont et Merteuil qui évoquent leurs principales victimes. D'abord lorsque la marquise joue le rôle de Valmont, tandis que le vicomte incarne celui de Mme de Tourvel, une de ses conquêtes; et plus tard lorsque la marquise emprunte la voix de l'innocente Cécile de Volanges, symbole de pureté, perdue par les jeux vicieux de nos libertins amoraux.

La petite scène de La Chapelle est tout occupée par une immense structure de lit en bois, fendue en son centre. Comme le squelette de leurs amours passées, consumées. On a d'ailleurs l'impression d'être face à des spectres et l'on pourrait croire qu'ils sont déjà morts. En tout cas, l'espace-temps est indéfinissable. Et les deux personnages se dévisagent comme des fauves, Valmont adoptant même la gestuelle du tigre! Juliette Plumecocq-Mech fait ici la preuve de son redoutable talent.

Comme des kamikazes, Valmont et Merteuil s'autodétruiront. Florent Siaud réussit à montrer le côté sombre de ces libertins professionnels, qui doivent se demander ce qu'ils laissent derrière eux avant de quitter ce bas monde... Si le cul mène le monde, il le mène aussi parfois à sa perte, comprend-on. Malgré la lourdeur de ces rudes échanges -qui ne feront rien pour vous donner l'espoir d'un amour éternel - et cette ambiance froide installée par Siaud, cette relecture intelligente de Quartett pose une pierre de plus à l'édifice inébranlable des liaisons dangereuses.

Au Théâtre La Chapelle jusqu'au 13 avril.




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