Caligula: un «remix» pertinent

Les mots sont captés puis manipulés en direct... (Photo: fournie par le Théâtre La Chapelle)

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Les mots sont captés puis manipulés en direct par Emmanuel Schwartz - Caligula - à l'aide d'un appareillage électronique.

Photo: fournie par le Théâtre La Chapelle

Caligula, vu par Camus, est une quête d'absolu. Caligula (Remix), l'adaptation qu'en a fait Marc Beaupré, se révèle aussi portée par un tel désir. Tournant le dos à l'idée de faire jouer la pièce elle-même, le comédien et metteur en scène en propose une transposition chorale dépouillée à l'extrême - sans costumes et sans véritable décor - à situer quelque part entre le théâtre et la performance.

Marc Beaupré fait d'emblée un pari intéressant: il choisit de ne pas représenter l'action. En lieu et place de comédiens costumés à la mode romaine, il propose des acteurs qui semblent porter leurs propres vêtements (jeans, chemise ou t-shirt). Tous sont de noir vêtus: Michel Mongeau, Ève Landry, David Giguère, Iannicko N'Doua Légaré, Mathieu Gosselin, Alexis Lefebvre, Guillaume Tellier et Emmanuelle Orange-Parent.

La dynamique qui est à l'oeuvre est celle d'un orchestre symphonique: les comédiens entrent d'abord en scène, mettent de l'ordre dans leurs partitions, testent leur micro, puis se lèvent pour accueillir le chef: Emmanuel Schwartz. Sur un geste de ce Caligula-coryphée, le choeur se met à l'oeuvre et dit le texte de Camus, agrémenté de fragments puisés chez d'autres auteurs et placés en introduction. Les mots sont captés puis manipulés en direct par Emmanuel Schwartz à l'aide d'un appareillage électronique.

De la pièce de Camus, Marc Beaupré a gardé la colonne vertébrale. C'est-à-dire les scènes clés dans lesquelles Caligula exprime sa vision du monde, ainsi que les échanges capitaux avec Caesonia, Hélicon, Cherea et Scipion. Ces face à face sont les seules scènes du spectacle qui sont véritablement jouées. Mais sans maniérisme, ni ostentation. Le reste est dit et représenté par la mise en scène elle-même, symbole de différentes relations de pouvoir: un empereur face à son peuple, un chef face à son orchestre, un metteur en scène face à sa distribution, etc.

L'approche radicale, mais pas du tout aride, s'avère particulièrement évocatrice. Les jeux vocaux rendus possibles par l'utilisation de la technologie ne font pas seulement qu'évoquer la présence du peuple ou les débats avec les tribuns, ils donnent par moment l'impression de plonger dans la tête de Caligula. Ainsi, les passages les plus virevoltants (qui frisent parfois la cacophonie) seraient le miroir du tourbillon de folles pensées qui assaillent l'empereur, soudainement frappé par l'absurdité du destin des êtres humains.

Emmanuel Schwartz, sobre et sûr de lui, s'impose tout naturellement dans le corps et la voix de Caligula. Sa position le fait bien sûr dominer la distribution, dans laquelle se démarque néanmoins Iannick N'Doua-Légaré en Hélicon. Avec ce Caligula (Remix) audacieux dans son dépouillement, Marc Beaupré rappelle qu'on est trop rarement confronté à ce genre de spectacle qui ose sortir du jeu de la représentation. La distance, ici, n'est pas qu'un artifice. Elle contribue à la mise en évidence de la funeste quête de l'empereur... et à la réussite de la production.

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Jusqu'au 15 mai à La Chapelle.

 




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