Le Groupe Juste pour rire survivra-t-il?

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Dans la journée, hier, plusieurs humoristes et entreprises ont fait savoir dans des communiqués ou sur les réseaux sociaux qu'ils ne comptaient plus travailler avec Juste pour rire tant et aussi longtemps que Gilbert Rozon y serait associé.

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Le Groupe Juste pour rire a une nouvelle PDG, Guylaine Lalonde, autrefois adjointe puis gestionnaire en chef de Gilbert Rozon. L'annonce a été faite par voie de communiqué, au lendemain de la démission de M. Rozon de la présidence de l'entreprise.

Bruce Hills reste chef des opérations. L'équipe de direction est complétée par Lucie Rozon, productrice exécutive. «Suite à la démission de M. Rozon, son retrait de toute intervention dans le cours des affaires du Groupe devient effectif dès aujourd'hui, lit-on. À cet effet, Juste pour rire annonce la constitution imminente d'un conseil d'administration indépendant. Ce dernier jouira d'une indépendance totale dans l'administration des affaires de l'entreprise.»

Ce changement de garde, rapidement annoncé, est-il suffisant pour assurer la pérennité de l'entreprise ? Le Groupe survivra-t-il à l'affaire Rozon? «Oui, répond Sébastien Fauré, chef de la direction de l'agence de pub Bleublancrouge et cocréateur du Gestion Police (gestion et stratégie pour faire croître les entreprises). Il y a une différence entre Éric Salvail et Gilbert Rozon. Le premier est la marque. Alors que Juste pour rire, c'est un festival, des productions, des émissions et plusieurs autres choses dirigées par différents entrepreneurs.»

«Gilbert Rozon ne vend pas Gilbert Rozon», ajoute Normand Lebeau, président de la firme de recrutement Mandrake Vézina Lebeau.

«Il a bâti un empire. Il est le cerveau de la marque, mais pas la marque. C'est beaucoup plus gros que lui.»

Dans la journée, hier, plusieurs humoristes et entreprises ont fait savoir dans des communiqués ou sur les réseaux sociaux qu'ils ne comptaient plus travailler avec Juste pour rire tant et aussi longtemps que Gilbert Rozon y serait associé. «Il faut définir ce que veut dire "être présent", analyse Jacques Duval, président du conseil de l'agence de pub McCann Montréal. Il peut ne plus être salarié, mais être propriétaire de l'entreprise. Et le fait qu'il le soit ne tiendrait pas la route, surtout auprès des artistes.»

Toujours propriétaire

Mais Gilbert Rozon demeure propriétaire du Groupe Juste pour rire «pour l'instant», selon l'entreprise. «Le premier réflexe est souvent de dire: "Je coupe tout", explique Sébastien Fauré. Mais dans de telles crises, les entreprises ont des décisions à court et à long terme à prendre. Une fois celles à court terme prises, on fait une réflexion, on jauge ce qui est véridique, on regarde ses options. Il y a une différence entre la gestion de crise et l'effet de la crise. Les chaînes télé, par exemple, n'auront pas le choix de réfléchir, car elles sont dans les décisions d'affaires.»

«Les galas Juste pour rire ne seront pas moins bons demain matin. Et ce n'est pas tout le public qui sait que Gilbert Rozon est derrière tel ou tel produit.»

Gilbert Rozon peut avoir démissionné, mais il est plausible qu'il continue éventuellement de gérer dans l'ombre. Qu'il reste aux commandes. «Ses capacités créatives ne sont pas atteintes, mentionne Normand Lebeau. Le Groupe Juste pour rire est privé. Tandis que le C.A. d'une entreprise publique pourrait décider que le patron ne doit même plus mettre les pieds dans l'organisation.»

Pour l'instant, prendre quelqu'un à l'interne était une bonne stratégie aux yeux de Normand Lebeau. «Dans de tels cas, la personne à la tête doit disparaître de l'oeil du public, explique-t-il. On doit remettre les guides à quelqu'un en qui tant les gens à l'interne que les clients et fournisseurs auront confiance. Chez Juste pour rire, il y a de bonnes personnes en place qui peuvent continuer de prendre des décisions.»

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Serge Postigo

PHOTO ROBERT SKINNER, archives LA PRESSE

Ce qu'ils ont dit

Serge Postigo, membre du conseil d'administration de Juste pour rire

«Je n'ai jamais été témoin de comportements déviants de la part de Gilbert Rozon. On est tous gravement sous le choc. On a un profond dégoût en bouche depuis 24 heures. Gilbert doit faire face à la musique qu'il s'est lui-même composée. On se rend compte que l'organisation de Juste pour rire, ce n'est pas Gilbert Rozon. C'est une organisation qui est plus forte que l'homme qui l'a créée. Les millions de spectateurs qui sont venus depuis 36 ans au Festival Juste pour rire célébrer le génie québécois, les artistes et l'audace des créateurs ne sont pas venus célébrer Gilbert Rozon.»

Jacques Duval, président du conseil d'administration de Juste pour rire de 2011 à 2016

«En tant que président du conseil, je n'ai jamais eu à gérer de plaintes et ce n'est jamais venu à mes oreilles de façon informelle. Je n'ai jamais été témoin de gestes déplacés, mais je ne suis pas surpris. Comme Gilbert Rozon a une tendance à dépasser les limites [en affaires et dans sa vie], c'est possible qu'il dérape. Des fois, quand tu veux trop, tu peux déraper. Pour ce qui est du Groupe Juste pour rire, les différentes divisions fonctionnent de façon autonome depuis longtemps et il y a une permanence au niveau de la direction. C'est une entreprise très résiliente au niveau de la gestion et sur le plan de l'image. Le temps va faire son oeuvre.»

Pierre-Marc Johnson, ancien premier ministre du Québec et ancien membre du conseil d'administration de Juste pour rire

«De telles situations sont complexes pour des sociétés commerciales. Je peux dire que sur le plan personnel, c'est dommage.»

- Avec Isabelle Dubé, La Presse




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