Louis-José Houde: acteur en apprentissage

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Même si on le verra au cinéma deux fois plutôt qu'une cette année, Louis-José Houde insiste: le stand-up demeure sa véritable passion.

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En plus de présenter son quatrième spectacle solo l'été prochain, l'humoriste tiendra la vedette dans deux longs métrages.

La dernière fois que je t'ai interviewé, il y a 10 ans, tu me disais que tu ne te considérais pas comme un acteur. Tu as changé d'avis depuis?

Ça reste encore un apprentissage. Je n'ai pas de problème à être catalogué «non-acteur». J'ai été le premier surpris d'être approché pour De père en flic. J'ai accueilli ça avec beaucoup d'humilité. J'ai besoin d'être beaucoup dirigé sur un plateau. Et de pouvoir reprendre les mêmes répliques 25 fois. Je n'ai jamais eu l'ambition de faire du cinéma. Je suis très sélectif. J'accepte seulement les rôles dans lesquels je me sens à l'aise. J'apprends, avec des acteurs qui ont des formations et beaucoup plus d'expérience que moi.

Mais tu ne te sens pas comme un corps étranger dans la confrérie des acteurs...

Le syndrome de l'imposteur, je ne l'ai pas... parce que je l'ai! C'est-à-dire qu'à partir du moment où je décide d'embarquer dans un projet de cinéma, je ne me pose plus la question. On m'a toujours bien accueilli. Je pense que c'est surfait, la réputation des acteurs qui regardent de haut les humoristes qui font du cinéma. Mais j'ai déjà refusé des rôles en me disant que d'autres le feraient mieux que moi.

Est-ce parce que tu es aussi sélectif que tu ne te casses pas souvent la gueule?

En grande partie, oui. J'analyse tout, je change souvent d'idée. Peut-être que je réfléchis trop des fois, mais ça me sert bien, je pense. Ce que j'ai toujours voulu, c'est faire du stand-up. Et c'est encore ce que je veux faire. C'est ma 19e année professionnelle, et j'ai les mêmes objectifs et la même passion qu'à 19 ans. Ce qui arrive en périphérie, les films ou le Gala de l'ADISQ, par exemple, c'est de l'extra. Moi, tout ce que je veux, c'est être en show à Alma!

Tu t'intéresses beaucoup à l'humour - tu es l'un des actionnaires du Bordel Comédie Club. C'est un art qui te fascine et dont tu connais bien l'histoire. Comment juges-tu l'état de l'humour au Québec en ce moment? L'humour se porte bien?

C'est une bonne question. Il y a plus de compétition, ce qui est sain. Ceux qui se démarquent sont meilleurs que ceux qui se démarquaient à mes débuts. Il y a une sélection naturelle qui se fait. Je suis souvent au Bordel, pour tester mes numéros, et je voyais Adib [Alkhalidey] récemment. Il a trouvé sa musique. Il n'a pas à faire d'effort pour être différent ou original. Personne ne peut lui ressembler. Voir ça arriver, c'est fantastique. Je suis monté sur scène plus de 2000 fois, et l'an dernier, je me suis dit que j'avais enfin trouvé le bon ton. C'est un travail qui ne cesse jamais. Je vois des jeunes au Bordel et je me dis qu'il faut que je me botte le cul!

Est-ce que la compétition est vraiment saine? De l'extérieur, on a l'impression d'une surenchère de «J'ai vendu le plus de billets cette année». C'était le cas récemment avec François Bellefeuille et toi. Quand on a besoin de mettre de l'avant le fait qu'on a vendu le plus de billets, ça ne devient pas malsain?

C'est un peu comme nos cotes d'écoute de radio ou de télé à nous. Quand les sondages de radio sortent, ils font du millage là-dessus et c'est correct. Je n'ai rien contre un peu de compétition, mais je trouve que ces dernières années, il y a eu des débordements et des exagérations. Je veux vraiment me détacher de ça à l'avenir. Je ne veux plus parler du nombre de billets que j'ai vendus. Mais c'est juste une question de principe. Ton voisin exagère ou un média mal informé invente quelque chose: t'as envie de le corriger, tout simplement. Parce que c'est fâchant.

Tu t'es pris au jeu de ça?

Peut-être, oui. Je ne m'en occupe plus. Et je ne suis pas le seul. On s'est un peu tiré des roches. Je ne recommencerai pas ça. Tu parles de compétition: quand je vais au Bordel, je suis peut-être naïf, mais je ne pense pas qu'il y ait un seul humoriste qui souhaite qu'un autre humoriste se plante sur scène. Tu sors de scène et avant d'arriver à ta loge, il y en a trois qui te suggèrent des gags. Stéphane Fallu m'a déjà trouvé la fin d'un de mes numéros de l'ADISQ...

Tu fais partie des quelques artistes qui, au Québec, ont à la fois un succès critique et un succès populaire constants. Es-tu un intouchable?

Je ne me considère pas comme un intouchable. Je n'ai pas envie de m'asseoir sur mes acquis et de devenir involontairement paresseux. Je n'ai pas moins de respect pour un artiste champ gauche qui ne plaît pas à beaucoup de gens. Et je ne voudrais pas m'empêcher de faire quelque chose qui ne plaira pas à tout le monde pour préserver mon statut de supposé «intouchable». Je fais un humour accessible, très grand public, parce que c'est ce qui sort naturellement. Quand j'essaie d'aller ailleurs, ça sonne faux.

Il y a une douzaine d'années, tu as cessé d'être porte-parole de Loblaws, en déclarant que tu ne te sentais pas à l'aise dans ce rôle. Comment réagis-tu à la polémique Guillaume Wagner-Martin Matte autour des humoristes qui font de la pub?

J'ai arrêté de faire de la pub parce qu'on m'en parlait plus que de mon spectacle! Mais si Martin veut faire de la pub, ça ne regarde que lui. Il y a des humoristes qui font des pubs de Loto-Québec et personne ne s'en offusque.

C'est perçu par plusieurs comme de la jalousie de la part de ceux qui ont moins de succès. Est-ce que les humoristes se tirent dans le pied en s'attaquant les uns les autres?

Non. Autant c'est le droit de Martin de mener sa carrière comme il l'entend, autant Guillaume a le droit de dire ce qu'il veut lui aussi. Martin fait parfois des pubs d'épicerie. Guillaume dit parfois des choses qui ne plaisent pas à tout le monde. Je ne suis pas d'accord avec lui sur ce sujet-là, mais il a le droit à la même liberté que Martin. Je ne pense pas que Guillaume est jaloux et qu'il veut être Martin Matte...

Moi non plus. Ce sont ses convictions profondes. Mais dans la perception du public, avec les sketchs du Bye bye et d'autres, il passe pour un jaloux.

C'est perçu comme ça, mais ce n'est pas la vérité, à mon avis.

As-tu l'impression, à cause de ton succès, de susciter la jalousie d'autres humoristes?

Probablement quand je ne suis pas là ! C'est rare qu'on me le dise en pleine face. Il y a des collègues qui me disent parfois: «On sait ben, toi...», en blague. Mais c'est jamais méchant. Tous les humoristes comprennent qu'il y a une justice et qu'il faut beaucoup d'efforts pour que ça marche, le stand-up. Il y a sans doute un peu d'envie quand ça décolle très vite pour un nouveau. Mais je n'ai pas senti ça pour moi.

On se connaît peu, mais tu me sembles être quelqu'un d'assez privé. Aujourd'hui, ta vie privée est plus publique que jamais. On vous pose des questions sur votre couple à Tout le monde en parle comme si vous étiez Véro et Louis. Ça te dérange?

C'est pas ma tasse de thé, mais ça ne me déstabilise pas. Quand Guy me pose une question sur Magalie, ça ne me pose pas de problème parce que ça vient un peu avec. C'est à nous de ne pas développer des réponses de cinq minutes. Mais on a décidé qu'on ne se faisait pas photographier ensemble. Ça reste à nous. C'est niaiseux, mais ça garde une part de privé dans tout ça.

Il y a aussi eu, l'été dernier, une controverse autour d'un article du Journal de Montréal sur le fait que tu vendais ta maison. Une incursion dans ta vie privée qui t'a fait réagir...

Ce qui m'a blessé, c'est que certains médias ont diffusé mon adresse. Le Journal de Montréal a seulement diffusé le prix de vente de ma maison sans donner plus de détails. Mais d'autres médias, des sites internet, ont publié mon adresse. J'ai acheté une maison il y a sept ans, j'étais aussi en vue et personne n'en a parlé. C'est sûr qu'on nivelle par le bas. On ne faisait pas ça ici avant. On s'abaisse aux niaiseries de certains médias américains et c'est dommage. Cela dit, il y a tellement d'avantages à ma carrière que je vais vivre avec. Si j'achète une autre maison, ce sera au nom d'une compagnie à numéro. Je vais à l'épicerie et les gens me félicitent pour mon travail, qui est de monter sur scène pour les faire rire. C'est peut-être cucul, mais je suis prêt à payer un prix pour ça.

Son actualité

> On retrouvera Louis-José Houde au grand écran dans Ça sent la coupe en février et dans De père en flic 2 en juillet.

> L'humoriste amorcera le rodage de son quatrième spectacle solo en juin avant de le présenter dans plusieurs villes du Québec.




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