A-t-on fait le tour de la magie?

En 2012, le magicien américain David Blaine a... (PHOTO JOHN MINCHILLO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS)

Agrandir

En 2012, le magicien américain David Blaine a passé 72 heures au milieu d'une installation libérant un courant électrique de un million de volts.

PHOTO JOHN MINCHILLO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Alain Choquette sera de retour au Québec en 2017 avec de nouvelles cartes dans sa manche. Les FantastiX ont pris d'assaut le Théâtre St-Denis avec leurs superpouvoirs. Et Luc Langevin et ses illusions sont partis rejoindre Messmer le fascinateur à la conquête de la France. La magie a la cote sur scène comme au petit écran. Mais depuis les pharaons ou les cabinets scientifico-magiques du XVIIe siècle, s'est-elle vraiment réinventée? La Presse a posé la question à trois professionnels de l'industrie.

D'un professionnel de la magie à un autre, le nombre diffère. Mais tous s'entendent pour dire qu'il n'existe qu'une dizaine de principes de base déclinés à l'infini pour créer des tours différents.

Avec plus de 450 illusions créées pour ses émissions de télévision diffusées sur ARTV, Luc Langevin a dû redoubler d'efforts et de créativité pour se renouveler.

«Je suis allé dans toutes les directions! Au début de ma carrière, j'achetais beaucoup de tours d'autres magiciens, que je modifiais. Plus j'avance, plus mes tours sont complexes. Maintenant, je pars le plus souvent d'émotions ou d'expressions comme "l'argent ne pousse pas dans les arbres", qui m'a inspiré une illusion», raconte Luc Langevin.

«Dire que la magie est morte est totalement faux. C'est comme dire qu'en littérature, on ne peut pas se renouveler, car il n'y a que 26 lettres dans l'alphabet.»

Il y aurait plus de livres de magie sur la planète que d'ouvrages sur la médecine. Mais le milieu de la magie est un univers souterrain. «Ça se passe beaucoup sur l'internet ou dans des lieux de rencontres de magiciens. Les trucs se monnaient de 20 à 1 million de dollars. Tu peux aussi en acheter l'exclusivité, comme David Copperfield l'a fait avec Alain Choquette», explique l'illusionniste.

La Presse a contacté le créateur d'un des trucs les plus populaires du moment, utilisé par de très nombreux mentalistes dont Soldier Richard à l'émission Britain's Got Talent ou encore l'Américain Oz Pearlman. Il a refusé d'être nommé ou cité dans notre article. Il estime, en effet, que son métier est de faire rêver les gens, niant catégoriquement que des trucs se cachent derrière ses tours. Pourtant, en quelques clics, on apprend que pour 64,95 $, il est possible de se procurer le calepin «magique» dont il se sert.

Selon Éric Young, coauteur et cometteur en scène des spectacles de Messmer et des FantastiX, il règne un véritable chaos dans le monde de la magie. On y trouve en effet tout et n'importe quoi.

«C'est une industrie de charlatans. C'est le Far West!», lance-t-il. Des gens prétendent avoir les droits sur un truc, alors que c'est copié sur un autre truc. Tu reçois ce que tu as commandé et c'est brisé. Il a fallu trouver les bons créateurs et ils sont rares. Je m'en suis rendu compte à mes dépens», explique Éric Young, qui a dû travailler pendant plus de deux ans pour arriver à monter le spectacle des FantastiX.

«La coupe de lame en deux est une création d'un mec en Espagne qui a un site web formidable. Il y vend quatre ou cinq autres illusions, certaines plus professionnelles que d'autres. On a reçu le "T Cut" qu'on voulait altérer, mais des pièces n'étaient même pas fonctionnelles. Finalement, on a dû le concevoir nous-mêmes. Il n'y a aucun achat qui était utilisable tel quel. On a dû créer plutôt que d'acheter. Pour faire de la grande illusion, ça prend de l'argent», résume-t-il.

Luc Langevin se définit comme un créateur d'illusions, un... (Photo Sébastien Raymond, fournie par la production ) - image 2.0

Agrandir

Luc Langevin se définit comme un créateur d'illusions, un choix stratégique important dans sa carrière. «Engager un magicien, c'est comme engager un clown: tu fais ça pour tes enfants, c'est ringard. Je voulais m'éloigner de cette image-là», confie-t-il.

Photo Sébastien Raymond, fournie par la production 

Question de charisme

Luc Langevin n'est pas magicien. Il se définit plutôt comme un créateur d'illusions. Un choix stratégique important dans sa carrière qui lui permet de se positionner différemment par rapport aux magiciens en haut-de-forme toujours prêts à scier en deux leurs assistantes. «J'adore la magie, mais je sais que les gens ont une autre perception que la mienne. Engager un magicien, c'est comme engager un clown: tu fais ça pour tes enfants, c'est ringard. Je voulais m'éloigner de cette image-là», confie-t-il. 

«Un bon tour de magie, c'est comme un bon film. Tu peux avoir les bons effets spéciaux, mais si ton scénario n'est pas bon, le film ne le sera pas non plus. L'histoire, la présentation, le magicien lui-même. C'est plus ça que le tour. La technique est nécessaire, mais à mon sens, tout le reste est plus important. Un magicien qui n'est pas un technicien peut quand même faire une grande carrière!», explique Luc Langevin.

Avec ses FantastiX, Éric Young a bien compris qu'il lui fallait dénicher des perles rares pour incarner ses cinq superhéros passant une série d'épreuves pour retourner en 2082. «Le plus difficile a été de trouver des artistes: j'ai dû recevoir une soixantaine de noms en Europe et au Québec. Il fallait voir ceux qui n'étaient pas unidimensionnels. Il y a des magiciens a qui on a appris à faire du cirque et vice versa. Le plus difficile était de montrer à ces gens-là comment jouer. On a changé de distribution deux fois», se souvient-il.

Alors que Criss Angel a remisé le smoking et la cape pour adopter le style rockeur, son apport à la magie semble, selon Serge Denoncourt, se limiter à avoir attiré une nouvelle clientèle. «Son personnage a attiré de nombreuses jeunes femmes, mais il a fait la même chose que David Blaine ou David Copperfield.»

Dans son spectacle, Vincent C mêle magie et humour.... (PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE) - image 3.0

Agrandir

Dans son spectacle, Vincent C mêle magie et humour.

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

La magie disparaît

Criss Angel, Vincent C, Arturo Brachetti. Serge Denoncourt compte quelques spectacles de magie à son actif. Ce qui fait également de lui le plus blasé des spectateurs.

«La magie, c'est quétaine. Il y a quelque chose qui ne se peut plus en magie. Les premiers tours faits au temps de l'Égypte ancienne se faisaient devant des gens qui ne connaissaient rien. Maintenant, on sait que ce n'est pas vrai, que ce sont des trucs. Les rois de la magie sont à Las Vegas. Et ce n'est pas pour rien: c'est le royaume du quétaine et du mauvais goût.» 

«La magie est un art qui est convenu et qui va mourir bientôt. Plus rien ne nous jette vraiment à terre. Alors, on essaie de trouver de nouveaux moyens de la présenter, j'ai fait partie de ces gens-là. Mais on n'y arrive pas.» 

Serge Denoncourt est formel: la magie n'évolue plus. «Le Cirque du Soleil me donnait de bonnes conditions de travail avant de m'atteler à l'ouvrage avec le "magicien du siècle" (Criss Angel et le spectacle BeLIEve), comme il avait été nommé. Ils m'ont envoyé à travers le monde pour voir ce qui se faisait: j'ai dû voir 30 fois le même show!», confie-t-il.

«C'est un art qui n'évolue plus. Il y a encore des pitounes qui se font couper en deux, des chorégraphies et du vent dans les cheveux ! Ils vont chercher un public qui n'a pas les moyens d'aller à Las Vegas», ajoute le metteur en scène qui souligne tout de même le travail de certains artistes.

«Chez Vincent C, la magie est au service de nous montrer notre naïveté. Il fait plus du stand-up que de la magie. C'est un peu ce que Luc Langevin nous dit aussi en expliquant ses illusions par la science. Je suis assez impressionné par ceux qui manipulent les cartes. Ce sont des années de travail! Ça va m'impressionner comme un athlète va le faire», souligne-t-il.

«Le dernier qui m'a bluffé, j'avais 25 ans, et c'était David Copperfield. En grande partie parce que je n'avais encore rien vu! Ce qu'il a inventé en fait, c'est l'argent: il a investi plus dans un spectacle qu'aucun autre ne l'avait fait dans un spectacle de magie», conclut Serge Denoncourt.

Le duo Penn and Teller... (Photo Andy Kropa, AP) - image 4.0

Agrandir

Le duo Penn and Teller

Photo Andy Kropa, AP

Ils font sensation...

Penn and Teller

Les deux illusionnistes américains font sensation depuis la fin des années 70 et se sont spécialisés dans la démonstration des dessous de la prestidigitation. Ils sont leur propre spectacle au Rio de Las Vegas.

David Blaine

En 1999, l'Américain David Blaine fait sa marque avec l'émission Street Magic. Pour la première fois, la caméra se tourne vers les réactions du public. Avec son t-shirt et ses tours effectués à même le trottoir, il révolutionne la manière dont est perçue la magie.

Derren Brown

Illusionniste, mentaliste et hypnotiseur britannique, Derren Brown apporte une nouvelle manière de raconter des histoires en magie. En 2006, il utilise la manipulation mentale et le conditionnement dans une émission intitulée Le cambriolage pour amener quatre volontaires à commettre malgré eux un braquage.




publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer