Philippe Beau, artiste de l'ombre

Pour ce premier spectacle solo, Philippe Beau a... (Photo: Antoine Dubroux, fournie par la TOHU)

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Pour ce premier spectacle solo, Philippe Beau a naturellement eu envie de raconter l'histoire du cinéma.

Photo: Antoine Dubroux, fournie par la TOHU

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Il a travaillé avec de nombreux metteurs en scène et chorégraphes pour concevoir des séquences d'ombres chinoises. Le magicien français Philippe Beau consacre maintenant un spectacle entier à l'ombromanie en nous proposant une histoire du cinéma. La Presse fait la lumière sur cette discipline millénaire et sur cet artiste... de l'ombre.

Ombromanie. C'est le terme qui désigne cet art qui consiste à créer des ombres avec ses mains. Grâce à un savant jeu d'ombre et de lumière, Philippe Beau transforme ses mains en personnages, en oiseaux ou en animaux. Des jeux d'illusion retransmis sur un écran où le créateur français s'amuse à nous raconter des histoires sans paroles.

Au cours des 10 dernières années, il a notamment travaillé avec le chorégraphe Philippe Decouflé, mais aussi avec le metteur en scène Robert Lepage. Les séquences d'ombres vues dans le spectacle du Cirque du Soleil (à Las Vegas), c'est lui qui les a créées. Plus récemment, il a travaillé sur Coeur de Lepage, ainsi qu'à son nouveau spectacle solo 887, créé à Nantes cette année.

«Historiquement, ombromanie et magie ont toujours été liées, explique Philippe Beau, puisque l'ombromanie exige beaucoup de dextérité. C'est une discipline basée sur une forme d'illusion et de trucage qu'on retrouve aussi au cinéma et que Robert Lepage apprécie particulièrement. Au fond, avant que le cinéma n'existe, il y avait les jeux d'ombres.»

Ceux qui ont vu le dernier spectacle du Cirque du Soleil (Kurios), l'été dernier, se souviendront également d'un chouette numéro d'ombromanie. Il y a trois ans, le cinéaste belge Jaco Van Dormael et la chorégraphe Michèle Anne De Mey nous avaient aussi subjugués avec leur très beau spectacle Kiss and Cry à l'Usine C.

La rareté des ombromanes

Bref, des jeux d'ombres, on en voit de temps à autre, mais c'est plutôt rare. On compterait à peine une vingtaine de spécialistes d'ombromanie dans le monde.

«C'est vrai que c'est rare, nous dit Philippe Beau, parce que c'est difficile et ça prend du temps. Ma première forme de 10 minutes, j'ai mis quatre ans à la créer! C'est aussi ce qui m'intéresse dans ce travail puisqu'on va dans le sens inverse de la marche actuelle qui est de plus en plus technologique.»

Formé dans une école de magie de Grenoble, Philippe Beau a fait ses classes avec un certain Saltano, qui l'a initié aux ombres chinoises. Petit à petit, il s'est spécialisé dans cette discipline. «Ce qui me plaisait, c'était le côté magique des ombres, mais aussi le côté cinéma primitif. J'ai senti qu'il y avait une force dans les images et beaucoup de possibilités pour recréer des effets de cinéma.»

Revenir à la source même du spectacle, voilà ce qui allume Philippe Beau qui, pour ce premier spectacle solo, a naturellement eu envie de raconter l'histoire du cinéma.

«Il y a des milliers d'années, le premier spectacle humain a certainement été le spectacle d'ombres avec le feu, avec la lumière de la lune sur les parois des cavernes par les hommes préhistoriques, qui ont cherché à créer les premières images avec les ombres. Tout au long de l'histoire de l'humanité, on a toujours cherché à recréer des images de façon un peu naïve et puis de façon plus sophistiquée, d'abord avec la photographie, puis avec le cinéma.»

Extraits de films

Des extraits de films seront projetés sur un écran. Ils seront entrecoupés de jeux d'ombres et de quelques tours de magie.

«J'évoque par exemple les premiers films en couleur en montrant un extrait de film des frères Lumière, détaille Philippe Beau. Derrière ça, à ma manière, j'ai créé des jeux d'ombres en couleur. Il y a un autre moment où je fais de la magie avec de l'argent en projetant des extraits du film Pickpocket de Robert Bresson.»

Le fil conducteur demeure les origines de l'image. Philippe Beau a sélectionné des extraits du film Les cartes vivantes, de George Méliès, qui était lui-même magicien, mais aussi du film Le Cirque, de Charlie Chaplin. Les cinéastes Orson Welles et Woody Allen, tous deux passionnés de magie, sont aussi évoqués dans Magie d'ombres et autres tours.

La musique est également un hommage au cinéma puisqu'elle est tirée de certains films. Des figures mythiques du cinéma seront enfin représentées: Indiana Jones, E.T., Batman, pour ne nommer que celles-là, prendront forme dans les mains du créateur.

Un deuxième spectacle

Philippe Beau a déjà créé un deuxième spectacle, présenté depuis quelques jours à peine à Paris. Hommes aux mille mains, la magie Cocteau, qu'il interprète avec un pianiste, est tiré d'un poème écrit dans les années 50 par Jean Cocteau pour les magiciens. «Cocteau était fasciné par la magie et le travail d'illusion. C'est ce qui m'a donné envie d'en faire un spectacle...»

Au fond, la force de l'ombre a convaincu Philippe Beau qu'il était possible de faire des spectacles entièrement dédiés à cette discipline.

«Dans cette zone d'ombre qu'on projette, on peut tout imaginer, estime-t-il. C'est très étrange, parce que l'ombre est une absence de lumière. Mais ce qui n'est pas visible sur l'écran est presque plus intéressant que ce qui est visible. Il y a vraiment une part de l'imaginaire du spectateur qui est titillée.»

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À la TOHU du 2 au 6 avril.

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