Louis-José Houde : l'humour debout

Louis-José Houde zyeute avec convoitise... le roman Voyage... (Photo: Olivier Jean, La Presse)

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Louis-José Houde zyeute avec convoitise... le roman Voyage au bout de la nuit de L.-F. Céline, dont est tiré le titre de son spectacle Les heures verticales!

Photo: Olivier Jean, La Presse

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Après des mois de rodage, de tournée et de réécriture, le troisième spectacle solo de Louis-José Houde, intitulé Les heures verticales, sera enfin à Montréal à compter de mardi. Un spectacle conçu par l'humoriste en empruntant aux façons de faire des auteurs-compositeurs et des romanciers. Un spectacle qui parle de la famille et du couple, de l'euthanasie et des écureuils, de «jasage camouflé» et de «brigadière du roupillon». Ça fait un peu sérieux, dit de même, et c'est pourtant hilarant d'un bout à l'autre...

«Monique Aubry! C'est Monique Aubry qui jouait Mémère Bouchard dans Le temps d'une paix! Voyons donc, comment ça se fait que je me rappelle ce nom-là, Monique Aubry? Personne de mon âge ne se rappelle ce nom-là. Ah, pourquoi je me souviens toujours de toutes sortes d'affaires comme ça. Pourquoi?», s'exclame Louis-José Houde, les yeux au ciel, avant de se pencher de nouveau sur sa tartine de boeuf braisé qu'il dévore avec entrain.

C'est vrai qu'il se souvient de trucs absolument bizarres, le gars de 35 ans qui vient tout juste d'arriver de son chalet de Sainte-Adèle pour faire des entrevues à Montréal. Mais c'est vrai aussi que ça donne d'excellents résultats sur scène, comme on a pu le constater récemment à Brossard: le public de 12 à 92 ans s'est bidonné du début à la fin, qu'il soit question de brunch de Pâques, de Martin Luther King, de l'expression «rendre l'âme» ou de la fonction «auto-reverse» des Walkman.

On y trouve du «stock d'adulte», des pointes de nostalgie, des gags très physiques, du délire et de l'improvisation contrôlée, l'amour des mots marié à une gestuelle d'une efficacité redoutable. Bref, c'est Raymond Devos meets Jay Leno, Yvon Deschamps rencontre Jerry Seinfeld!

«Je comprends pourquoi tu fais ce genre de parallèle, répond humblement Houde, mais si tu savais comme je ne calcule rien de tout ça. Moi, mon principe est simple: ne jamais s'obliger à écrire sur tel ou tel thème. Il faut qu'ils me viennent naturellement. Par exemple, quand je dis que j'aime les baby-boomers, je suis sincère. Le baby-boomer bashing, ça ne me concerne pas. Une fois que j'ai trouvé les thèmes, par contre, il faut travailler comme un malade sur les textes, y revenir constamment.»

Les heures littéraires

Est-ce pour cela qu'on sent chez l'auteur des Heures verticales des qualités d'écrivain - et on ne fait pas référence ici au titre du spectacle, tiré d'un roman de l'auteur français Louis-Ferdinand Céline et qui désigne toutes ces heures difficiles dans une vie où il faut se tenir debout, faire face à la réalité?

«En fait, répond gentiment l'humoriste, ce qui était différent cette fois-ci, c'est que j'ai écrit le spectacle principalement à Paris, dans les cafés. Or, quand tu écris dans un endroit public, c'est pas mal plus difficile de niaiser, de tourner en rond, d'essayer un de tes masques de goaler (NDLR: il en a toute une collection à la maison), etc.

«Ensuite, pour une fois, j'avais moins de responsabilités au quotidien: je ne conduisais même pas d'auto à Paris! Tout ce que j'avais à faire, c'était donner mon spectacle, faire mon épicerie, écrire et lire pendant deux mois. J'ai donc vraiment beaucoup lu. Et beaucoup écrit. Parce que plus tu lis, mieux t'écris! C'est comme si ça m'ouvrait une porte dans la tête. J'ai beaucoup lu de Paul Auster, par exemple: il raconte souvent des vies parallèles qui sont pourtant imbriquées. C'est un peu comme ça que j'ai bâti la structure des Heures verticales: des histoires parallèles, qui vont et viennent, avec un fil conducteur.»

Il pousse la chose jusqu'à mener actuellement deux tournées en parallèle, l'une avec Les heures verticales, présentée dans de grandes salles, l'autre avec son deuxième Show caché, un spectacle fait de numéros indépendants, écrits expressément pour être joués dans des bars, devant de petits auditoires, où il est possible d'improviser beaucoup plus.

«Parce que quand tu joues devant 200 à 300 personnes, tout le monde entend tout le monde. Tu peux réagir à un commentaire de la salle sans avoir à le répéter, ce que tu ne peux pas faire à la Place des Arts, par exemple. On va donner d'autres représentations du Show caché 2. D'abord, parce qu'il y a une demande, mais surtout parce que c'est super stimulant pour moi de jouer deux spectacles 100% différents, avec 100% de nouveau matériel, sans aucun gag qui se répète dans l'un ou l'autre.» On pourra en juger en regardant l'émission Accès illimité consacrée à Houde demain soir, 21h30, à TVA.

Les heures musicales

La lecture n'a pas été sa seule muse pour Les heures verticales.

«J'écris énormément comme si je faisais de la musique, explique-t-il. Il y a un numéro dans Les heures verticales où je donne plusieurs façons de réaliser que t'es encore en amour. J'ai écrit ce numéro après avoir lu une entrevue de Will.i.am (du groupe The Black Eyed Peas) où il expliquait qu'il avait composé la chanson I Gotta Feeling en essayant d'en faire un refrain constant. C'est pour cela qu'elle était si accrocheuse.

«J'ai donc essayé d'écrire de l'humour avec juste des refrains (rires): ce ne sont pas des one liners, mais vraiment des gags avec une certaine cadence, et ça a donné ce numéro avec une manière de punch. C'est souvent comme ça que j'envisage un numéro: quand est-ce qu'il faut que j'arrête le solo de drum pour revenir à la toune?», poursuit l'humoriste-animateur, batteur à ses heures.

«Il y a un autre numéro où j'ai plutôt essayé de faire comme dans la chanson Freewill de Rush, le moment où les trois musiciens font chacun un solo, mais en même temps. Mon show est un show de gars. Mais qui parle aussi aux filles. Une des choses dont je suis le plus fier, c'est de constater qu'il y a autant de filles que de gars dans mes spectacles. C'est important pour moi. Et je sais que ça fait cucul quand je dis ça, mais c'est beau, un couple qui rit ensemble à un gag, qu'il ait 18, 35 ou 75 ans.»

Sans entracte

Le spectacle dure 90 minutes sans entracte (avec, en première partie, François Bellefeuille): «D'abord, ni en Europe ni aux États-Unis on ne fait d'entracte dans les spectacles d'humour. C'est nettement plus efficace, fait remarquer Louis-José Houde. Ensuite, ça donnait au show un effet de roman ou de film d'action: il y a tous ces chapitres qui s'enchaînent les uns aux autres, tac, tac, tac, en 90 minutes.

«Mais, il y a aussi que je trouve important de penser à qui vient te voir: moi, je donne plein de représentations en semaine. Dans mes salles, il y a du monde qui va travailler le lendemain matin, des femmes enceintes, des jeunes qui vont à l'école... Les gens ont des vies, il faut respecter ça. Quand ils sortent du spectacle, ils ne sont pas épuisés, mais détendus. Tant mieux s'il leur reste des petits messages dans la tête après le show, pourvu que ça reste drôle avant tout.»

Il y a donc les heures verticales, celles où il faut se tenir debout, dans l'adversité. Et il y a les heures horizontales, celles où l'on se couche en souriant après le spectacle de Louis-José Houde, pour mieux faire face aux heures difficiles.

L'édification des Heures verticales

Vingt fois sur le métier remettez votre spectacle, le travaillez et le retravaillez: tel semble être le mot d'ordre que suit Louis-José Houde quand il crée un nouveau one man show.

Février 2010

Fin de la tournée de son deuxième spectacle solo, Suivre la parade: près de 400 000 billets vendus, trophée Félix, plusieurs prix Olivier, etc.

2010-2011

Écriture d'un spectacle d'une heure et quart, qui va devenir Le Show caché 2.

2011-2012

Première version de quelques numéros qui figureront dans ce qui deviendra son troisième one man show, Les heures verticales.

Décembre 2011

Présentation d'un spectacle de rodage dans plusieurs petits bars du Québec, qui comprend des numéros du Show caché et des Heures verticales.

Janvier-mars 2012

Présentation d'un nouveau spectacle au Point-virgule à Paris (52 représentations), qui comprend divers numéros inédits. Écriture du spectacle Les heures verticales à Paris.

Juillet-août 2012

Rodage, peaufinage et élagage du spectacle Les heures verticales pendant deux mois à Gatineau.

Octobre 2012

35e anniversaire de Louis-José Houde, le 19.

27 septembre - 16 décembre 2012

Début de la tournée Les heures verticales, avec arrêt à Sept-Îles, Baie-Comeau, Rimouski, Moncton, Terrebonne, Val-d'Or, Trois-Rivières, Joliette, Saint-Jean, Granby, Drummondville...

Décembre 2012

Présentation de sept représentations du Show caché 2 au Petit Champlain, à Québec, et au Cabaret du Mile End, à Montréal. Le spectacle est enregistré en vue d'un futur DVD.

Janvier 2013

Reprise des Heures verticales à Brossard, à Québec et à Montréal à compter du 12 février. La tournée se poursuit partout au Québec jusqu'en 2014-2015.

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Les heures verticales de Louis-José Houde, dès le 12 février au théâtre Maisonneuve de la PDA, et en tournée au Québec. Renseignements: louisjosehoude.com

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