Ken Follett: «Les hommes n'apprennent jamais de l'histoire»

Ken Follett a vendu plus de 160 millions d'exemplaires... (Photo Jean-Christophe Laurence, Collaboration spéciale)

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Ken Follett a vendu plus de 160 millions d'exemplaires de ses 31 romans, publiés en 33 langues dans 80 pays un peu partout dans le monde. Et son plus récent ouvrage, Une colonne de feu, ne fera sûrement pas exception.

Photo Jean-Christophe Laurence, Collaboration spéciale

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Jean-Christophe Laurence
La Presse

(PARIS) Chez Ken Follett, rien n'est petit. Ses livres sont des briques de 1000 pages en moyenne. Il a vendu plus de 160 millions d'exemplaires de ses 31 romans, publiés en 33 langues dans 80 pays un peu partout dans le monde. Et son plus récent ouvrage, Une colonne de feu, ne fera sûrement pas exception, si l'on en juge par la campagne promotionnelle qui l'accompagne.

On n'est donc pas surpris que l'auteur des Piliers de la Terre nous reçoive dans la suite d'un hôtel cinq étoiles, situé à deux pas des chics Champs-Élysées. Fort heureusement, l'homme se révèle plus modeste que ses impressionnantes statistiques. Insistant pour parler en français («je dois m'entraîner»), il répond patiemment à des questions qu'on lui a sans doute posées mille fois, sans montrer le moindre signe d'agacement. Gentleman, il ne rouspète pas non plus lorsqu'on lui propose de le prendre en photo sur le canapé. Difficile de savoir si cette politesse toute britannique est feinte ou non. Mais impossible de nier l'élégance et le professionnalisme de cet écrivain à succès. 

Une colonne de feu se déroule en pleine Renaissance, pendant les guerres de religion entre protestants et catholiques. Pourquoi vous être intéressé à cette période de l'histoire?

Je m'intéresse aux moments charnières où des êtres humains ont obtenu leur liberté. Dans La chute des géants, des femmes demandent le droit de vote. Dans Aux portes de l'éternité, les Afro-Américains demandent des droits civiques. Dans Une colonne de feu, c'est le droit de choisir sa religion. C'est intéressant du point de vue politique, mais surtout au niveau littéraire. Cela fait des histoires touchantes. Des gens qui sont oppressés, qui n'ont pas de pouvoir, demandent la liberté. C'est touchant. Et ça touche les lecteurs.

Y avait-il aussi la volonté, avec ce livre, de parler de notre époque?

Il est évident qu'il y a aujourd'hui des échos des guerres de religion du XVIe siècle. Vous avez encore, en Inde, les hindous et les musulmans qui se tuent. C'est terrible. Pour nous en Occident, ce sont les attentats des musulmans extrêmes... Quand on me demande s'il y a des leçons à tirer du passé, je cite souvent cette phrase: ce que l'histoire nous apprend, c'est que les hommes n'apprennent jamais de l'histoire!

Et vous, la religion? Vous croyez? Vous allez à l'église?

Mon rapport à la religion n'est pas simple. J'ai été élevé au pays de Galles dans une famille très strictement protestante, dans un petit culte qui s'appelle Plymouth Brethren, où l'on croyait que chaque mot de la Bible était vrai, que le monde avait été créé en sept jours et que tous les scientifiques étaient dans l'erreur... Quand je suis devenu un jeune homme, j'ai demandé à mes parents pourquoi ils croyaient ça. J'ai eu des conflits avec mon père. Finalement, je suis devenu athée... J'aime beaucoup aller à l'église. Je regarde l'architecture. J'écoute les mots. Ça donne de la paix à l'âme. Mais je ne crois rien de ce qu'on y dit. C'est un rapport plutôt spirituel.

La campagne promotionnelle autour d'Une colonne de feu joue beaucoup sur l'aspect espionnage de votre roman. Diriez-vous que c'est le coeur de votre livre?

C'est ce qui m'a tiré vers cette histoire. J'ai lu que la reine Élisabeth 1re avait créé le premier service du renseignement en Angleterre pour se protéger contre les assassins et je me suis dit que ça pouvait peut-être faire un roman. Vous avez toujours du suspense avec les espions. Ils mentent toujours. Ils ont toujours peur qu'on les découvre. Quand il y a un événement historique, il y a toujours une version officielle et une histoire en arrière. L'espion, lui, connaît toujours l'histoire en arrière. Parce qu'il vit dans ce monde secret.

Une colonne de feu... (Image fournie par Robert Laffont) - image 2.0

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Une colonne de feu

Image fournie par Robert Laffont

Votre personnage principal, Ned Willard, travaille pour les services secrets d'Élisabeth 1re. Pourtant, des deux reines dont parle votre livre, on a parfois l'impression que Marie Stuart est la plus incarnée...

(Surpris) Ah oui? Hmmm. Curieux. Parce que je préfère Élisabeth! Marie d'Écosse a été importante. Et elle est importante pour le roman. Parce qu'elle est toujours l'alternative à Élisabeth. Et toujours un danger pour Élisabeth. Mais elle n'a jamais pris une bonne décision de sa vie. Peut-être était-elle trop jeune. Élisabeth, en revanche, était très intelligente. Elle avait un grand esprit d'indépendance. Elle a changé la religion de l'Angleterre parce qu'elle ne voulait pas obéir au pape. Comme son père, Henri VIII.

On vous donne le choix entre Élisabeth 1re et Élisabeth II, qui prenez-vous?

Élisabeth 1re, bien sûr! Élisabeth II, on l'admire, mais elle n'a pas de pouvoir. Élisabeth 1re avait du pouvoir et elle l'a déployé d'une façon sage, à mon avis. Sous son règne, le pays est devenu de plus en plus riche. En plus, elle a repoussé l'invasion espagnole.

Que pensez-vous de la monarchie britannique actuelle?

J'ai des amis qui sont républicains, qui veulent abolir la monarchie. Si cela arrive, je ne pleurerai pas. Mais si ça n'arrive pas, ça m'est égal. Avoir Charles comme roi? Pourquoi pas. Il a employé sa célébrité pour de bonnes causes.

Et le Brexit? Quelle est votre position?

Ah... désastre. Mauvais choix du point de vue économique. Mais en plus, du point de vue spirituel, c'est une attitude qui dit: nous n'avons pas besoin des étrangers. Nous sommes des Britanniques. Nous avions le plus grand empire de tous les temps. Nous n'aimons pas ceux qui ont la peau un peu brune, qui parlent des langues que nous ne comprenons pas, qui mangent de la nourriture que nous n'aimons pas. C'est cette attitude que je déteste.

Revenons à la littérature. Vous avez déjà dit que l'écriture d'un livre vous prenait trois ans...

Oui. Je travaille tous les jours. Je commence normalement à 7 h et je finis à 16 h. Page blanche? Jamais. J'ai toujours des idées, il y a toujours des pistes à développer. Je ne me perds jamais non plus. J'ai une méthode de travail. Je fais un plan. C'est long. Soixante-dix pages en général. Ce plan dit ce qui arrive dans chaque chapitre. Je sais exactement où je vais. Et je connais déjà la fin. C'est très important. Je fais aussi les recherches historiques moi-même. Quand j'ai fini le premier jet du roman, je le montre aux experts. Parfois, je fais des erreurs, mais heureusement, il y a des gens qui passent derrière moi. Les historiens, les correcteurs, les éditeurs.

Vos livres sont des fresques qui font souvent près de 1000 pages. Avez-vous parfois envie de changer de format? D'écrire, disons, des haïkus?

(Rires) Ne jamais dire jamais. Mais, pour l'instant, je préfère écrire de longs romans. Dans un roman long, on peut voir la vie entière des personnages principaux et c'est ce qui est touchant. J'aime ça et les lecteurs aussi. Mais il faut savoir toucher à chaque page. Parce que si un roman est long et ennuyant, c'est une torture!

Vous jouez aussi de la basse dans un groupe de blues. Écrivez-vous vos chansons?

Oui, mais elles ne sont pas bonnes. C'est très difficile d'écrire un bon blues. Difficile d'être simple. Nous avons écrit plusieurs chansons, mais aujourd'hui, nous n'en jouons aucune!

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Une colonne de feu. Ken Follett. Robert Laffont. 928 pages.




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