Yann Moix: «L'islam est la première victime du terrorisme»

«Les gens qui commettent des attentats sont des... (PHOTO ERIC FEFERBERG, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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«Les gens qui commettent des attentats sont des gens qui ont avalé des pilules théoriques, qui commettent des attentats simplement au nom de quelque chose qu'ils ne maîtrisent pas du tout», soutient l'écrivain, cinéaste et chroniqueur Yann Moix, dont l'essai Terreur paraîtra bientôt au Québec.

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Écrivain, cinéaste, chroniqueur à l'émission On n'est pas couché, Yann Moix fera paraître au Québec dans une dizaine de jours le livre Terreur, un recueil de notes prises durant deux ans dans la foulée des attentats terroristes en France. Nous lui avons parlé hier matin, quelques heures après les attentats de Québec.

Dans Terreur, vous écrivez: «L'islam est la première victime du terrorisme. Le musulman est la victime du terrorisme.» Que vous inspirent les attentats de Québec aujourd'hui?

Évidemment, les attentats chez vous sont à déplorer, et je trouve que la réaction du premier ministre Trudeau était la bonne. Vouloir immédiatement rassurer tous les musulmans et leur dire qu'ils font partie intégrante du pays, et qu'il n'y a aucune raison pour faire la différence entre les musulmans, les catholiques, les protestants, et que ce sont tous des Canadiens, c'est la bonne façon. Quand le virus est là, il faut tout de suite inoculer le vaccin et le contrepoison, et pour ça, il a été très bon.

Ensuite, je remarque qu'il a utilisé très finement le mot «terrorisme» pour qualifier une action contre les musulmans. C'est très intelligent parce que ça montre que le terrorisme n'est pas seulement la proie de ceux qui se réclament de l'islam, le terrorisme peut être aussi la manifestation de tous les fanatiques, des fous, des isolés, des racistes...

Utiliser le mot terroriste pour un attentat perpétré contre une mosquée, ça neutralise quelque chose.

À propos des attentats terroristes, vous écrivez: «Injecter du sens, c'est forcer la mort à signifier ce qu'elle ne signifie pas.» N'est-ce pas naturel de tenter de chercher une explication à l'horreur?

Absolument, et c'est tout à notre honneur comme sociétés développées et intellectuelles comme le Québec, le Canada ou la France, qui se sont construites sur la démocratie, de vouloir réfléchir, analyser. Simplement, il y a parfois une difficulté à rendre intelligibles des choses qui ne sont pas intelligentes. À donner de la forme à quelque chose qui n'en a pas toujours.

Nous sommes toute la journée à tenter de comprendre ce que signifie l'islam, le Coran, les versets, la laïcité, la démocratie, etc. alors que les gens qui commettent ces actes n'y ont strictement jamais réfléchi. Et donc ils nous obligent à faire un travail intellectuel à partir des attentats dont le degré de complexité est simplement proche de zéro.

Les gens qui commettent des attentats sont des gens qui ont avalé des pilules théoriques, qui commettent des attentats simplement au nom de quelque chose qu'ils ne maîtrisent pas du tout. Ils n'ont pas pris le temps d'intégrer le corpus idéologique qui sous-tend leurs actes. Il existe, ce corpus. Quand on va sur internet, on voit bien qu'il y a des milliers de pages appelant la destruction, la haine des Juifs, la haine de l'Occident.

Les Américains ont révélé que plusieurs recrues du groupe État islamique avaient lu Le Coran pour les nuls ou L'islam pour les nuls. Ça suffisait pour aller se faire exploser en Syrie et commettre des attentats. Donc, il y a un vide total et on est obligé de le penser parce qu'on est beaucoup plus intelligents qu'eux. On donne du sens et de la forme à quelque chose qui n'en a pas tant que ça.

Vous dites que les spécialistes du terrorisme sont aux attentats ce que les météorologues sont à la pluie. Vous n'accordez aucune crédibilité à leurs propos?

D'abord, je précise que je fais la différence entre les chercheurs qui travaillent dans des observatoires - et à qui l'État a confié une mission - et des gens qui défilent à la télévision pour donner leur vision des faits. Ils ont tous raison et ils ont tous tort. Il n'y a jamais une explication. Il y a une raison de tuer par individu, et je pense que c'est leur faire beaucoup d'honneur que d'essayer de comprendre pourquoi, au fond d'eux-mêmes, ils ont décidé de commettre une telle chose.

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Terreur, de Yann Moix

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On a souvent ciblé les conditions socioéconomiques comme une des explications possibles pour comprendre les motivations des terroristes. Vous refusez ces explications. Pourquoi?

Parce que je connais des jeunes de banlieue qui sont médecins, qui ont fait Science Po, qui ont fait l'ENA, et que je connais (parce que je l'ai lu dans la presse) des fils à papa qui se sont fait exploser.

Même si c'est long et difficile, l'État français, comme l'État canadien, a fait tous les efforts possibles depuis plusieurs années pour vraiment intégrer les gens, pour leur donner des chances de réussir.

J'en ai marre qu'on rende responsable un État qui, même s'il a commis des erreurs dans le passé, même s'il a créé des ghettos à un moment donné - notamment dans les années 70 -, s'est bien rendu compte qu'il y avait un problème et essaie aujourd'hui de corriger le tir.

Donc les explications du type «ces pauvres petits chéris qui n'ont pas réussi à s'intégrer et se sont fait exploser...», je les réfute.

Bien sûr qu'il y a des gens qui sont dans la souffrance morale, bien sûr qu'il y a des gens qui sont dans des situations économiques difficiles, mais la pauvreté, même la misère, n'ont jamais mécaniquement signifié qu'on devait tirer sur la foule à la Kalachnikov.

Il y a sans doute un malaise sexuel à aller chercher chez les individus qui se font exploser et qui nous tuent. L'explication sexuelle est incomplète elle aussi, mais elle me paraît plus intelligente que l'explication sociale.

On dit toujours que c'est dégueulasse d'affirmer que les musulmans deviennent des djihadistes, et c'est vrai que c'est dégueulasse. On n'a pas le droit de dire ça. Et on n'a pas le droit de dire non plus que les pauvres deviennent des djihadistes. C'est dégueulasse pour les pauvres. De dire à des gens qui sont dans des situations financières dramatiques: vous êtes de la graine de terroristes, c'est dégueulasse.

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Terreur. Yann Moix. Grasset, 256 pages. En librairie autour du 10 février.




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