Armel Job: le paradoxe de la violence

Armel Job, ancien directeur d'école, propose dans son oeuvre... (PHOTO MICHEL PAULIN, COLLABORATION SPÉCIALE)

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Armel Job, ancien directeur d'école, propose dans son oeuvre une exploration fine de l'âme humaine et de ses recoins les plus sombres.

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Josée Lapointe

L'auteur belge Armel Job ne fait peut-être pas partie des stars de la littérature francophone, mais certainement de ses valeurs sûres qui gagnent à être connues.

Cet ancien directeur d'école, qui publie un roman par année depuis qu'il a pris sa retraite en 2010 et qui a à son actif une quinzaine de livres depuis le début des années 2000, propose dans son oeuvre une exploration fine de l'âme humaine et de ses recoins les plus sombres.

Et je serai toujours avec toi, son plus récent roman, ne fait pas exception. Avec comme référence la guerre des Balkans, Armel Job y traite de la question du bien et du mal, faisant s'immiscer un bourreau croate qui cache son passé dans la vie d'une famille belge sans histoire. Et il le fait sans jamais poser de jugement, avec subtilité et un sens de la narration impeccable.

«Même si le sujet n'arrive pas tout de suite, oui, c'est vraiment la question du mal dont je voulais traiter dans ce roman, nous a dit l'auteur lors de son passage au Salon du livre de Québec, à la mi-avril. Je le fais à travers Branko, dont le lecteur et les personnages ont une perception tout à fait chaleureuse. Il est généreux, il sait se faire aimer tout de suite... et en même temps, on va découvrir qu'il a un côté secret très lourd.»

Nous sommes en 1995 quand Branko débarque par hasard chez Teresa, veuve depuis peu, et ses fils Tadeusz et André, dans la vingtaine. Il saura vite se faire adopter, malgré la méfiance d'André, et prendra de plus en plus de place dans la famille et même dans le coeur de Teresa. Mais un fait divers mènera à une série de révélations sur son passé, sans espoir de rédemption. Comme dans les meilleurs thrillers, les masques tombent, et personne ne s'en sort indemne.

«Nous pensons tous que, a priori, on serait capable d'identifier immédiatement quelqu'un qui a la conscience chargée comme Branko, qu'il doit porter les traces du mal. Mais même les pires maux, comme les crimes de guerre, ont été commis par des gens qui, la veille de se lancer dans des massacres, étaient sans doute de bons pères de famille qui faisaient sauter leurs enfants sur leurs genoux.»

Réfléchir au présent

Cette analyse, Armel Job la fait depuis plusieurs romans - elle était déjà bien présente dans La gueule de la bête, par exemple, qui se déroulait pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais pour lui, ce «paradoxe du mal» est loin d'être une invention de romancier. «Pendant la guerre des Balkans, au Rwanda, des milliers de civils ont été assassinés par leurs voisins. Il est impossible de ne recruter que des monstres pour accomplir de tels massacres! Ce serait plus simple si c'était le cas, ça nous mettrait bien à l'aise...»

Mais l'histoire nous montre en permanence, ajoute Armel Job, que «les gens ordinaires sont là pour fournir les massacreurs». «Je pense qu'aussi longtemps qu'on est persuadés qu'on ne pourrait jamais frapper quelqu'un, on risque de le frapper», dit l'auteur, qui prône une méfiance salutaire. 

«L'homme s'est sorti de la nature par la violence, elle est là en nous. Et ce n'est que par la culture qu'on peut juguler cette violence.»

Et je serai toujours avec toi, d'Armel Job... (Image fournie par Robert Laffont) - image 2.0

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Et je serai toujours avec toi, d'Armel Job

Image fournie par Robert Laffont

Armel Job, c'est dans son tempérament, préfère poser des questions que d'y répondre. Mais il reste convaincu que la littérature sert à réfléchir au présent. En effet, en lisant Et je serai toujours là pour toi, on ne peut s'empêcher de faire un lien avec les attentats terroristes des dernières années, en France et en Belgique.

«Je suis toujours étonné, en fait ça me frappe beaucoup, de lire la biographie de ces terroristes. C'est unanime, c'étaient de braves types, même s'ils avaient commis des dérapages comme des petits vols. Mais quand on lit entre les lignes, on se dit: mais que s'est-il passé pour qu'en quelques mois ils se soient radicalisés au point d'aller se faire sauter et tuer des gens?»

Écouter les jeunes

L'éducation, le dialogue et la culture sont les meilleurs moyens pour lutter contre le terrorisme, croit donc l'ancien professeur. Il rencontre d'ailleurs régulièrement des groupes de jeunes dans les écoles belges avec qui, raconte-t-il, il parle pas mal plus de la vie et de la société que de littérature.

«J'étais justement dans une de ces écoles de banlieue une semaine avant les attentats de Bruxelles. Ces jeunes, ils ont l'impression qu'on ne les écoute pas. Je crois qu'en discutant avec eux, et les avertissant du danger qu'ils courent en versant dans le fanatisme, on peut les en préserver. Je suis peut-être naïf, mais je le crois quand même. En tout cas, j'essaie de travailler à ça.»

Armel Job continuera sûrement à creuser ces questions qui le taraudent dans ses romans, pas pour «attirer les lecteurs», mais parce qu'elles lui sont essentielles. Son but n'est pas de «révolutionner» la littérature, et son écriture, limpide, reste classique. Mais c'est la seule manière d'écrire qu'il connaît, dit-il avec humilité. «J'ai eu une formation classique, et c'est ce que j'aime en littérature.De toute façon, je ne vise pas l'éternité.» Avoir une influence sur le présent, c'est déjà beaucoup.

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Et je serai toujours avec toi. Armel Job. Robert Laffont. 303 pages.

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