Sarah-Maude Beauchesne: ceci n'est pas un conte de fées

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Josée Lapointe

Rédactrice dans une agence de pub, auteure du blogue littéraire Les fourchettes, organisatrice de soirées de lectures qui sont devenues en cinq ans de véritables happenings, et maintenant scénariste pour le cinéma, Sarah-Maude Beauchesne est déjà une figure active du milieu littéraire montréalais. Pour son premier roman, la jeune femme de 24 ans a tout naturellement choisi de s'adresser aux ados avec le personnage de Billie, fille-femme de 17 ans qui vivra dans Coeur de slush son «grand été» tout en se posant des tonnes de questions.

«En tant que semi-ado moi-même, et ayant vécu toutes ces émotions, je voulais montrer que c'était normal de se questionner autant, explique Sarah-Maude Beauchesne. J'ai tellement lu et écrit quand j'étais ado, c'est un âge tellement riche, intrigant, plein de montagnes russes, que j'ai eu envie d'écrire pour eux, et que je le ferai encore.»

Elle l'admet: son adolescence a duré longtemps - «À 20 ans, j'étais encore dans ces émotions-là...» -, et ce livre, qu'elle a commencé à écrire à 17 ans, est très près de son histoire. Ce qui explique probablement son ton, très personnel, mais aussi son côté un peu viscéral, réaliste et pas moralisateur. «J'ai vécu cette ambiguïté et j'avais le goût de partager ça, même si c'est très intime. C'est vibrant parce que j'étais dedans. J'ai peaufiné après, ç'a été long, mais je suis contente de ne pas avoir lâché.»

Sarah-Maude Beauchesne se démarque en effet par une écriture vivante et bourrée d'images, toujours au plus près des émotions, naïve parfois, mais jamais simpliste. Si son blogue est fait de petits instantanés souvent crus et très spontanés, Coeur de slush est beaucoup plus travaillé. «Je voulais écrire une vraie histoire et il fallait que je trouve un équilibre. J'ai pris mon temps pour que ce soit narratif et poétique en même temps, mais je ne voulais pas me transformer complètement non plus.»

En fin de compte, les questionnements de Billie, qui vient de terminer son secondaire, travaille comme sauveteuse dans un parc aquatique et joue au chat et à la souris avec Pierre, beau blond aux yeux trop bleus, sont réalistes, font souvent sourire et émeuvent aussi. Et peuvent toucher tout le monde: les ados tout comme ceux qui l'ont été. «Je pense que cette histoire peut être lue par les adultes. On les connaît mal, les ados. Moi je les trouve tellement beaux, colorés, pleins d'émotions fortes. C'est une génération qui s'exprime et j'ai aimé ça, les faire parler.»

Le personnage de Billie parle beaucoup d'ailleurs, étourdissante et intelligente. À 17 ans, elle n'a jamais fait l'amour et sa sensualité est plus qu'en éveil, presque femme qui se demande en même temps si elle doit apporter son oreiller la première fois qu'elle va chez un garçon. À l'heure de l'hypersexualisation médiatisée, voilà un choix éditorial intéressant.

«Ce qui m'intrigue, c'est ce questionnement: suis-je une fille ou une femme? Suis-je en retard?»

«Ce n'est pas vrai que toutes les filles font l'amour à 14 ans et que c'est traumatisant. Mais il y a des pulsions à cet âge qu'il faut respecter, et il faut se respecter. J'avais envie de dire ça: en tant qu'ado, tu as le droit de prendre ton temps, et ça existe vraiment, faire l'amour à 17 ans. La première fois est un sujet qu'on peut exploiter beaucoup parce que c'est unique à tout le monde.»

Celle de Billie ne sera pas parfaite et Pierre ne sera pas un prince charmant infaillible, c'est vrai. Mais ce sera «sa» première fois, «son» histoire, qui vaut bien tous les contes de fées du monde. «C'est une manière de dire que les contes de fées n'existent pas. Mais tu peux avoir ton conte à toi, et même si ça ne se passe pas de manière idéale, c'est beau pareil», dit la jeune femme, qui se considère en rigolant comme une «réaliste romantique». «C'est une bonne manière de me décrire comme auteure qui commence. Ce sera difficile de faire quelque chose à l'encontre de ce que je suis et ce que je pense.»

Sarah-Maude Beauchesne consacrera son année 2015 à la suite de Coeur de slush et à l'écriture d'un scénario. Sans arrêter son blogue, bien sûr, dont «elle a trop besoin» et qui lui a permis de se faire connaître. «C'est aussi ce qui m'a menée aux lectures publiques avec mes amies comédiennes, qui m'allument tellement.»

Les deux prochains Soirs de coutellerie auront lieu au Lion d'Or les 6 (complet) et 7 décembre. «Maintenant, les lectures font vraiment partie de ma démarche. Je crois que c'est dans la suite logique des choses que ces filles donnent leur voix et leur personnalité à mes textes.»

Une démarche qui est peut-être féministe «inconsciemment», mais qui est d'abord un «trip de filles» qui prennent la parole et qui s'amusent. «On pose de vraies questions, de filles et de gars, sans tomber dans les clichés et la morale. C'est beau, il n'y a pas de tabous et c'est plein de liberté.»

LES ROMANS POUR ADOS QUI L'ONT MARQUÉE

«Toute la série Marie-Tempête de Dominique Demers. Ce fait partie des premiers romans qui m'ont fait vivre des affaires, qui m'ont fait me poser des questions. Je me suis souvent imaginée plus vieille, et ces livres m'ont fait ressentir ça. Je les ai relus récemment d'ailleurs...»

«Simon Boulerice écrit des choses merveilleuses pour les ados. Il a semé la graine dans mon subconscient et me donne envie d'écrire encore plus pour eux. Il m'a beaucoup inspirée, en particulier avec le livre Nancy croit qu'on lui prépare une fête. Je l'ai lu à l'université, sa poésie m'a donné le courage de vraiment raconter ce que je voulais dans mes textes.»

«J'ai eu 11 ans en même temps que Harry Potter. Ces livres-là ont été mon obsession, je les ai lus quatre fois chacun et j'ai vraiment vécu un deuil quand ça s'est terminé. Mais je suis vraiment contente d'avoir grandi avec. Ça m'a donné le goût de raconter des histoires, et j'ai envie de montrer qu'il y a plein d'autres livres qu'on peut dévorer.»

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Coeur de slush. Sarah-Maude Beauchesne. Hurtubise. 224 pages.

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