Helen Fielding: le retour de Bridget Jones

Helen Fielding a été obligée de mettre fin... (Photo: Alisa Connan, fournie par Albin Michel)

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Helen Fielding a été obligée de mettre fin aux jours du personnage Mark Darcy. «Une Briget mariée, ça ne pouvait pas marcher.»

Photo: Alisa Connan, fournie par Albin Michel

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(Paris) Près de 15 ans après Bridget Jones: l'âge de raison, l'héroïne britannique de l'auteure Helen Fielding est de retour dans une troisième aventure, Folle de lui, en librairie demain. La jeune quinquagénaire a deux enfants, flirte avec un boy toy et apprivoise Twitter. Et scandale: Mark Darcy est mort.

C'était la commotion lors de la sortie de la version originale de Bridget Jones: Mad About the Boy, il y a un an, en Angleterre. L'auteure Helen Fielding a fait mourir Mark Darcy, incarné au cinéma par le beau Colin Firth.

Encore à ce jour, des lecteurs ne lui ont pas pardonné ce choix narratif. «Au départ, j'étais effrayée par la réaction des gens, raconte Helen Fielding. Je ne m'attendais pas à tout cela. J'écoutais les nouvelles à la télé en pyjama. À la BBC, on parlait de la crise syrienne et de la mort de Mark Darcy. On voyait un homme sortir d'un pub en criant: tu as tué Colin Firth! J'étais sous le choc.»

Mais ceci démontre cela. «Avec du recul, c'était touchant. Cela montre à quel point les gens ont à coeur les personnages», dit Helen Fielding, assise devant la fontaine de la terrasse intime de L'Hôtel, chic établissement du quartier Saint-Germain-des-Prés, à Paris.

«C'est agréable d'être à Paris», dit celle qui insiste pour faire l'entrevue en français.

À 51 ans, Bridget enfile toujours des bouteilles de Chardonnay avec ses amis Jude et Tom. Elle ne peut résister aux paninis au jambon et fromage de Starbucks. La scénariste travaille sur une version moderne de la pièce de théâtre d'Hedda Gabler. Daniel Cleaver n'est plus un bad boy, mais un dragueur pathétique. Bridget a une nouvelle amie, Talitha, et une esthéticienne avec qui elle partage ses angoisses au sujet de l'épilation intégrale.

Changement de vie majeur: «Jonesey» est mère de deux jeunes enfants, Billy et Mabel. Cinq ans après la mort de Mark Darcy, la scénariste flirte avec un boy toy de 29 ans, Roxster.

Helen Fielding a naturellement redonné vie à Bridget après une pause de 14 ans. «C'était organique et pas un choix, raconte l'auteure. J'ai commencé à écrire sur une femme seule avec des enfants et c'est devenu la voix de Bridget. Comme Mark ne l'aurait jamais abandonnée, c'était mieux qu'il meure et qu'il demeure un saint, un gentleman. Sinon, il aurait fallu que je le dépeigne comme un hypocrite.»

«Je copie les intrigues de Jane Austen. La recherche d'un homme est le squelette de mes histoires. Une Bridget mariée, ça ne pouvait pas marcher», tranche Helen Fielding.

Bridget Jones apprend à vivre avec Twitter, les jeans skinny, le botox et les sites de rencontres en ligne. Des sujets d'actualité bonbon pour Helen Fielding.

«J'ai été journaliste avant d'écrire des romans. J'aime être au milieu de la vie à Londres. Je ne peux pas écrire sur Bridget si je ne suis pas à Londres. C'est là où elle vit. Et je garde toujours des petites phrases dans mon laptop. Des choses que j'ai entendues dans la rue, des histoires qu'on me raconte. Beaucoup de filles se confient à moi. Je leur dis: bless you, tu es normale! Et je leur demande si je peux utiliser ce qu'elles m'ont révélé.»

En plus de toujours noter le nombre de cigarettes, de calories, d'unités d'alcool qu'elle a ingérées, Bridget Jones suit de près ses «abonnés» sur Twitter. À l'image de son auteure, l'héroïne est une femme de son époque. «Vous ressemblez à Jessa dans la série Girls», nous lance-t-elle d'ailleurs.

Imparfaite et attachante

Avant la série Girls de Lena Dunham et Sex and the City, Helen Fielding publiait en 1996 un roman sur une fille imparfaite, mais ô combien attachante. Vingt ans plus tard, la femme de 50 ans est tout aussi maladroite. Bridget hait - ou jalouse - les gourous comme Gwyneth Paltrow. Elle n'est pas habile dans ses rapports avec les autres mères de l'école de ses enfants. Dans une chaîne de courriels scolaires, elle transforme malencontreusement le nom d'une femme snob, Nicolette, en «Nicorette».

Nouvelle dimension

Bridget Jones - Folle de lui débute alors que Mabel et Billy ont des poux et que leur mère est en crise car Roxster ne répond pas à son texto. La maternité a apporté une nouvelle dimension à son personnage. «Aujourd'hui, la barre est haute même pour les parents. Bridget n'est pas une mère parfaite, mais humaine», dit sa mère littéraire.

Si Bridget Jones avait eu 50 ans dans le premier roman, ses aventures auraient sans doute rassemblé moins de lecteurs de différentes générations. Un public fidèle a suivi le personnage incarné par Renée Zellweger au cinéma. Non seulement l'identification avec l'héroïne en a été ainsi plus facile - surtout chez les plus jeunes -, le saut de la trentaine à la cinquantaine permet de montrer qu'il n'y a que le corps d'une femme qui vieillit, et pas la tête.

Bridget Jones n'a pas changé. «Nous avons des stéréotypes. Quand j'ai écrit le premier livre, les femmes de 30 ans étaient considérées comme des vieilles filles stériles. C'est horrible, dit Helen Fielding. On montre souvent une image de la femme de 50 ans qui ne colle pas à la réalité. Il faut lire le livre The Disappearing Woman de Germaine Greer. Comme si à un certain âge, la femme doit arrêter d'être sexy, de porter certains vêtements et de faire des gaffes», déplore l'auteure.

Bridget Jones a beau appeler Roxster son boy toy, les deux amants éprouvent un grand respect mutuel. «Roxster n'aime pas le mot cougar car cela implique la notion de chasse. Il choisit d'être avec Bridget.»

Au premier tiers du roman, Helen Fielding a fait un saut dans le passé tout juste après la mort de Mark Darcy dans un accident. Bridget traîne alors des kilos et sa libido est complètement à plat quand ses amis viennent à sa rescousse.

«J'aime mélanger la comédie et la tragédie. Mon premier livre [Cause Celeb] était une satire dans un camp de réfugiés en Afrique», rappelle-t-elle. Bridget Jones fait partie d'Helen Fielding. «La ligne est mince entre moi et elle. Disons qu'elle est comme une amie. Elle me protège.»

Folle de lui sera-t-il porté au grand écran comme ses deux prédécesseurs? «Je l'espère, nous en discutons», répond Helen Fielding.

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Bridget Jones - Folle de lui. Helen Fielding. Albin Michel, 444 pages.

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